Confirmation des inquiétudes massives, craintes face à l’enchaînement « déficits-rigueur-décroissance »

  • Avec un indice à -51, le moral des cadres progresse certes de 4 points mais demeure à un niveau très inquiétant, plus faible que l’étiage atteint durant la crise des subprimes (-45 en février 2009) ou lors de la première crise de la zone euro (-47 en mai 2010) ;
  • Les anticipations concernant la conjoncture demeurent très pessimistes dans un contexte lourdement assombri par la perception d’un cycle anxiogène : « déficits-rigueur-décroissance ».

Des incertitudes qui compromettent la confiance des cadres pour l’avenir

Sur fond de crise de la dette et d’une forte instabilité des marchés depuis plusieurs semaines, les cadres demeurent massivement inquiets pour l’avenir macro-économique de la France, mais également pour l’évolution de leur propre situation financière :

  • Concrètement, 70 % d’entre eux pensent que le niveau de vie en France « se dégradera » d’ici un an, résultat en baisse de 4 points. Seuls 6 % pensent qu’il s’améliorera (chiffre stable) ;
  • Par ailleurs, 77 % (-1) des cadres estiment que le nombre de chômeurs en France « augmentera » dans les mois qui viennent, contre 5 % qu’il diminuera (chiffre stable également) ;
  • Enfin, 44 % (-4) des cadres anticipent une dégradation de leur situation financière, contre 13 % (-2) anticipant une amélioration.

Le cercle vicieux « déficits-rigueur-décroissance »

Ces inquiétudes sont alimentées en priorité par :

  • Des doutes concernant « la capacité de la France à limiter ses déficits » (première réponse citée, 47 %) ;
  • L’impact anticipé « des plans de rigueur sur la croissance » (deuxième réponse citée, 39 %).

Ces deux premières inquiétudes sont d’autant plus importantes qu’elles forment système : l’ampleur des déficits risque d’imposer une amplification de la rigueur, laquelle peut brider une croissance qui, faisant défaut, compromettrait la réduction des déficits.

Aux yeux des cadres, l’installation de ce cercle vicieux est aujourd’hui plus menaçant que « le prix des matières premières » (28 %), « l’avenir de l’euro » (22 %), « la difficulté à trouver des financements pour les entreprises » (18 %) ou « l’évolution des cours de la Bourse » (16 %).

Concernant l’avenir de la Grèce, parmi les enjeux brûlants de l’actualité, les souhaits sont en réalité partagés : 31 % des cadres estiment que la Grèce devrait maintenant « sortir de l’euro pour dévaluer », 50 % sont d’un avis inverse, et 19 % ne se prononcent pas.

En soi, cette pluralité de points de vue constitue une information d’importance, et traduit l’évolution des opinions sur le sujet : seul un cadre sur deux est opposé à la sortie de la Grèce de la zone euro, score qui aurait paru tout à fait inenvisageable à la veille de la crise grecque, particulièrement auprès de cadres traditionnellement europhiles et massivement attachés aux grands traités (Maastricht en 1992, TCE en 2005).

Un tel résultat traduit une concession face aux contraintes et impasses financières grecques, ou une moindre ferveur de principe et identitaire envers la zone euro et envers la présence, en son sein, de l’un des pays historiquement inspirateurs de la culture européenne.

La motivation des collaborateurs et les opportunités professionnelles s’améliorent légèrement

En dépit de cette conjoncture particulièrement déprimée, les perspectives individuelles (hors financières) des cadres se redressent depuis le mois dernier :

  • Concrètement, 36 % des cadres estiment que leurs collaborateurs sont actuellement « motivés », résultat en hausse de 4 points ;
  • Par ailleurs, 17 % des cadres pensent que les opportunités pour faire progresser leur carrière dans les mois qui viennent seront « importantes », en hausse de 3 points.

Le chemin est encore long, toutefois, avant que ces embellies marginales ne contribuent à infléchir les mauvais résultats macro-économiques. Et ces quelques progressions apparaissent surtout, sur le fond, comme une correction marginale des scores abyssaux enregistrés le mois dernier.

Après une progression du PIB de 0,9 % au premier trimestre 2011, puis nulle au deuxième, ces données de perception et d’anticipation collectives sont loin d’être encourageantes pour l’avenir de la croissance française.

Télécharger en pdf le baromètre Viavoice Moral des cadres – Octobre 2011