Le Baromètre des Décideurs – Janvier 2019

Réformes des retraites :

L’opinion publique plutôt favorable à un système par points mais inquiète concernant les modalités de la réforme

A priori, tout porte à croire que la réforme des retraites est un chantier à haut risque pour le Président de la République et le gouvernement. D’abord en raison de la nature de la réforme en elle-même : en choisissant de créer un « système universel de retraites », et donc d’aligner les droits de l’ensemble des actifs (salariés ou indépendants, du public ou du privé, actuellement rattachés au régime général ou à des régimes spéciaux), cette réforme touchera une large majorité de Français.

Ensuite en raison du contexte social : alors que les principales réformes du système de retraites ont souvent mobilisé un grand nombre de manifestants (plan Juppé de 1995, réforme Fillon de 2003, réforme Woerth de 2010…), la crise politique et sociale ouverte par le mouvement des « gilets jaunes » ajoute un risque supplémentaire pour l’exécutif : celui d’une possible « convergence des luttes » entre les gilets jaunes et les opposants à une nouvelle réforme des retraites, au premier rang desquels les syndicats et les salariés du secteur public.

Pour autant, en dépit de ce contexte « explosif », les Français apparaissent a prioriplutôt favorables aux grandes orientations de la réforme des retraites, telle qu’elleest aujourd’hui envisagée par le gouvernement.

Une majorité de Français favorables à un système de retraites par points, mais des clivages existants entre secteur privé et secteur public

Ainsi, la même tendance s’observe du côté des décideurs et du grand public, avec respectivement 59 % des cadres et 58 % des Français qui se déclarent favorables à un nouveau système de retraite par points. À l’inverse, seuls 34 % des décideurs et 26 % du grand public souhaiteraient conserver le système actuel.

Des clivages apparaissent toutefois selon le statut des personnes interrogées : si les indépendants sont à 79 % favorables au passage à une retraite par points, et les salariés du privé à 59 %, ce taux tombe à 37 % parmi les salariés du public, qui pourraient être – ou craignent d’être – les grands perdants de la réforme à venir, et notamment de l’alignement des différents systèmes de retraites existants.

Traditionnellement plus mobilisés que les salariés du secteur privé, les salariés du public pourraient ainsi être les principaux opposants à la réforme, dont les modalités d’application seront donc essentielles pour ne pas apparaître inéquitable selon les statuts actuels.

Une réforme jugée indispensable…

Autre enseignement de l’étude plaidant en faveur de la réforme : l’opinion publique la juge majoritairement « indispensable pour pouvoir continuer à financer les pensions de retraite à l’avenir sans créer des déficits » : un avis partagé par 55 % des Français et 64 % des décideurs, même si là encore des clivages peuvent être soulignés, puisque cette opinion est partagée par 75 % des indépendants et 56 % des salariés du privé, mais seulement 43 % des salariés du secteur public.

… Mais dont les modalités d’application et l’impact sur le niveau des pensions inquiètent

Pour autant, si les opinions actuelles sont majoritairement favorables à la « philosophie » et à l’orientation générale de la réforme, encore en négociation entre les partenaires sociaux et le Haut Commissaire à la réforme Jean-Paul Delevoye, on remarque en revanche que certaines modalités d’application actuellement discutées pourraient justement être des facteurs de crispation :

– C’est le cas notamment de l’instauration d’une décote en cas de refus de décaler son départ à la retraite, à laquelle 58 % du grand public et même 62 % des décideurs sont opposés ;

– L’enjeu des pensions de réversion apparaît également sensible, puisque 49 % du grand public et 50 % des décideurs sont opposés à leur mise sous condition de ressources. Un risque déjà anticipé par l’exécutif, puisque le Président de la République vient d’annoncer que « les pensions de réversions ne seront pas modifiées » lors de son intervention devant les maires à Grand Bourgtheroulde.

– Enfin, la révision des majorations de pensions pour les parents de familles nombreuses (trois enfants et plus), qui touchent actuellement des pensions revalorisées de 10 %, est aussi rejetée par 43 % du grand public.

Epargner en vue de sa retraite : une pratique qui va se généraliser ?

Surtout, au-delà de ces modalités d’application, certes à fort enjeux, c’est l’impact de la réforme qui pourrait générer des inquiétudes majeures dans les mois à venir, alors que la question du pouvoir d’achat – et notamment celui des retraités – est devenu la première préoccupation des Français.

Sans remettre en cause la nécessité de la réforme, on remarque ainsi que 64 % des décideurs et 55 % du grand public s’attendent à une baisse globale des niveaux de pensions à l’issue de la réforme. Un risque déjà anticipé d’ailleurs par une grande partied’entre eux, puisque 82 % du grand public (et 90 % des décideurs) pensent que chaque actif devra épargner de son côté pour « compléter sa future pension ». Preuve s’il en faut que le débat entre retraite par répartition ou par capitalisation est déjà en partie dépassé : sans besoin de légiférer ou de révolutionner le système actuel, une grande partie des Français mettent déjà de côté en prévision de leurs vieux jours.

François Miquet-Marty
Aurélien Preud’homme

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