| A quinze jours du premier tour des élections régionales. Souhait massif de victoire en faveur de la gauche. La droite parviendra-t-elle à déjouer le scénario d’une très large victoire de la gauche aux élections régionales ? |  | |
Affaire Frêche, régions moins acquises à la gauche que prévu : les hypothèses de victoire de la droite, ou de défaites socialistes, fleurissent ici ou là. Pour autant, cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice pour Libération révèle que les Français souhaitent toujours, massivement, la victoire de la gauche lors des scrutins des 14 et 21 mars. Mais en dépit de la continuité globale des rapports de force entre les régionales de 2004 et celles d’aujourd’hui, la signification des deux élections apparaît très différente. Un souhait massif en faveur de la gauche Le score est sans appel : 57 % des Français souhaitent que « la gauche gagne » dans leur « région lors des élections régionales du mois de mars », et seuls 34 % expriment un avis inverse. L’importance de ce résultat repose sur un phénomène politique intéressant : le souhait de victoire de la gauche émane certes des sympathisants de gauche, mais également des sympathisants MoDem (70 % d’entre eux souhaitent la victoire de la gauche aux élections régionales), et d’une fraction non négligeable des sympathisants de droite (27 %, et 18 % des sympathisants UMP). En revanche, par rapport aux données enregistrées début février, ce souhait de victoire de la gauche connaît un repli de trois points. Cette baisse s’inscrit dans le contexte des turbulences liées à « l’affaire Frêche », de la diminution des priorités environnementales ou écologistes, et de l’amplification progressive des campagnes propres à chaque région. Et au soir des 14 et 21 mars, la victoire de la gauche ou de la droite dans chacune des régions dépendra notamment des équations locales, de ces derniers jours de campagne, des listes en présence au second tour et des mobilisations relatives de chacun des camps. Trois motivations favorables à la gauche Cette volonté de voir gagner la gauche lors des élections régionales s’explique notamment par trois facteurs : - L’actualité de la crise économique et sociale : près de 9 Français sur 10 (88 %) estiment que « pour l’essentiel, la France n’est pas sortie de la crise économique et sociale » ; ces difficultés plaident en faveur de politiques de justice ou de protection sociales et en défaveur d’une politique de droite qui, au plan national, peine à convaincre l’opinion de son efficacité ;
- L’audience de la gauche au sein des régions : 62 % des répondants envisagent d’aller voter en « pensant aux enjeux concernant leur région » ; cette position, alliée au souhait de victoire de la gauche, témoigne d’un satisfecit à l’endroit des majorités régionales de gauche et de leurs présidents sortants, ou d’une adhésion aux projets portés par les listes de gauche dans chacune des régions ;
- L’impopularité du président de la République : le taux de popularité de Nicolas Sarkozy s’établit à 41 %, contre 57 % d’ impopularité ; cette situation rappelle celle du début de l’année 2004 : à la veille du scrutin régional, Jacques Chirac connaissait son plus faible niveau de popularité (44 %). Plus globalement, le souhait de victoire de la gauche lors des élections
régionales est corroboré par le souhait de victoire présidentielle de la gauche : 55 % des Français souhaitent que « la gauche gagne la prochaine élection présidentielle ». Ce qui signifie que la dynamique en faveur de la gauche n’est pas réductible aux régions, mais apparaît comme une réalité nationale.
Une campagne qui intéresse peu Aujourd’hui, deux semaines avant le premier tour de scrutin, près d’un Français sur deux (48 %) déclare ne « pas » être « intéressé » par « la campagne pour ces élections régionales ». Ce résultat masque en réalité de profonds clivages : - Un clivage générationnel : 31 % des 18-24 ans déclarent s’intéresser à la campagne électorale, contre 66 % des 65 ans et plus ;
- Un clivage sociologique : 44 % des ouvriers se disent intéressés par la campagne, contre 56 % des cadres.
Politiquement, la gauche n’apparaît pas plus pénalisée que la droite par ce désintérêt : 59 % des sympathisants de gauche (toutes sensibilités confondues) déclarent s’intéresser à la campagne (dont 66 % des sympathisants socialistes et 52 % des sympathisants écologistes), contre 56 % des sympathisants UMP. Cependant ces données concernant le désintérêt pour l’actuelle campagne électorale appellent à être mises en perspective : à la veille des élections régionales de 2004, seulement 34 % des Français déclaraient s’intéresser à la campagne (5-6 mars 2004) ; et à titre indicatif, les taux d’intérêt pour les dernières campagnes présidentielle étaient de de 42 % les 2 et 3 avril 2002, et de 67 % les 13 et 14 avril 2007. Les taux d’intérêt enregistrés aujourd’hui, certes faibles, ne sont donc pas hors norme. 2010, réédition de 2004 ? Ces régionales 2010 seraient-elles la réédition des régionales de 2004 ? Prime à la gauche, priorité accordée aux enjeux locaux, désaveu à l’encontre du président de la République : les similitudes semblent nombreuses. En réalité, en l’état actuel des choses, les deux scrutins revêtent, pour l’opinion, des significations distinctes. Les élections régionales de 2004, survenues presque deux ans après le 21 avril 2002, avaient été un scrutin de remobilisation civique (38 % d’abstention au premier tour, en baisse de 7 points par rapport au taux d’abstention enregistré lors des régionales - à un seul tour - de 1998), et un scrutin de « vote utile » à gauche, en réaction aux dispersions électorales du printemps 2002. Pour ce qui les concerne, ces élections régionales de 2010 sont avant tout un scrutin de crise économique. Le désir de voter ou de s’abstenir, le choix des listes, l’intention de sanctionner ou non l’exécutif, procèdent pour une large part de la volonté de réagir – ou non – face à la crise. A quinze jours du premier tour, le souhait de victoire exprimé en faveur de la gauche ne doit pas laisser entendre que les Régions françaises seraient, par nature, dévolues à la gauche. Prédomine en revanche une conjoncture qui, cette année comme en 2004 mais pour des raisons distinctes, plaide en faveur de la gauche. Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Mars 2010 |