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Homogénéisation de la gauche

A un an de la présidentielle de 2012, l’identité idéologique des gauches françaises est fondamentale car elle détermine, pour une large part, les chances d’un candidat de second tour à fédérer, ou non, une diversité de courants que toute l’histoire des gauches distingue, depuis le début du vingtième siècle.
Sur ce registre la présente étude, réalisée par Viavoice pour Libération, révèle que les gauches françaises connaissent aujourd’hui un phénomène majeur d’homogénéisation :
- Des références communes s’affirment ;
- Les grandes familles idéologiques s’effacent.

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Forte crédibilité d’un nouveau 21-avril
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Strauss-Kahn à grande distance de tous les autres présidentiables.
Ce printemps 2011 serait-il la réédition du printemps 2002, à la veille du 21-avril ? La progression de l’extrême-droite, indiquée non seulement par les intentions de vote mais également par les études plus qualitatives, invite à le penser.

 Liberation.fr 

 Pour autant, au-delà du contexte bien évidemment différent (notamment l’absence actuelle de cohabitation), ce sondage révèle deux particularités actuelles très fortes qui conduisent à conclure que ce printemps 2011 n’est pas réductible au printemps 2002 :

 La conscience, largement partagée au sein de l’opinion, de la possibilité d’un nouveau 21-avril (conscience qui était pour l’essentiel inexistante en 2002), et qui peut inciter une réaction de la gauche et de la droite modérées ;

L’existence d’un déséquilibre gauche-droite nettement favorable à la gauche, porté par Dominique Strauss-Kahn qui surclasse massivement tous les autres présidentiables (phénomène d’opinion également inexistant en 2002).

Un nouveau 21-avril jugé massivement « probable »

L’hypothèse d’un nouveau 21-avril est massivement considérée comme crédible : 70 % des Synthèse des enseignements [1/2] Français estiment que « si l’élection présidentielle avait lieu en ce moment », un « nouveau 21-avril » serait « probable » (dont 19 % « tout à fait » probable et 51 % « assez » probable).
Ces résultats s’expliquent par des facteurs très différents :

Les facteurs lourds qui nourrissent la part de popularité du Front national : inefficacité perçue des politiques menées, scepticisme à l’encontre de la gauche et de la droite de gouvernement, désenchantement démocratique, immigration ;

La personnalité de Marine Le Pen : 19 % des Français « souhaitent » que la présidente du Front national soit présidente de la République, et 30 % estiment qu’elle aurait « de grandes chances d’être élue en 2012 », score qui place la dirigeante d’extrême-droite au quatrième rang des présidentiables jugés capables d’accéder à l’Elysée (et pas uniquement d’être qualifiée pour le second tour) ; 

La médiatisation de Marine Le Pen ces dernières semaines, et les sondages d’intention de vote consacrant des scores supérieurs à 20 % en sa faveur.

2012 : Dominique Strauss-Kahn loin devant les autres présidentiables

Seconde différence majeure par rapport à 2002 : l’existence d’un net déséquilibre en faveur de la gauche, et d’une personnalité qui devance massivement les autres candidats potentiels :

Concrètement, 46 % des Français « souhaitent » que Dominique Strauss-Kahn soit président de la République, ce qui situe le Directeur général du FMI à 19 points de ses compétiteurs potentiels les plus proches : François Hollande (27 %) et Martine Aubry (27 % également) ; l’idée d’une réélection de Nicolas Sarkozy est uniquement souhaitée par 22 % des Français, score inférieur à celui recueilli par François Fillon (26 %) ; 

En matière de pronostics, les deux tiers des Français (67 %) considèrent que « Dominique Strauss-Kahn aurait de grandes chances d’être élu président de la République en 2012 » ; à cet égard, le Directeur général du FMI est crédité d’un score de 26 points supérieur à la seconde personnalité citée : Nicolas Sarkozy (41 %).

Les raisons de ce « phénomène d’opinion » en faveur de Dominique Strauss-Kahn sont multiples : 

Le premier registre de facteurs est celui des qualités attribuées à DSK : compétence économique après la crise (conviction reposant sur l’idée selon laquelle l’économie impose des compétences spécifiques aux dirigeants), délégation de mission (DSK serait un « professionnel » du pouvoir politique), capacité à fixer un cap pour la France et à s’y tenir en période de turbulences ;

Le deuxième registre de facteurs explicatifs réside en la distance (géographique, politique) qui caractérise le Directeur général du FMI : cette extériorité lui permet d’être soutenu, encore aujourd’hui, par une large part de la droite : 34 % des sympathisants de droite « souhaitent » que Dominique Strauss-Kahn soit président de la République, ce qui fait de DSK le... troisième candidat le plus désiré par les Français de droite ;

Le troisième registre de facteurs favorables à DSK est la conséquence de la conjoncture politique actuelle : alors qu’une partie de la gauche cherche son leader pour 2012, alors que le Front national affiche des scores en progression, Dominique Strauss-Kahn, mieux placé que ses principaux concurrents, apparaît de ce fait comme un recours préférable à d’autres.

Cote d’alerte pour Nicolas Sarkozy

Pour ce qui le concerne, le potentiel de Nicolas Sarkozy atteint une véritable cote d’alerte : seul un Synthèse des enseignements [2/2] 4 sympathisant de droite sur deux (49 %) souhaite qu’il soit président de la République (contre 48 % d’un avis inverse). Ce score, décevant pour un leader de droite, situe qui plus est Nicolas Sarkozy en confrontation directe avec François Fillon, dont 51 % des sympathisants de droite souhaitent qu’il soit président de la République. Et y compris auprès des seuls sympathisants UMP, les résultats ne sont pas unanimes : 63 % d’entre eux souhaitent une présidence Sarkozy.

Ces résultats s’inscrivent dans le contexte de l’impopularité persistante du chef de l’Etat : 67 % des Français ont une « opinion négative » de lui, contre 30 % (scores confirmant les records du mois dernier).

Ces données sont en partie corrigées par la hiérarchie des pronostics de victoire présidentiels parmi les leaders de la droite : 41 % des Français estiment que Nicolas Sarkozy « aurait de grandes chances d’être élu » en 2012, score certes minoritaire mais qui le situe en tête des autres leaders de droite, et notamment à 12 points de François Fillon (29 %).

En ce printemps 2011, la dynamique frontiste rappelle bien évidemment le printemps 2002. Mais les deux facteurs de différenciation sont la conscience actuelle du risque d’un nouveau 21-avril, laquelle autorise des contre-offensives, et un rapport de forces globalement plus favorable à la gauche, notamment en raison de la prééminence DSK.
Aujourd’hui, à près d’un an des scrutins, c’est sur Nicolas Sarkozy que pèse la plus forte menace.

Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Mars 2011 Télécharger le sondage