Pouvoir d’achat : des mesures jugées inégales, alimentant les mécontentements – Baromètre politique Viavoice Libération

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Pouvoir d’achat : des mesures jugées inégales, alimentant les mécontentements

Après avoir progressé en fin d’année 2017, Emmanuel Macron et Edouard Philippe enregistrent tous deux une baisse significative de leur popularité.

Le Président de la République plafonne ainsi à 41 % d’opinions positives, en baisse de 5 points depuis décembre. Si les sympathisants de la majorité LREM-Modem gardent pour lui une confiance intacte (96 %, +1), sa popularité auprès des sympathisants de gauche (26 %, -10points) comme de droite (41%, -10)s’effrite significativement.

Le Premier ministre enregistre une trajectoire comparable avec 40 % d’opinions positives, en baisse de 4 points auprès de l’ensemble de la population mais de 10 points à gauche et 9 points à droite.

Une majorité en difficulté en ce début d’année

Or les deux têtes de l’exécutif ne sont pas les seuls à enregistrer une baisse. Nicolas Hulot – même s’il reste sur le « podium » des ministres les plus populaires – perd 12 points. Les affaires et les polémiques (accusations d’agression sexuelle, polémique sur ses voitures personnelles) ont sans doute compté, même si d’autres dossiers plus politiques ont également pu avoir un impact, qu’il s’agisse de l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes ou de prises de position récentes qui ont divisées : plan loup, contradictions sur le site d’enfouissement des déchets de Bure récemment évacué,ou encore sur le CETA notamment. Gérald Darmanin, également mis en cause récemment dans des affaires de mœurs, perd aussi 6 points avec seulement 17 % de bonnes opinions. Pour autant, cette baisse enregistrée pour le ministre de l’action et des comptes publics peut également être mesurée à l’aune des mesures impopulaires liées à la fiscalité et au pouvoir d’achat. On remarque d’ailleurs que l’autre locataire de Bercy, Bruno Le Maire (Ministre de l’économie), perd également 4 points depuis décembre sans pour autant avoir été récemment associé à des affaires judiciaires.

Pouvoir d’achat: des mesures jugées injustifiées et injustes

Ainsi, plus que les « affaires », le pouvoir d’achat apparaît comme le principal reproche fait à la majorité : 52 % de l’opinion publique considère que les mesures économiques du gouvernement« détériorent globalement le pouvoir d’achat des Français ». En particulier, 71 % des Français considèrent qu’il n’est pas justifié d’augmenter la CSG pour les retraités pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés du privé et aux indépendants, comme 54 % pensent qu’il n’est pas justifié que les fonctionnaires ne bénéficient pas du même « coup de pouce » pour leur pouvoir d’achat que les salariés du privé qui ont connu une baisse de leurs cotisations au 1er janvier.

D’autres réformes plus populaires, malgré des réserves : service national obligatoire, baccalauréat et fonction publique

Si les mesures liées au pouvoir d’achat apparaissent comme impopulaires, d’autres mesures annoncées par l’exécutif en ce début d’année sont davantage appréciées. Ainsi la création d’un service national obligatoire et universel, militaire ou civique, est appréciée par 64 % des personnes interrogées. En particulier, 67 % d’entre eux pensent que cette mesure aura un impact positif sur le civisme, et 68 % qu’elle sera formatrice pour les jeunes. Seul écueil : 69 % des Français considèrent qu’une telle mesure représentera un coût important pour les dépenses publiques. La réforme du baccalauréat apparaît également populaire, avec 58 % d’adhésion et 50 % qui pensent que cette réforme aura un impact positif sur l’égalité des chances. La réforme de la fonction publique enregistre une courte majorité (54 %) de soutiens, en dépit de clivages politiques : 81 % des sympathisants de la majorité et 78 % des sympathisants de droite y sont favorables, contre seulement 37 % à gauche. En outre, on remarque que seule une minorité de Français (45 %) et un sympathisant de la majorité sur deux(52 %)pensent qu’il y a trop de fonctionnaires en France. Enfin, le projet de loi sur l’asile et l’immigration semble diviser les Français comme il a divisé la majorité parlementaire ces derniers jours : si la création d’un « délit de franchissement non autorisé des frontières » est soutenu par une courte majorité (55 %), le principe de répartition des demandeurs d’asile par région est moins populaire (44 %), comme l’augmentation de la durée maximale de rétention administrative(40 %).

L’opposition ne bénéficie toujours pas des difficultés de la majorité

Dans ce contexte où l’exécutif est critiqué en premier lieu pour ses choix économiques et sociaux, on remarque pourtant que l’opposition est loin d’en profiter. À droite, Laurent Wauquiez enregistre à peine 13 % d’opinions positives et perd 9 points après ses déclarations polémiques devant des étudiants de l’EM-Lyon, sans pour autant que les autres figures de droite en profitent : au centre-droit, Alain Juppé ou Xavier Bertrand enregistrent une baisse ; et à l’extrême-droite, Marine Le Pen continue son déclin entamé depuis la présidentielle avec à peine19 % d’opinions positives (-3). À gauche, Jean-Luc Mélenchon reste en tête avec 28 % d’opinions positives (+2), suivi de près par Benoît Hamon (26 %, -4). Les premières figures socialistes (restés au PS) sont François Hollande(-3)et Anne Hidalgo(stable)avec23 % d’opinions positives chacun. Si les critiques sur la politique économique et sociale du gouvernement restent fortes, celles-ci ne trouvent donc pas, aujourd’hui, de débouché politique évident. Dès lors, la principale menace pour l’exécutif en 2018 (une année sans élections) sera sans doute le risque social, avec des mobilisations prévues au printemps : étudiants, cheminots, fonctionnaires… Restent à savoir si celles-ci mobiliseront suffisamment pour peser sur les réformes,après le relatif échec des mobilisations de la rentrée.

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