Fête des voisins au travail

« Etat des lieux des relations au travail »

La sixième édition du sondage mené par Viavoice pour la Fête des voisins au travail fait état de clivages multiples entre les actifs français dans les rapports humains entretenus avec leurs collègues et plus généralement avec le monde du travail.

Les évolutions des relations humaines au travail : une dégradation qui persiste

Les résultats de l’étude s’inscrivent dans la dynamique observée depuis trois ans. En ce sens, et pour la troisième année consécutive, les actifs Français déplorent une nette dégradation des relations humaines au travail :

  • 75 % d’entre eux estiment que les relations humaines se sont dégradées ces dernières années. Cela représente 8 points de plus qu’en 2018 et 10 points de plus qu’en 2017. Plus encore, 22 % des répondants constatent qu’elles se sont « vraiment dégradées », en hausse également de 4 points depuis 2018 ;
  • Par ailleurs, ce constat est partagé quel que soit la catégorie socioprofessionnelle et le secteur d’activité. Les cadres autant que les employés et ouvriers déplorent cette dégradation des relations professionnelles.

    Ce diagnostic, s’il est partagé, laisse toutefois apparaître un clivage générationnel. Ainsi, 62 % des actifs de 18-24 ans et 66 % des 25-34 ans estiment que les relations humaines au travail se sont dégradées. Au contraire, ils sont 76 % des 35-49 ans et 83 % des 50-64 ans à s’exprimer ainsi.

    Les critères importants au travail : des attentes divergentes

    Au-delà de ces premiers constats, les actifs Français identifient très clairement les critères qui leur semblent les plus importants dans leur travail : 29 % d’entre eux estiment que c’est « la qualité de vie au travail » qui doit primer alors que pour 24 % d’entre eux c’est le salaire qui est prioritaire. Enfin, pour 21 % c’est le critère de « l’épanouissement personnel » qui importe le plus.

    Ces critères plaident finalement pour une forme de reconnaissance au travail, qui n’est plus simplement financière mais qui passe également par le sens qu’on parvient à lui donner. Ils révèlent également des perceptions divergentes. En effet, trois clivages apparaissent assez clairement et décrivent des attentes au travail différenciées :

  • Un clivage entre les femmes et les hommes d’abord, les premières (24 %) étant plus sensibles au critère d’épanouissementpersonnel que les hommes (17 %) qui privilégient le salaire (28 %) perçu comme secondaire pour les femmes (20 %) ;
  • Un clivage générationnel ensuite, les jeunes actifs plaidant pour une prise en compte des facteurs d’épanouissement personnel et, plus que la moyenne, des relations entre collègues.
  • Enfin, un clivage entre les catégories socioprofessionnelles apparaît entre les ouvriers et les cadres. En effet, les ouvriers sont 35 % à citer le salaire comme critère le plus important dans leur travail contre 13% des cadres, qui privilégient plutôtl’épanouissement au travail (30 %).

Autre indicateur qui rend compte de ces attentes différenciées : la participation occasionnelle à des actions de bienveillance et de convivialité qui n’est plébiscitée que pour 45 % des hommes. Les femmes (53 %) semblent, quant à elles, plus enclines à participer occasionnellement à ces initiatives, tout comme les jeunes actifs de 18-24 ans, dont 64 % sont prêts à donner de leur temps pour des actions de la sorte.

Interactions entre collègues : des moments « au travail » clairement identifiés

Les résultats de l’étude démontrent une identification très claire des moments plébiscités par les actifs pour interagir avec leurs collègues :

  • Ainsi, 42 % d’entre eux préfèrent échanger « le matin à la machine à café », un moment davantage apprécié par les actifs de 35-49 ans (47 %) ;
  • De la même façon, 42 % des actifs affectionnent le moment de la « pause déjeuner » pour interagir avec leurs collègues. Ici encore, les jeunes sont plus nombreux à apprécier de moment de convivialité (55 % des 18-24) que leurs aînés (38 % des 50-64 ans).

    Ces constats démontrent que les actifs dans leur ensemble privilégient les interactions entre collègues dans le temps du travail, en entreprise. En ce sens, les moments qui laisseraient la possibilité à la sphère professionnelle de s’émanciper de son cadre sont moins plébiscités. Les afterworks, par exemple, ne sont cités que par 10 % des actifs, malgré un score plus élevé chez les jeunes actifs résidant, notamment, dans les grandes villes et en agglomération parisienne.

    Bonheur au travail : un désenchantement progressif et des clivages qui s’expriment

    Le sentiment d’être heureux au travail est partagé par 59 % des actifs mais il laisse surtout apparaître deux principaux clivages :

  • Entre catégories socioprofessionnelles ; 62 % des cadres et professions intellectuelles supérieures se déclarent heureux au travail, quand 53 % des ouvriers partagent ce sentiment ;
  • Et un clivage générationnel met en exergue une corrélation très forte entre l’âge et le sentiment de bonheur, les jeunes s’estimant bien plus heureux que leurs aînés.

    Ainsi, ce constat met en perspective de profondes divergences quant au sentiment de bonheur au travail exprimé par les actifs, et une forme de désenchantement progressif dans le monde du travail dont la promesse d’émancipation semble finalement se déliter au cours du temps.

Maïder Beffa
Stewart Chau
Laurianne Trably