| des Français massivement attachés à la retraite à 60 ans Au coeur des débats provoqués par la réforme des retraites engagée par l’exécutif s’impose la question de l’âge légal de départ à la retraite. |  | |
Des indiscrétions ont fait valoir que le gouvernement envisageait un report de l’âge légal à « 61 ans en 2015, 62 ans en 2020 et 63 ans en 2030 ». Ces rumeurs ont été démenties. A gauche, Martine Aubry a envisagé l’idée d’une retraite à « 61 ou 62 ans », avant d’affirmer son attachement à la retraite à 60 ans. En regard de ces prises de position sensibles, ce que révèle notre sondage est un attachement massif des Français à la retraite à 60 ans. Il existe néanmoins des leviers de réformes envisageables qui relèvent de deux principes : la promotion du choix personnel, et la justice sociale. Une large majorité de Français en faveur de la retraite à 60 ans Le score est massif : 63 % des Français estiment que « quoi qu’il arrive, il faut maintenir à 60 ans l’âge légal de départ à la retraite : c’est un acquis et c’est important pour ceux qui ont travaillé tôt ». En contrepoint, seulement un tiers (34 %) considèrent qu’il « faut reporter à plus de 60 ans l’âge légal de départ à la retraite : nous vivons plus longtemps et il faut bien financer les retraites ». La retraite à 60 ans, adoptée en 1982 à l’instigation de François Mitterrand et de Pierre Mauroy, est très fortement soutenue par les sympathisants de gauche (74 %), et en particulier par ceux de la gauche radicale (LO, NPA, PCF et Front de Gauche, à plus de 80 %). En revanche la droite y est hostile (à 52 %), et particulièrement les sympathisants UMP (61 %). Ce clivage politique majeur se double d’un clivage sociologique tout aussi puissant : la retraite à 60 ans est massivement soutenue par les ouvriers (83 %) et les employés (74 %), alors que les cadres y sont opposés (à 65 %). Cette détermination sociologique tient notamment à l’âge d’entrée dans la vie active, moindre pour ce qui concerne les ouvriers et les employés, lesquels seraient de ce fait les premiers pénalisés par un report de l’âge légal de la retraite. Ainsi la retraite à 60 ans apparaît-elle aujourd’hui comme un identifiant majeur de la gauche et des catégories sociales modestes. Par ces temps de crise économique et de chômage, accepter de revenir sur cet acquis constituerait un pari très risqué pour la gauche. Mais parce que les catégories modestes y sont attachées, elle constitue également une pierre de touche que l’exécutif lui-même peut difficilement sacrifier. Des leviers pour la réforme des retraites : choix personnel et justice sociale Pour autant, les Français privilégient, pour l’avenir, deux principes : - La liberté de choix personnel : parmi une batterie de solutions proposées « pour l’avenir du financement des retraites », les personnes interrogées citent en priorité la possibilité pour « ceux qui le veulent de travailler aussi longtemps qu’ils le souhaitent » (71 %) ; c’est ici l’idée d’une retraite à la carte qui a fait son chemin ; - Les solutions citées en deuxième lieu relèvent de la justice sociale, et en particulier de la redistribution financière : « augmenter les prélèvements sur les revenus du capital » (48 %) et « faire payer davantage les retraités actuels les plus aisés » (39 %) ; ces priorités ont été particulièrement attisées par la crise et la dénonciation des écarts de niveaux de vie. Pour autant, politiquement, ce qui prévaut aujourd’hui sur cet enjeu des retraites est surtout une défiance à l’égard des dirigeants, de gauche comme de droite : dans l’hypothèse où la gauche serait au pouvoir, seuls 39 % des Français estiment que celle-ci ferait « mieux » que « Nicolas Sarkozy et son gouvernement », 34 % « moins bien », et 27 % ne se prononcent pas. C’est dire que, en l’état actuel des choses, la réforme des retraites témoigne plutôt, pour l’opinion, de l’impuissance du politique en général et de ses difficultés à préserver à la fois le pouvoir d’achat des salariés et celui des retraités. L’Elysée amorce une reconquête de l’opinion L’Elysée, précisément, amorce aujourd’hui une reconquête de l’opinion. Le président de la République, avec une popularité établie à 38 %, conquiert 3 points de confiance et, symétriquement, perd 3 points de défiance (59 %). Pour sa part, le Premier ministre dispose d’une popularité stable à 48 % (+1). Ces évolutions sont importantes dans le contexte actuel. Elles signifient que : - Nicolas Sarkozy redore partiellement son blason dans le sillage de la crise grecque, notamment à la faveur du Conseil européen (vendredi 7) à l’occasion duquel le chef de l’Etat a illustré son volontarisme européen, a tenu un réquisitoire en faveur de l’euro, et a dénoncé les « spéculateurs » ; - François Fillon n’est pas pénalisé par l’annonce, pour les trois ans qui viennent, d’un gel des dépenses publiques interprété par l’opposition comme l’instauration d’un plan de rigueur, succédant aux plans Barre (1976), Mauroy (1982) et Chirac (1995). C’est dire l’inquiétude des Français face à la dérive des finances publiques et face au syndrome que constitue la crise grecque, et l’ampleur des attentes de responsabilité envers l’exécutif. Pour le leadership de l’opposition, la fin de la séquence des régionales Pour ce qui concerne les leaders de l’opposition, les popularités évoluent de façon significative, et selon des tendances qui closent la période des élections régionales et de leurs effets : - Martine Aubry et Ségolène Royal, qui avaient toutes les deux capitalisé, auprès de l’opinion, sur les succès électoraux, voient leur popularité en repli : 47 % concernant Martine Aubry (-6 points), et 35 % concernant Ségolène Royal (-6 également) ; de même Cécile Duflot subit une défection de 4 points (à 24 %) ; - En revanche Dominique Strauss-Kahn, dont l’image n’a pas été tributaire des élections régionales, dont le nom a été associé au plan de sauvetage de la Grèce (FMI), et qui a fait l’objet d’une forte médiatisation ces jours derniers, voit sa popularité stabilisée à un niveau très élevé (57 %) ; - François Hollande et Laurent Fabius sont affectés, pour leur part, par des défections modérées, avec des popularités établies respectivement à 39 % (-3) et 33 % (-2) ; - Marie-George Buffet et Olivier Besancenot ne connaissent pas de progression d’image, en dépit de l’ampleur des remises en causes de notre système économique et social. Dès aujourd’hui s’ouvre une période de recherches de solutions, pour préparer le monde de l’après-crise. Les actions concertées en Europe en sont une, la réforme des retraites en est une autre. Dans ce contexte les rapports de leadership évoluent déjà, et évolueront encore au cours des mois qui viennent. François Miquet-Marty,
Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Mai 2010 |