| Baromètre Viavoice - Libération - Août 2010 |
Pour autant, cette reprise en mains sécuritaire par l’exécutif a peu convaincu les Français dans leur ensemble : les résultats du présent sondage Viavoice réalisé pour Libération révèlent la nette préférence des Français en faveur d’un pouvoir de gauche. Des Français majoritairement favorables au retour de la gauche au pouvoir Désormais, 55 % des Français souhaitent que « la gauche gagne la prochaine élection présidentielle », contre 35 % d’un avis opposé. Ce différentiel (20 points) n’a jamais été aussi élevé depuis que Viavoice pose cette question pour Libération, en février dernier. Qui plus est, cette volonté est confortée par le sentiment de la capacité de la gauche à conquérir le pouvoir : 50 % des Français estiment que « la gauche gagnerait une élection présidentielle, si cette élection avait lieu aujourd’hui », contre 41 %. Là encore, ce différentiel de 9 points est particulièrement élevé et n’a été dépassé qu’une seule fois, fin mars, dans le contexte très particulier de la victoire de la gauche aux élections régionales. En vue de la présidentielle, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry devancent nettement Nicolas Sarkozy L’installation du souhait de victoire de la gauche se lit également à la hiérarchie des leaderships présidentiels : en vue de 2012, ce sont prioritairement des leaders de gauche que les Français désirent voir s’établir à l’Elysée :
Qui plus est, ces scores de présidentiabilité globalement favorables à la gauche sont étayés par la progression de la plupart des popularités de leaders de l’opposition. A titre indicatif, la popularité de Dominique Strauss-Kahn gagne 4 points (à 58 %), celle de Martine Aubry 2 points (51 %), celle de François Hollande atteint un record (43 %, +1). Daniel Cohn-Bendit voit sa popularité progresser de 4 points (42 %), Eva Joly également (38 %), ainsi que Ségolène Royal (37 %) et François Bayrou (37 %). Cécile Duflot, dans le contexte de sa récente médiatisation, capitalise également fortement (29 %, + 7). Première motivation en faveur de la gauche : le discrédit persistant qui affecte le chef de l’Etat Le souhait du retour de la gauche au pouvoir s’explique, en premier lieu, par la défiance des Français à l’encontre du président de la République. En dépit des efforts déployés pendant l’été, Nicolas Sarkozy est crédité d’une popularité de 34 % seulement, confirmant ainsi son étiage des mois de juin (34 % également) et juillet (35 %). Deuxième motivation : les retraites, la crise économique et la morale Les aspirations en faveur de l’opposition sont également alimentées par le crédit accordé à son principal parti pour définir des solutions sur les enjeux d’actualité. Désormais, les Français font bien plus confiance « au Parti socialiste et à ses dirigeants » qu’à « Nicolas Sarkozy et à la majorité » pour « trouver des solutions efficaces » pour le « financement des retraites » (50 % contre 29 %), pour « l’emploi » (49 % contre 27 %) et pour « respecter la morale en politique » (44 % contre 23 %). Ces résultats, portant sur trois registres différents, traduisent l’impopularité de la réforme des retraites, les difficultés engendrées par la crise économique, et le malaise nourri par l’affaire « Bettencourt-Woerth » : sur le fond, c’est bien l’écheveau de cette triple épreuve qui constitue un talon d’Achille majeur pour Nicolas Sarkozy et sa majorité, et qui plaide en faveur de l’opposition. Néanmoins, et notamment dans le contexte des interventions estivales, le président de la République et la majorité inspirent toujours le plus confiance pour « trouver des solutions efficaces contre l’insécurité » (43 % contre 34 % en faveur de la gauche). En revanche, la persistance frappante d’un scepticisme concernant les résultats à attendre d’une alternance En revanche, et de façon frappante, les Français demeurent sceptiques concernant les résultats d’une éventuelle alternance en faveur de la gauche : 57 % estiment que « si la gauche était au pouvoir aujourd’hui », « globalement » elle « ne ferait pas mieux que la droite », et symétriquement, seulement 36 % considèrent que la gauche « ferait mieux que la droite ». Et plus précisément, seulement 54 % des sympathisants de gauche estiment que la gauche « ferait mieux que la droite ». Ces données sont essentielles parce qu’elles mettent en perspective l’adhésion enregistrée aujourd’hui en faveur de la gauche : les Français souhaitent majoritairement que la gauche revienne au pouvoir, ils préfèrent plusieurs de ses présidentiables à Nicolas Sarkozy, ils font davantage confiance à son principal parti politique pour trouver des solutions, mais ils demeurent circonspects sur sa capacité réelle à « faire mieux » à l’épreuve du pouvoir. C’est particulièrement cette dimension qui manque aujourd’hui à la gauche pour cristalliser, en sa faveur, des souhaits de conviction et de réel espoir, davantage que des souhaits par défaut face aux difficultés du pouvoir actuel. Cela renvoie, également, à toute l’histoire de la gauche et aux désenchantements qu’elle a pu générer une fois le pouvoir conquis (Alain Bergounioux et Gérard Grunberg, Le long remords du pouvoir, Fayard, 1992). Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération d'Août 2010 |
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