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Homogénéisation de la gauche

A un an de la présidentielle de 2012, l’identité idéologique des gauches françaises est fondamentale car elle détermine, pour une large part, les chances d’un candidat de second tour à fédérer, ou non, une diversité de courants que toute l’histoire des gauches distingue, depuis le début du vingtième siècle.
Sur ce registre la présente étude, réalisée par Viavoice pour Libération, révèle que les gauches françaises connaissent aujourd’hui un phénomène majeur d’homogénéisation :
- Des références communes s’affirment ;
- Les grandes familles idéologiques s’effacent.

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Baromètre Viavoice - Libération - Décembre 2009
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La France irait mieux. Ou plus exactement moins mal. Moins mal qu’au premier trimestre de cette année, moins mal que ses principaux partenaires européens, et moins mal que ne le laissaient entendre les prévisions.
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Avec une croissance estimée à + 0,6 % au quatrième trimestre, la ministre de l’Economie Christine Lagarde a estimé que la France avait « vraiment pris le tournant de la reprise » (8 décembre).

Pour autant, les Français reprennent-ils confiance en l’avenir économique et social ? Bien évidemment, le nombre de demandeurs d’emploi continue mois après mois d’augmenter. Mais quelles sont, pour l’opinion, les perspectives pour les mois qui viennent ? Le présent sondage, réalisé par Viavoice pour Libération, révèle l’existence de peurs économiques et sociales massives.


Des peurs économiques et sociales massives

Les Français sont inquiets. Pas une courte majorité d’entre eux, ni même une majorité qualifiée des deux tiers, mais, bien plus encore, Synthèse des enseignements près de huit Français sur dix, et sur la plupart des registres économiques et sociaux : « pour les mois qui viennent », 84 % sont inquiets pour le « pouvoir d’achat », 83 % pour « l’emploi », 80 % pour « le niveau des prix », 74 % pour « la croissance économique ».

Compte tenu de scores globaux si élevés, l’ensemble des catégories sociales partagent le même sentiment de crainte. Il n’existe pas de clivage majeur entre les ouvriers et les cadres, entre les jeunes et les seniors. A titre d’exemple sur la question du pouvoir d’achat : 87 % des ouvriers sont inquiets, ainsi que 76 % des cadres ; 79 % des 18-24 ans sont inquiets et 78 % des personnes ayant 65 ans et plus.

Ces inquiétudes sont alimentées, à tort ou à raison, par l’idée selon laquelle les politiques menées concourent certes au sauvetage des banques, mais pas à la préservation de la situation des Français :
  • 57 % des Français pensent que « la politique économique de Nicolas Sarkozy face à la crise » a été « efficace » pour « sauver le système bancaire » ; il s’agit ici surtout du plan de 360 milliards d’euros engagé par le président de la République le 13 octobre 2008, un mois après la faillite de Lehman Brothers (15 septembre) ;
  • Mais 77 % estiment que cette politique n’a pas été « efficace » pour « lutter contre le chômage », 75 % qu’elle n’a pas été « efficace » pour « lutter contre les inégalités », et 57 % qu’elle n’a pas été « efficace » pour « soutenir la croissance » ; ce qui est stigmatisé ici est principalement le « Plan de relance » présenté par le chef de l’Etat à Douai le 4 décembre 2008. Ce plan était pourtant ambitieux (aides au logement, à l’automobile (dont la « prime à la casse » de 1 000 euros), à l’emploi, aux ménages (prime liée au RSA), aux entreprises), et il a été complété par l’exonération des deux derniers tiers provisionnels de l’impôt sur le revenu 2009 pour les contribuables relevant de la première tranche, mais l’ensemble n’a pas suffi à convaincre l’opinion.

Ainsi, au total, les Français portent un regard critique sur l’action menée par Nicolas Sarkozy contre la crise : 57 % considèrent que le « bilan » du chef de l’Etat « face à la crise économique et financière » est « négatif ». Et les jugements sont plus critiques encore de la part des employés (71 %) et des ouvriers (67 %).


Opposition : dynamique d’opinion en faveur des personnalités ayant une sensibilité écologiste

Pour ce qui concerne l’opposition, des mouvements d’opinion d’ampleur significative sont enregistrés à propos des principales personnalités.

De manière globale, la tendance la plus frappante consiste en la progression de popularité des leaders de sensibilité écologiste (que ces leaders appartiennent, ou non, aux Verts ou à Europe Ecologie) : Bertrand Delanoë bénéficie d’un regain de popularité de six points par rapport au mois dernier (à 61 %), Daniel Cohn-Bendit de quatre points (à 42 %), Cécile Duflot de trois points (à 20 %). Cette dynamique générale s’inscrit notamment dans le contexte du sommet de Copenhague, et de la très forte médiatisation actuelle des enjeux environnementaux.

Sur un autre registre, Dominique Strauss-Kahn voit se poursuivre le regain de crédit engagé le mois dernier : sa popularité s’établit désormais à 56 % (+ 2 par rapport aux données enregistrées en novembre, + 6 par rapport à celles d’octobre). De même, la popularité de Martine Aubry connaît une hausse de quatre points (à 44 %), évolution en rupture avec la défiance croissante que la Première secrétaire subissait depuis l’Université d’été de La Rochelle. Ces résultats surviennent après qu’ont été fortement déployés les thèmes du « Parti socialiste qui travaille », de la « social-écologie », de « la France qu’on aime », de la « nouvelle donne », et après deux temps forts médiatiques (intervention télévisée sur France 2 le 26 novembre ; discours de Rennes le 2 décembre, clôturant le « tour de France du projet », et consacré à l’identité républicaine et sociale de la France, faisant opposition à la notion d’« identité nationale » utilisée par le chef de l’Etat).

Pour sa part, Ségolène Royal voit sa popularité perdre 6 points (à 29 %) après avoir connu de bons scores relatifs en octobre et novembre. Cette baisse est enregistrée après la forte médiatisation de la présence inattendue de Ségolène Royal lors des rencontres du « rassemblement social, écologique et démocrate », et après la passe d’armes qui s’en est suivie avec Vincent Peillon ; elle s’inscrit également, dans une moindre mesure, après l’adresse faite au MoDem en vue de listes uniques associant notamment des candidats socialistes et MoDem dès le premier tour des régionales.


Le décalage entre les réalités économiques et les phénomènes d’opinion

Les résultats de cette vague d’enquête rappellent un enseignement majeur : un événement ne se traduit pas immédiatement dans l’opinion et, en l’occurrence, il existe un décalage chronologique important entre l’avènement de la tourmente financière puis économique, et les phénomènes d’opinion que ces turbulences génèrent. Nous entamons aujourd’hui ce nouvel acte, fait d’inquiétudes massives pour l’avenir et de désenchantements face aux politiques menées. Il est trop tôt pour en discerner les traductions à venir sur les scrutins régionaux et cantonaux du mois de mars prochain. Ce contexte peut plaider en faveur de l’opposition de gauche si elle est jugée crédible ; il peut, également, nourrir l’abstention et réveiller les votes protestataires. Les conséquences politiques de cette crise auraient alors un air de déjà-vu.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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