| L'indignation |
Au coeur de ces liaisons dangereuses se trouve le cumul des fonctions exercées par Eric Woerth, trésorier de l’UMP et ministre (du Budget de mai 2007 à mars 2010, du Travail depuis cette date). Sur ce point central, ce sondage Viavoice réalisé pour Libération révèle que les Français sont massivement « choqués ». Et ils estiment, plus largement, que les dirigeants politiques en France sont « corrompus ». Des Français « choqués » Le « cumul des fonctions de ministre et de trésorier de l’UMP » apparaît « choquante » à une majorité de Français (60 %). Et il est frappant de constater que ce jugement moral procède en réalité des sensibilités politiques des interviewés : les sympathisants de gauche se déclarent massivement « choqués » (73 %) alors que les sympathisants de droite, pour ce qui les concerne, ne sont majoritairement « pas choqués » (54 %). L’image actuelle de dirigeants « corrompus », malgré la promesse sarkozyste d’une « République irréprochable » Par ailleurs, de façon massive, 64 % des Français estiment que « de manière générale, les dirigeants politiques sont plutôt corrompus », et seulement 29 % les tiennent pour « honnêtes ». Ce désaveu majeur est particulièrement prononcé par les Français les plus modestes : 74 % des ouvriers et 73 % des employés souscrivent à l’idée de « corruption » des dirigeants politiques (contre 54 % des cadres). Un tel score global (64 %) est particulièrement élevé. Depuis les années 1970, la Sofres pose une question proche : « diriez-vous qu’en règle générale, les élus, les dirigeants politiques sont plutôt honnêtes ou plutôt corrompus ? ». En 1977, 38 % des Français estimaient que les « élus » et les « dirigeants » étaient corrompus, puis 46 % en 1990, 65 % en 1991 dans le contexte des « affaires » qui entachaient alors le Parti socialiste, et 58 % en 2002 (Gérard Grunberg, Nonna Mayer, « Démocratie représentative, démocratie participative », in Pascal Perrineau dir., Le désenchantement démocratique, Editions de l’Aube, 2003, pp. 215-230, p. 217). Autrement dit le score actuel :
Nicolas Sarkozy victime d’un puissant discrédit Dans ce contexte, le président de la République souffre toujours d’un puissant discrédit d’opinion. Avec 35 % d’opinions positives, Nicolas Sarkozy retrouve avec le niveau de popularité qui était le sien le mois dernier (34 %), le plus faible qui ait jamais été enregistré depuis son élection en mai 2007. Qui plus est, les trois quarts (75 %) des Français pensent que les « mesures de réduction du train de vie de l’Etat et notamment des ministères », annoncées par le chef de l’Etat, ne sont « pas suffisantes ». Et il se trouve, même à droite, une majorité (66 %) pour souscrire à ce jugement d’insuffisance. En revanche, Nicolas Sarkozy ne subit pas de nouveau « choc de défiance », et François Fillon parvient toujours à conserver la confiance de près d’un Français sur deux (46 %, -1 point par rapport au résultat enregistré il y a un mois). Ces stabilités relatives en dépit des turbulences actuelles s’expliquent notamment par les réactions de l’un et de l’autre : demande de remboursement des cigares de Christian Blanc par François Fillon, annonce d’un remaniement gouvernemental en octobre par Nicolas Sarkozy. Ces prises de position circonscrivent implicitement les responsabilités au niveau des ministres concernés, et contribuent, aujourd’hui, à dédouaner le président et le Premier ministre. Une opposition qui peine, pour autant, à s’imposer comme un recours Pour autant, dans ce contexte difficile pour la majorité, les leaders de l’opposition peinent à s’imposer en recours. Plusieurs ténors voient leur popularité baisser ou se stabiliser : Dominique Strauss-Kahn (54 %, -6 points par rapport aux données enregistrées le mois dernier), Martine Aubry (49 %, -1), Ségolène Royal (33 %, -4), François Bayrou (33 %, -2), alors que d’autres, plus rares, bénéficient de progressions d’image : François Hollande (42 %, + 3), Daniel Cohn-Bendit (38 %, +2). En réalité, il serait injuste de réduire ces variations d’image à la seule affaire Bettencourt- Woerth.
Le climat moral actuel suscite l’indignation de l’opinion. Pour autant, en termes de popularités, il ne disqualifie pas davantage l’exécutif, et il bénéficie très peu à l’opposition. Néanmoins ce paradoxe ne doit pas laisser penser que les « affaires » actuelles seraient définitivement dépourvues de traduction politique. D’une part les implications en termes de popularité ou d’image peuvent s’inscrire dans le temps, et d’autre part l’expérience socialiste des années 1990-1993 a montré à quel point les enjeux moraux pouvaient, dans les urnes, amplifier les désastres électoraux (législatives de 1993). Télécharger en pdf le Baromêtre Viavoice - Libération - juillet 2010 |
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