Le Baromètre des Décideurs – Septembre 2018

Le retour des inquiétudes économiques ?

La reprise économique bat de l’aile en cette rentrée, et cela impacte le moral des acteurs économiques.

Sans retomber au niveau de défiance qui prévalait durant la crise économique (depuis la faillite de Lehman Brothers en 2008 jusqu’en 2015 voire 2016), la dernière vague du baromètre des Décideurs Viavoice – HEC Paris – Le Figaro –BFM Business met en exergue ce retour des inquiétudes économiques, tant auprès des décideurs que du grand public.

Concrètement, alors que jusqu’en juillet dernier les décideurs continuaient à faire part de perspectives bien meilleures que l’ensemble des Français, aujourd’hui les opinions des différents acteurs se rejoignent. L’indice du moral des décideurs perd ainsi 11 points depuis juillet, revenant à son niveau de mars 2017.

L’emploi et le pouvoir d’achat inquiètent le grand public comme les décideurs

Or ce sont principalement les inquiétudes macro-économiques qui expliquent cette décrue, au premier rang desquelles l’emploi et le pouvoir d’achat.

En matière d’emploi, d’abord, les perspectives des décideurs se sont quasiment inversées depuis le mois de juillet : si jusqu’au début de l’été la part de cadres anticipant une baisse du chômage dépassait celle anticipant une hausse (34 % contre 25 %), c’est aujourd’hui largement l’inverse : 39 % d’entre eux anticipent une hausse (+14 points) contre à peine 20 % une baisse du nombre de chômeurs dans les prochains mois.

Et ce pessimisme sur l’emploi est encore plus fort parmi le grand public, avecaujourd’hui un peu plus d’un Français sur deux (51 %, +8 points depuis juillet) qui anticipe une hausse du chômage dans les mois à venir, après un premier semestre 2018 déjà décevant en matière de créations d’emplois.

À ces inquiétudes s’ajoutent celles liées au pouvoir d’achat :

  • Sur le plan macro-économique, avec 60 % du grand public (+3) et 44 % des décideurs (+16) qui anticipent une dégradation du niveau de vie en Franced’ici un an ;
  • Mais aussi sur un plan plus personnel, avec 51 % du grand public (+2) et même 36 % des décideurs (+9) qui s’attendent à une dégradation de leur situation financière personnelle dans les mois à venir.

Budget 2019 : priorité au pouvoir d’achat des ménages, mais pas uniquement

Face à cette conjoncture économique difficile, plusieurs attentes sont exprimées dans l’opinion publique à l’égard du budget 2019 actuellement en préparation.

La première attente est incontestablement liée au pouvoir d’achat des ménages, priorité déclarée par 54 % des décideurs et 59 % du grand public.

Dans le détail, on remarque d’ailleurs une crispation sur toutes les mesures potentiellement dommageables pour le pouvoir d’achat, même lorsque celles-ci sont ciblées sur certains publics uniquement : ainsi, la revalorisation des pensions de retraite à un niveau inférieur à celui de l’inflation, annoncée par le Premier Ministre fin août, est regrettée par 55 % du grand public et 52 % des décideurs. La volonté exprimée de privilégier le pouvoir d’achat des actifs ne semble donc pas un argument convaincant pour ces derniers.

À l’inverse, toutes les mesures bénéfiques au pouvoir d’achat sont beaucoup plus consensuelles, même si (là encore) elles ne concernent pas tout le monde : la suppression du deuxième tiers de la taxe d’habitation pour 80 % des Français est ainsi très largement appréciée (62 % des décideurs et 73 % du grand public), comme la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires (par 59 % des décideurs et également 59 % du grand public).

Les efforts en matière de réduction des déficits doivent être poursuivis

Pour autant, l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages n’est pas la seule attente exprimée par les Français, qui apparaissent également préoccupés par les contraintes qui pèsent sur l’Etat comme sur les entreprises :

  • Ainsi la réduction des dépenses publiques est une priorité pour 38 % des Français et 37 % des décideurs, et la baisse du déficit l’est également pour respectivement 34 % et 27 % d’entre eux.
  • En matière de fiscalité, ils ne sont que 42 % des décideurs et 44 % du grand public à privilégier des baisses d’impôts uniquement pour les ménages ; àl’inverse, 40 % et 37 % d’entre eux souhaitent une baisse de la fiscalité qui concernerait tout autant les ménages et les entreprises

Dans ce contexte d’attentes multiples, les budgets 2019 de l’Etat et de la Sécurité sociale – déjà contraints par une conjoncture moins favorable que prévue – nécessiteront des équilibres complexes à réaliser entre pouvoir d’achat,déficits publics et compétitivité. Aux acteurs publics de relever ce défi, au risqued’accentuer encore davantage les inquiétudes et les impatiences exprimées par les Français.

Lire l’étude complète : Le Baromètre des Décideurs. Viavoice HEC Le Figaro BFM Business. Septembre 2018