Le Baromètre des Décideurs – Juillet 2018

 Décideurs et grand public :

le temps inquiétant des France divergentes

Cet été 2018 sera-t-il une occasion manquée ?

En termes d’opinion économique, une histoire positive eût été possible, voire plausible : la rétraction des conflits sociaux (SNCF), la croissance économique, les révolutions technologiques futures, les réformes votées et à venir, tout cela aurait pu nourrir une tendance partagée à l’optimisme économique en France.

Pourtant, cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice – HEC – Le Figaro – BFM Business révèle un tout autre scénario. Ce n’est pas uniquement un clivage mais un temps de divergences qui advient, entre une part croissante d’optimisme parmi les décideurs, et une part croissante de pessimisme au sein de la population ; une divergence qui interroge d’autant plus sur le rôle à venir des corps intermédiaires et en particulier du Medef à l’heure de l’élection de son nouveau président.

Opinions économiques : les tendances contraires

Si l’indice du moral économique des décideurs conquiert 7 points par rapport au mois de mai, exprimant un élan positif parmi ces derniers, un nombre croissant de Français anticipent au contraire une détérioration des perspectives économiques. Ces tendances contraires sont d’autant plus inquiétantes qu’elles apparaissent sur deux registres, par lesquels elles s’expliquent :

1.Une divergence de confiances concernant l’avenir macro-économique de la France :

-Non seulement une majorité de Français (57 %) estiment que le niveau de vie en France se dégradera d’ici un an, alors que seule une minorité des décideurs (28 %) le pensent ;

-Mais surtout cet écart de perceptions s’amplifie par rapport au mois de mai :  la proportion de Français pessimistes augmente de 7 points (dans le même esprit, l’Insee enregistre en juin une baisse importante de la confiance des ménages, retrouvant son plus bas niveau depuis août 2016), alors que la part de décideurs pessimistes diminue de 6 points….

  1. Une divergence d’anticipations concernant la propre situation personnelle de chacun, autrement dit à propos des bénéfices de l’amélioration économique :

-La moitié (49 %) des Français estiment que leurs finances personnelles se dégraderont au cours des mois qui viennent, alors que seulement un quart      (27 %) des décideurs partagent ce pessimisme ;

-Surtout là encore, les écarts s’amplifient par rapport au mois de mai : la part de Français pessimistes sur ce registre est confortée (+2), alors que la part de décideurs pessimistes est en net repli, de 7 point ; de fait, les opportunités professionnelles des décideurs s’accroissent, en progression de 7 points          (à 24 %) : ces résultats confortent l’idée d’une mobilité croissante des cadres, notamment établie par la dernière étude Apec révélant qu’un tiers des cadres en France a connu une mobilité professionnelle en 2017.

Le renouveau des incertitudes sociétales, économiques et démocratiques

Ce temps des divergences de moral économique est inquiétant parce qu’il est porteur d’une nouvelle période d’incertitudes :

-Sociétales : entre deux « France « qui s’éloignent ;

-Économiques : comment nourrir une croissance vigoureuse si une partie de la France connaît une défiance en progression ? La part croissante de pessimisme risque de peser sur les comportements d’achat et sur la consommation et donc de pénaliser en partie la croissance ;

-Démocratiques : quel discours suffisamment fédérateur permettrait de surmonter ce clivage entre décideurs et grand public, après les tentatives en partie inabouties soutenues par Jacques Chirac en 1995 (contre la « fracture sociale »), Nicolas Sarkozy en 2007 (« travailler plus pour gagner plus »), François Hollande en 2012 (contre le monde de la « finance »), et…. Emmanuel Macron en 2017 (transformer les « outsiders » en « insiders ») ?

Le nouveau Medef : l’urgence souhaitée d’un renouveau, le souhait d’un syndicalisme constructif

En regard de cette nouvelle donne difficile, la question des corps intermédiaires et de leur rôle futur s’impose avec acuité, d’autant plus à l’heure de l’élection du nouveau président du Medef, qui succède à Pierre Gattaz.

Loin d’un lobbyiste, c’est un Medef engagé dans le dialogue et force de proposition que les décideurs (70 %) et le grand public (52 %) souhaitent voir s’affirmer. En cela, les décideurs ainsi que le grand public souhaitent que ce dernier s’engage en faveur de la réconciliation des Français avec l’entreprise ainsi que pour l’augmentation du nombre d’apprentis : un Medef plus constructif, comme l’une des réponses possibles aux divergences françaises actuelles.

Quant aux réformes à engager prioritairement pour les entreprises et pour le Medef lui-même, c’est la préparation des entreprises au monde de demain qui apparaît prioritaire, à la fois selon les décideurs (62 %) et selon le grand public (52 %). De fait, cet enjeu apparaît majeur en regard des révolutions qui viennent et qui vont impacter l’organisation du travail et le monde de l’entreprise, qu’il s’agisse de l’amplification de la digitalisation, de l’adaptabilité aux changements permanents, des nouvelles sources d’innovation, voire de la robotisation et du big data.

Ces mutations espérées sont d’autant plus nécessaires que 41 % des décideurs et 42 % du grand public estiment que les syndicats et les partenaires sociaux constituent des freins à la réforme en France et qu’il s’agit à l’avenir d’en réduire la sphère d’influence et de décision.

Cet été 2018 est inattendu. Des divergences de tendances s’affichent alors que la conjoncture économique est relativement soutenue : certains (beaucoup ?) ne bénéficient pas (encore ?) des fruits de la croissance dont d’autres peuvent désormais se prévaloir, et une part de scepticisme prévaut sur l’avenir économique du pays. Ces signaux sont alarmants à l’heure des tensions internationales en matière économique (protectionnisme), lesquelles instillent un doute sur la stabilité des marchés et sur la pérennité de la croissance mondiale.

Surtout, à l’aune des attentes de mutations profondes envers le Medef, tout se passe comme si la véritable et nécessaire modernisation de la France n’était pas encore pleinement advenue aux yeux d’un grand nombre de Français. Un défi pour les dirigeants politiques et syndicaux ; ou une chance permettant d’éviter à la France des lendemains plus compromettants que le présent.

Contacter pour l’étude :

François Miquet-Marty: fmm@institut-viavoice.com

Stewart Chau : sc@institut-viavoice.com