| La gauche dans la perspective présidentielle |
Les élections régionales auraient pu, encore, amplifier cette lecture critique : scrutin local, elles auraient pu conforter l’idée communément admise du clivage opposant la gauche victorieuse des territoires, à la gauche condamnée au plan national. Cependant, cette livraison du baromètre réalisé par Viavoice pour Libération révèle que la gauche a retrouvé ses lettres de noblesse : une très large majorité de Français estiment désormais que la gauche pourrait gagner l’élection présidentielle, et cette confiance est nouvelle. La crédibilité d’une victoire présidentielle de la gauche Le jugement est largement fédérateur : 59 % des Français estiment que « la gauche gagnerait une élection présidentielle, si cette élection avait lieu aujourd’hui », et seuls 33 % expriment un avis contraire. Ce pronostic est important :
Qui plus est, ce pronostic de victoire se conjugue à un souhait de victoire de la gauche : 52 % des Français « souhaitent que la gauche gagne la prochaine élection présidentielle », contre 36 % d’un avis inverse. Cette dynamique d’opinion en faveur de la gauche n’est pas imputable au seul résultat des élections régionales. Plus profondément elle repose sur trois facteurs présentés ci-après : un record d’impopularité de l’exécutif, un crédit croissant en faveur des présidentiables socialistes, et une dynamique écologiste. Premier élément d’explication : un record d’impopularité de l’exécutif Désormais : A ce titre, ni le remaniement ministériel, ni l’intervention médiatique de Nicolas Sarkozy, au sortir du Conseil des ministres du 24 mars, n’ont permis de restaurer la confiance accordée à l’exécutif. Deuxième élément d’explication : le crédit croissant des présidentiables socialistes La crédibilité de l’alternance présidentielle repose, également, sur le crédit croissant accordé aux leaders de la gauche. En termes de popularité, Martine Aubry et Ségolène Royal, considérées comme victorieuses lors des régionales, bénéficient de soutiens nouveaux :
En termes de présidentiabilité, les principaux leaders socialistes obtiennent des scores toujours satisfaisants (50 % des Français estiment que Dominique Strauss-Kahn « serait un bon président de la République », -4 points par rapport aux données enregistrées début janvier), ou en progression Martine Aubry 34 % +7, Ségolène Royal 27 % +4, François Hollande 24 % +1). Désormais, auprès des sympathisants socialistes, Martine Aubry fait jeu égal avec Dominique Strauss-Kahn en termes de présidentiabilité (respectivement 59 % et 58 %), devançant François Hollande (42 %) et Ségolène Royal (41 %). Troisième élément d’explication : une dynamique écologiste Le troisième élément qui plaide en faveur d’une alternance présidentielle concerne le succès d’opinion enregistré par l’écologie politique. Dans la foulée du bon score obtenu au premier tour des élections régionales (12,2 %), Daniel Cohn-Bendit a proposé la création d’une « Coopérative politique » transcendant les « vieilles cultures politiques » (Libération, 22 mars). Au terme de cette séquence le leader écologiste bénéficie d’un net regain de popularité (42 %, +5). Pour sa part Cécile Duflot, critique à l’égard du projet de Coopérative mais qui peut se prévaloir de son score en Ile-de-France (16,6 %), élargit la base de ses soutiens au sein de l’opinion (27 %, + 5). L’hypothèse appréciée d’une candidature unique socialiste-écologiste Dans cette perspective présidentielle pour la gauche, l’hypothèse novatrice d’une candidature unique socialiste et écologiste est particulièrement appréciée par l’opinion. Concrètement, 53 % des Français souhaitent que les socialistes et les écologistes « présentent un candidat unique à la prochaine élection présidentielle » ; et ce souhait est partagé, de façon très massive, par 69 % des sympathisants de gauche, 78 % des sympathisants socialistes et 63 % des sympathisants écologistes. Le succès d’opinion recueilli par ce scénario s’explique notamment par :
Une alternance d’opinion L’ensemble de ces éléments inaugurent une séquence politique nouvelle. De façon synthétique il est possible de parler d’une « alternance d’opinion » (par distinction avec les alternances électorales) : alors que, jusqu’ici, l’opinion française imaginait son avenir à droite, elle imagine désormais son avenir à gauche. Bien évidemment, cette alternance d’opinion ne saurait engendrer mécaniquement une alternance électorale, mais elle en constitue une condition nécessaire. Elle apparaît en outre comme un événement suffisamment rare pour être souligné, et désigne, sur ce point particulier, la bonne santé de notre démocratie. |
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