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Homogénéisation de la gauche

A un an de la présidentielle de 2012, l’identité idéologique des gauches françaises est fondamentale car elle détermine, pour une large part, les chances d’un candidat de second tour à fédérer, ou non, une diversité de courants que toute l’histoire des gauches distingue, depuis le début du vingtième siècle.
Sur ce registre la présente étude, réalisée par Viavoice pour Libération, révèle que les gauches françaises connaissent aujourd’hui un phénomène majeur d’homogénéisation :
- Des références communes s’affirment ;
- Les grandes familles idéologiques s’effacent.

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Baromètre Viavoice-Libération - Août 2009
pcf.jpg L’acte de décès du Parti socialiste serait-il écrit ? Après le mauvais score socialiste aux élections européennes de juin (16 %), et dans le contexte de l’exacerbation médiatisée de rivalités internes, beaucoup ont rappelé qu’un parti politique pouvait « mourir », avant que Bernard Henri-Lévy ne déclare « le PS est mort » (19 juillet), et que Jack Lang ne compare ce parti à un « arbre sec » (21 juillet).
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Et ces scénarios d’apocalypse sont sous-tendus par des débats sans fin, qui épuisent les réflexions concernant le Parti socialiste et ses relations avec le reste de la gauche.
Le présent sondage Viavoice, réalisé pour Libération révèle que :
  • Loin des vicissitudes, les Français apportent des réponses claires aux débats qui animent le Parti socialiste et la gauche ;
  • Pour sa part, en contrepoint de ces évolutions à gauche, le chef de l’Etat peut se prévaloir d’un bon bilan de santé politique.

 
Trois réponses claires pour la gauche

A gauche, trois tendances de fond se dégagent, concernant le nom du Parti socialiste, les alliances, et les questions de leadership. Bien évidemment ces trois tendances ne sont pas exhaustives, et d’autres registres seront abordés prochainement par Viavoice et Libération.

Un parti qui doit s’appeler… socialiste
Le nom du Parti socialiste est l’un des enjeux de débat. Sur ce point, les Français expriment des opinions largement convergentes : les trois quarts d’entre eux (73 %) estiment que le Parti socialiste « ne doit pas changer de nom ». Et cette conviction culmine à 79 % auprès des sympathisants de gauche, et 86 % auprès des sympathisants socialistes. Ces résultats sont intéressants parce qu’ils signifient que la référence « socialiste » n’est pas épuisée dans l’opinion, que ce soit aux yeux des Français proches de la majorité, ou des sympathisants socialistes eux-mêmes.

Des alliances socialistes qui doivent privilégier Europe Ecologie, davantage que le MoDem
La question des alliances électorales qui seront contractées par le Parti socialiste évolue pour sa part nettement. Les alliances les plus privilégiées sont celles qui pourraient associer le PS à Europe Ecologie : 64 % des Français pensent que « le Parti socialiste doit passer des alliances avec Europe Ecologie », ainsi que 76 % des sympathisants de gauche, et 78 % des sympathisants socialistes. En revanche, l’idée d’alliances avec le MoDem recueille uniquement l’adhésion de 42 % des Français (43 % des sympathisants de gauche, 52 % des sympathisants socialistes). Et l’hypothèse d’alliances avec « les partis de la gauche antilibérale » obtient des résultats intermédiaires.
Ce succès d’un rapprochement électoral PS-Europe Ecologie (qui en l’état actuel des choses n’est pas envisagé par Daniel Cohn-Bendit en vue des régionales) s’explique par cinq facteurs : le poids de l’appartenance à l’écologie politique parmi les Français (désormais, 15 % des personnes interrogées se déclarent proches des Verts), la proximité des préoccupations affichées entre PS et EE (Europe Ecologie affirmant nettement une ambition sociale), l’appartenance d’Europe Ecologie à la famille de la gauche (par différence avec le MoDem), l’image a priori incontournable d’Europe Ecologie à la faveur de ses succès électoraux et médiatiques, et plus globalement l’importance reconnue des enjeux écologiques pour l’avenir de la planète.


Le projet doit précéder le leadership
La dialectique du « leadership » et du « projet » apparaît tranchée, et de façon très nette par les Français qui s’estiment proches du Parti socialiste et de la gauche : 60 % des sympathisants socialistes (et 58 % des sympathisants de gauche) pensent que « la priorité pour le Parti socialiste » doit être de « travailler sur son projet », et non de « résoudre son problème de leadership » ; les Français dans leur ensemble partagent la même opinion (53 % contre 43 %).

Précisément en matière de leadership, les personnalités qui ont le mieux progressé auprès de l’opinion sont :
  • Les leaders établis qui ont affiché une distance par rapport aux rivalités internes, ou qui ont appelé à des principes de solidarité. La première figure est celle de Dominique Strauss-Kahn, dont 57 % des Français ont désormais une opinion « positive »; la seconde est celle de Bertrand Delanoë, qui avec 63 % d’opinions positives figure toujours en tête de notre palmarès : ce score intervient après que le maire de Paris a appelé à un soutien à la Première secrétaire, pour que se taisent les divisions ;
  • Les leaders des générations nouvelles qui, au cours de ces derniers mois, ont bénéficié de gains de notoriété. Manuel Valls en offre l’illustration la plus frappante. Début juillet, 54 % des personnes interrogées ne se prononçaient pas sur son nom ; elles ne sont plus que 38 % aujourd’hui à ne pas se prononcer. Ce regain de visibilité permet au maire d’Evry de capitaliser sur de nouveaux soutiens : désormais 30 % des Français expriment une opinion positive à son endroit (en hausse par rapport au mois dernier), mais symétriquement, les opinions négatives le concernant ont pour leur part également fortement augmenté.

 
Exécutif : bon bilan de santé élyséen


Face aux décantations à gauche, le chef de l’Etat peut se prévaloir d’un bon « bilan de santé », en termes d’opinion : 48 % des Français ont désormais une opinion « positive » du président de la République, soit un score en hausse de trois points par rapport à celui enregistré le mois dernier. Ce résultat est loin d’être négligeable, près d’un an après l’amplification brutale de la crise économique et financière. Il est surtout l’illustration :
  • Des succès politiques obtenus par Nicolas Sarkozy lors des élections européennes ;
  • Des conséquences, pour l’opinion, de l’accident de santé subi le 26 juillet (accident de nature à susciter la compassion, à éveiller l’approbation pour la démarche de transparence engagée, et à entretenir l’image d’un homme qui pousse son implication au terme de ses propres limites) ;
  • La libération sous caution de Clotilde Reiss (16 août).

La séquence actuelle apparaît encore aujourd’hui, pour la gauche et la droite, comme déterminée par l’onde de choc des européennes.  Mais à gauche, la déroute socialiste de juin ne doit pas occulter les cristallisations à l’œuvre. Ici et là, dans l’opinion, des tendances se dégagent, des débats se tranchent. Nulle raison, pour un socialiste, de danser sur les vestiges des ruines de juin. Mais un préalable indispensable pour repenser, demain, un clivage gauche-droite solide et réarmé, nécessaire au jeu démocratique.

François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice-Libération du 23 Août 2009
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