Réforme des aides sociales – Baromètre politique Viavoice Libération

Une majorité de Français favorables à une simplification du système, mais sans diminuer le montant global des aides.

Alors que la question fiscale était devenue au fil du quinquennat le talon d’Achille de François Hollande, la question sociale deviendra-t-elle celle d’Emmanuel Macron ?

Déjà dépeint par une partie de l’opposition en « Président des riches » suite aux mesures du début de quinquennat (réforme de l’ISF et « flat tax » en même temps qu’une baisse de 5€ des APL et la réforme du code du travail), la perspective d’une prochaine réforme des aides sociales apparaît comme un enjeu à haut risque pour le Président.

Or les résultats de notre étude apportent des enseignements majeurs sur les dispositions actuelles des Français : majoritairement enclins à embrasser la « philosophie » de la majorité concernant la simplification du système, ils ne sont en revanche qu’une minorité à être favorables à une diminution du montant des aides sociales.

  • Un système considéré comme trop complexe et en manque de « contreparties »

Ainsi les opinions convergent vers un sentiment général de « complexité » du système d’aides sociales en France :

– 78 % de la population pense que celui-ci est trop complexe de manière générale ;

– 63 % des Français pensent également qu’il « faudrait davantage regrouper les aides au sein d’une allocation unique » ;

– Enfin 68 % seraient favorables à « demander davantage de contreparties aux bénéficiaires », comme la recherche active d’un emploi ou du bénévolat.

En outre, on observe que ces points de vue sont plutôt partagés par les différents électorats : 68 % des sympathisants de gauche considèrent le système comme trop complexe, comme 88 % des sympathisants de la majorité (LREM-Modem), 92 % des sympathisants de droite et 73 % des sympathisants du Front national.

  • Pour autant, seule une minorité de l’opinion publique serait favorable à une baisse des aides sociales ou à une diminution du nombre de bénéficiaires

Au-delà de ce constat partagé sur la complexité du système, la question plus polémique d’une baisse réelle des aides sociales – même s’il n’est pas encore certain que cette piste soit retenue par le gouvernement – fait nettement moins consensus.

En premier lieu, seuls 38 % des Français pensent qu’il faudrait « diminuer le montant des aides sociales » contre 52 % qui souhaiteraient soit l’augmenter soit le garder au même niveau.

DFront national (à 66 %) sont favorables à une diminution des aides sociales, contre seulement 41 % des sympathisants de la majorité et 16 % des sympathisants de gauche.

Concernant l’autre piste étudiée, consistant à diminuer non pas les montants mais le nombre de bénéficiaires – évoquée dans une note de Bercy recommandant de concentrer certaines aides sur les « publics prioritaires » – celle-ci n’est pas plus consensuelle, avec seulement 43 % de l’opinion publique qui y serait favorable, dont 22 % à gauche et 46 % au centre, contre 60 % ans le détail, on observe d’ailleurs que seuls les sympathisants de droite (à 58 %) et du à droite et 75 % au FN.

Enfin, le clivage n’est pas uniquement politique mais aussi social : si 42 % des cadres sont favorables à une diminution des aides sociales et 51 % favorables à une diminution du nombre de bénéficiaires, de telles mesures ne recueilleraient l’assentiment que de 35 % et 39 % des employés et ouvriers.

  • Une dimension politique et sociale majeure concernant les futurs choix de la majorité

Ces résultats sont symptomatiques de la dimension symbolique et fondamentalement politique du système d’aides sociales en France : si la simplification du système et éventuellement la définition de contreparties peut faire consensus au sein de l’opinion publique, toute coupe budgétaire importante dans la politique sociale serait marquée politiquement et socialement, étant attendue uniquement à la droite de l’échiquier politique, et parmi certaines catégories aisées.

Aller plus loin qu’une simple réforme de simplification permettrait donc à la majorité de convaincre sur sa droite et parmi les plus aisés, mais en prenant le risque de se couper irrémédiablement de sa gauche et de la France la plus modeste, voire de froisser une partie de ses sympathisants actuels.

Cette observation n’est pas anodine à l’heure où le Président de la République, en baisse de 4 points avec 37 % d’opinions positives, ne recueille déjà plus que 28 % d’opinions favorables à gauche et 30 % parmi les employés et ouvriers, contre 45 % parmi les sympathisants de droite et 52 % chez les cadres et professions intellectuelles supérieures.

On comprend en ce sens l’embarras actuel au sein de la majorité sur ce projet de loi, certes attendu sur certains aspects mais potentiellement explosif sur d’autres.

Tout l’enjeu des prochains mois sera de faire en sorte que la « ligne de crête » sur laquelle marche l’exécutif ne traverse aucune « ligne rouge » majeure pour les Français.

Posez vos questions à l’auteur de l’étude :

Aurélien Preud’homme: ap@institut-viavoice.com

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