| Strauss-Kahn à grande distance de tous les autres présidentiables. Ce printemps 2011 serait-il la réédition du printemps 2002, à la veille du 21-avril ? La progression de l’extrême-droite, indiquée non seulement par les intentions de vote mais également par les études plus qualitatives, invite à le penser. |  | |
Pour autant, au-delà du contexte bien évidemment différent (notamment l’absence actuelle de cohabitation), ce sondage révèle deux particularités actuelles très fortes qui conduisent à conclure que ce printemps 2011 n’est pas réductible au printemps 2002 : La conscience, largement partagée au sein de l’opinion, de la possibilité d’un nouveau 21-avril (conscience qui était pour l’essentiel inexistante en 2002), et qui peut inciter une réaction de la gauche et de la droite modérées ;
L’existence d’un déséquilibre gauche-droite nettement favorable à la gauche, porté par Dominique Strauss-Kahn qui surclasse massivement tous les autres présidentiables (phénomène d’opinion également inexistant en 2002).
Un nouveau 21-avril jugé massivement « probable » L’hypothèse d’un nouveau 21-avril est massivement considérée comme crédible : 70 % des Synthèse des enseignements [1/2] Français estiment que « si l’élection présidentielle avait lieu en ce moment », un « nouveau 21-avril » serait « probable » (dont 19 % « tout à fait » probable et 51 % « assez » probable). Ces résultats s’expliquent par des facteurs très différents : Les facteurs lourds qui nourrissent la part de popularité du Front national : inefficacité perçue des politiques menées, scepticisme à l’encontre de la gauche et de la droite de gouvernement, désenchantement démocratique, immigration ; La personnalité de Marine Le Pen : 19 % des Français « souhaitent » que la présidente du Front national soit présidente de la République, et 30 % estiment qu’elle aurait « de grandes chances d’être élue en 2012 », score qui place la dirigeante d’extrême-droite au quatrième rang des présidentiables jugés capables d’accéder à l’Elysée (et pas uniquement d’être qualifiée pour le second tour) ; La médiatisation de Marine Le Pen ces dernières semaines, et les sondages d’intention de vote consacrant des scores supérieurs à 20 % en sa faveur.
2012 : Dominique Strauss-Kahn loin devant les autres présidentiables Seconde différence majeure par rapport à 2002 : l’existence d’un net déséquilibre en faveur de la gauche, et d’une personnalité qui devance massivement les autres candidats potentiels : Concrètement, 46 % des Français « souhaitent » que Dominique Strauss-Kahn soit président de la République, ce qui situe le Directeur général du FMI à 19 points de ses compétiteurs potentiels les plus proches : François Hollande (27 %) et Martine Aubry (27 % également) ; l’idée d’une réélection de Nicolas Sarkozy est uniquement souhaitée par 22 % des Français, score inférieur à celui recueilli par François Fillon (26 %) ; En matière de pronostics, les deux tiers des Français (67 %) considèrent que « Dominique Strauss-Kahn aurait de grandes chances d’être élu président de la République en 2012 » ; à cet égard, le Directeur général du FMI est crédité d’un score de 26 points supérieur à la seconde personnalité citée : Nicolas Sarkozy (41 %).
Les raisons de ce « phénomène d’opinion » en faveur de Dominique Strauss-Kahn sont multiples : Le premier registre de facteurs est celui des qualités attribuées à DSK : compétence économique après la crise (conviction reposant sur l’idée selon laquelle l’économie impose des compétences spécifiques aux dirigeants), délégation de mission (DSK serait un « professionnel » du pouvoir politique), capacité à fixer un cap pour la France et à s’y tenir en période de turbulences ; Le deuxième registre de facteurs explicatifs réside en la distance (géographique, politique) qui caractérise le Directeur général du FMI : cette extériorité lui permet d’être soutenu, encore aujourd’hui, par une large part de la droite : 34 % des sympathisants de droite « souhaitent » que Dominique Strauss-Kahn soit président de la République, ce qui fait de DSK le... troisième candidat le plus désiré par les Français de droite ; Le troisième registre de facteurs favorables à DSK est la conséquence de la conjoncture politique actuelle : alors qu’une partie de la gauche cherche son leader pour 2012, alors que le Front national affiche des scores en progression, Dominique Strauss-Kahn, mieux placé que ses principaux concurrents, apparaît de ce fait comme un recours préférable à d’autres.
Cote d’alerte pour Nicolas Sarkozy Pour ce qui le concerne, le potentiel de Nicolas Sarkozy atteint une véritable cote d’alerte : seul un Synthèse des enseignements [2/2] 4 sympathisant de droite sur deux (49 %) souhaite qu’il soit président de la République (contre 48 % d’un avis inverse). Ce score, décevant pour un leader de droite, situe qui plus est Nicolas Sarkozy en confrontation directe avec François Fillon, dont 51 % des sympathisants de droite souhaitent qu’il soit président de la République. Et y compris auprès des seuls sympathisants UMP, les résultats ne sont pas unanimes : 63 % d’entre eux souhaitent une présidence Sarkozy. Ces résultats s’inscrivent dans le contexte de l’impopularité persistante du chef de l’Etat : 67 % des Français ont une « opinion négative » de lui, contre 30 % (scores confirmant les records du mois dernier). Ces données sont en partie corrigées par la hiérarchie des pronostics de victoire présidentiels parmi les leaders de la droite : 41 % des Français estiment que Nicolas Sarkozy « aurait de grandes chances d’être élu » en 2012, score certes minoritaire mais qui le situe en tête des autres leaders de droite, et notamment à 12 points de François Fillon (29 %). En ce printemps 2011, la dynamique frontiste rappelle bien évidemment le printemps 2002. Mais les deux facteurs de différenciation sont la conscience actuelle du risque d’un nouveau 21-avril, laquelle autorise des contre-offensives, et un rapport de forces globalement plus favorable à la gauche, notamment en raison de la prééminence DSK. Aujourd’hui, à près d’un an des scrutins, c’est sur Nicolas Sarkozy que pèse la plus forte menace. Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Mars 2011 |