Le Baromètre des Décideurs – Mars 2020

Perspectives économiques au temps du Coronavirus – L’effondrement.


La France, l’Europe et le monde sont entrés depuis quelques semaines dans une crise profonde, humaine, sanitaire, sociale et économique. Elle porte le nom d’une pandémie COVID-19 qui met à l’épreuve l’ensemble de nos ressources individuelles et collectives pour combattre un virus dont aucun n’aurait pu présager l’arrivée.

Pour autant, et pour limiter les drames humains, les conséquences sont et seront indéniables pour l’économie française, européenne et mondiale dans une conjoncture économique toujours très fragile.

Depuis les annonces du président de la République l’économie est au ralenti, si ce n’est quasiment à l’arrêt et le choc pour les entreprises est brutal. Bruno Le Maire annonçait une enveloppe de 45 milliards d’euros pour soutenir l’économie française, mais est-ce suffisant pour répondre aux inquiétudes profondes que cette crise provoque chez les Français ? Sans doute pas tant le dilemme est complexe : soutenir, coûte que coûte, mais à quel prix ?

Les résultats du Baromètre des décideurs Viav.oice – HEC Paris – Le Figaro – BFM Business témoignent de ces circonstances économiques inédites, et révèlent un véritable effondrement du moral économique, comparable à celui de 2008 ou de l’été 2011. L’indice du moral perd près de 20 points et s’établit à -41, retrouvant ses pires scores et anticipant la récession annoncée.

Des inquiétudes économiques qui flambent, un effet de système cumulatif

Les résultats révèlent un effondrement des perspectives concernant la conjoncture économique future :

–  En ce sens, 66 % des décideurs (+ 10 points depuis janvier) et 66 % des Français (+ 4 points depuis janvier) prévoient une dégradation du niveau de vie en France ;

–  Mais c‘est sur le front de l’emploi que les projections sont les plus négatives : 67 % des décideurs (+ 24 points depuis janvier) et 68 % des Français (+ 17 points depuis janvier) anticipent une augmentation du nombre de chômeurs pensant aux conséquences de la crise sur les entreprises.

Les Français dessinent ainsi des lendemains économiques éprouvants, nourris par un effet de système cumulatif conjuguant récession, chômage, explosion de l’endettement public et désormais… records de défiance. Un cercle vicieux parmi les plus difficiles à déjouer.

Une inquiétude majeure face au principe de la dette publique…

La question cruciale de la dette publique ne cesse de se poser. Atteignant 100 % du PIB, elle préoccupe 67 % des décideurs et 64 % des Français notamment pour la génération qui vient. Mais l’ampleur de la dette publique a également des conséquences très concrètes aujourd’hui, notamment en ce qu’elle affaiblit la voix française sur la scène internationale : pour 68 % des Français et 72 % des décideurs cette dette prive la France de marge de manœuvre en interne et d’influence diplomatique.

… Mais face au virus : la dette encore et toujours, malgré tout (« quoi qu’il en coûte »…)

Mais face à l’ampleur de la crise du coronavirus, les interviewés sont convaincus de la nécessité d’accompagner l’économie française. Les craintes sont unanimes et clairement identifiées :

–  Pour 91 % des décideurs et 87 % des Français, la crise du coronavirus exercera un impact sur l’économie française, la moitié d’entre eux jugeant même cet impact « très important » ;

–  En regard des projections concernant le nombre de chômeurs, la crise du coronavirus impacte le plus la conjoncture à venir en matière d’emploi : pour 87 % des décideurs et 83 % des Français, cette situation aura un impact majeur sur l’emploi en France.

C’est une crise dont les interviewés perçoivent très directement les conséquences économiques puisque, pour 57 % des décideurs et des Français, l’impact pour leur propre entreprise sera réel.

En regard de ces craintes, la conclusion est claire : même après les dépenses engagées à la suite de la crise des Gilets Jaunes, 59 % des décideurs et 63 % des Français estiment qu’il ne faut pas « maintenant resserrer les dépenses », tant en raison de la crise du coronavirus que d’une situation sociale française jugée encore trop dégradée….

Dès lors, 55 % des décideurs et 46 % des Français attendent que la Commission européenne fasse preuve de compréhension face au relâchement des dépenses publiques, pour empêcher toute récession.

Ainsi l’insoutenable se fait soutenable : l’endettement public tant décrié pour son principe devient soudain acceptable sinon souhaitable en regard de l’exceptionnalité des événements… Un nouveau présent, certes extrêmement violent, mais qui justifie une fois encore de grever l’avenir des générations futures et les marges de manœuvre du pays. Comme les fois précédentes, sur l’autel de circonstances régulièrement exceptionnelles….

Face à cette crise globale, l’impérieuse nécessité immédiate consiste certes à soutenir activement l’économie et les entreprises françaises. Mais plus encore, ces inquiétudes pourront trouver leurs éléments de réponses dans l’innovation, ou dans ce que certains ont déjà appelé de leurs vœux : un changement de paradigme. Reste à l’inventer….

François Miquet-Marty, Président
Stewart Chau, Consultant