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Homogénéisation de la gauche

A un an de la présidentielle de 2012, l’identité idéologique des gauches françaises est fondamentale car elle détermine, pour une large part, les chances d’un candidat de second tour à fédérer, ou non, une diversité de courants que toute l’histoire des gauches distingue, depuis le début du vingtième siècle.
Sur ce registre la présente étude, réalisée par Viavoice pour Libération, révèle que les gauches françaises connaissent aujourd’hui un phénomène majeur d’homogénéisation :
- Des références communes s’affirment ;
- Les grandes familles idéologiques s’effacent.

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La gauche dans la perspective présidentielle
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La crédibilité retrouvée de l’alternance

Depuis longtemps, la gauche était synonyme de discrédit. Discrédit concernant ses capacités à reconquérir le pouvoir national, présidentiel puis législatif ; et discrédit doublement alimenté par le talent perçu de Nicolas Sarkozy, et par les fragilités inhérentes à la gauche.

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Les élections régionales auraient pu, encore, amplifier cette lecture critique : scrutin local, elles auraient pu conforter l’idée communément admise du clivage opposant la gauche victorieuse des territoires, à la gauche condamnée au plan national. Cependant, cette livraison du baromètre réalisé par Viavoice pour Libération révèle que la gauche a retrouvé ses lettres de noblesse : une très large majorité de Français estiment désormais que la gauche pourrait gagner l’élection présidentielle, et cette confiance est nouvelle.

La crédibilité d’une victoire présidentielle de la gauche

Le jugement est largement fédérateur : 59 % des Français estiment que « la gauche gagnerait une élection présidentielle, si cette élection avait lieu aujourd’hui », et seuls 33 % expriment un avis contraire. Ce pronostic est important :

Il résulte d’une progression très forte par rapport aux réponses enregistrées la même question lors des sondages antérieurs : début février, seulement 36 % des Français jugeaient la gauche en mesure de gagner une élection présidentielle. Quand bien même la victoire présidentielle de la gauche était souhaitée, elle paraissait irréaliste.

Il est partagé par une importante fraction des sympathisants de droite : 40 % des sympathisants UMP considèrent que la gauche serait victorieuse lors d’une élection présidentielle.

Qui plus est, ce pronostic de victoire se conjugue à un souhait de victoire de la gauche : 52 % des Français « souhaitent que la gauche gagne la prochaine élection présidentielle », contre 36 % d’un avis inverse.

Cette dynamique d’opinion en faveur de la gauche n’est pas imputable au seul résultat des élections régionales. Plus profondément elle repose sur trois facteurs présentés ci-après : un record d’impopularité de l’exécutif, un crédit croissant en faveur des présidentiables socialistes, et une dynamique écologiste.

Premier élément d’explication : un record d’impopularité de l’exécutif

La crédibilité d’une victoire présidentielle de la gauche repose, en premier lieu, sur les faiblesses de la droite au pouvoir.

Désormais :

La popularité du chef de l’Etat atteint son étiage : en repli de 4 points par rapport aux données enregistrées le mois dernier, elle s’établit à 37 %, score jamais atteint depuis février 2008. De même, la popularité du Premier ministre perd cinq points pour se fixer à 46 %, soit un score très proche du niveau de popularité le plus bas connu par François Fillon : 44 % en février 2009.

A ce titre, ni le remaniement ministériel, ni l’intervention médiatique de Nicolas Sarkozy, au sortir du Conseil des ministres du 24 mars, n’ont permis de restaurer la confiance accordée à l’exécutif.

Deuxième élément d’explication : le crédit croissant des présidentiables socialistes

La crédibilité de l’alternance présidentielle repose, également, sur le crédit croissant accordé aux leaders de la gauche. En termes de popularité, Martine Aubry et Ségolène Royal, considérées comme victorieuses lors des régionales, bénéficient de soutiens nouveaux :

Martine Aubry voit sa popularité s’établir à 49 % (+2), consacrant notamment le succès obtenu par les listes socialistes au second tour des élections régionales le 21 mars (54 %), la réalisation d’un quasi « grand chelem », le refus du triomphalisme et l’implication au service des Français
Ségolène Royal
voit sa popularité s’établir à 38 % (+5), score le plus élevé obtenu par la candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007 depuis la création de ce baromètre en juillet dernier ; la présidente de la région Poitou-Charentes capitalise en outre sur ses deux interventions télévisées, respectivement sur TF1 (mardi 23) et France 2 (jeudi 25).
Dominique Strauss-Kahn, avec 55 % d’opinions positives, demeure en tête des leaders socialistes les plus populaires, et François Hollande (40 %) confirme la bonne tenue de son image, enregistrée depuis l’automne.

En termes de présidentiabilité, les principaux leaders socialistes obtiennent des scores toujours satisfaisants (50 % des Français estiment que Dominique Strauss-Kahn « serait un bon président de la République », -4 points par rapport aux données enregistrées début janvier), ou en progression Martine Aubry 34 % +7, Ségolène Royal 27 % +4, François Hollande 24 % +1).

Désormais, auprès des sympathisants socialistes, Martine Aubry fait jeu égal avec Dominique Strauss-Kahn en termes de présidentiabilité (respectivement 59 % et 58 %), devançant François Hollande (42 %) et Ségolène Royal (41 %).

Troisième élément d’explication : une dynamique écologiste

Le troisième élément qui plaide en faveur d’une alternance présidentielle concerne le succès d’opinion enregistré par l’écologie politique. Dans la foulée du bon score obtenu au premier tour des élections régionales (12,2 %), Daniel Cohn-Bendit a proposé la création d’une « Coopérative politique » transcendant les « vieilles cultures politiques » (Libération, 22 mars). Au terme de cette séquence le leader écologiste bénéficie d’un net regain de popularité (42 %, +5).

Pour sa part Cécile Duflot, critique à l’égard du projet de Coopérative mais qui peut se prévaloir de son score en Ile-de-France  (16,6 %), élargit la base de ses soutiens au sein de l’opinion (27 %, + 5).

L’hypothèse appréciée d’une candidature unique socialiste-écologiste

Dans cette perspective présidentielle pour la gauche, l’hypothèse novatrice d’une candidature unique socialiste et écologiste est particulièrement appréciée par l’opinion. Concrètement, 53 % des Français souhaitent que les socialistes et les écologistes « présentent un candidat unique à la prochaine élection présidentielle » ; et ce souhait est partagé, de façon très massive, par 69 % des sympathisants de gauche, 78 % des sympathisants socialistes et 63 % des sympathisants écologistes.

 Le succès d’opinion recueilli par ce scénario s’explique notamment par :

  • La prime accordée au rassemblement, notamment en réaction à la mémoire du 21-avril 2002.
  • La porosité entre les électorats socialistes et les électorats écologistes, qui conduit les uns et les autres à s’accommoder d’une candidature commune.
  • L’absence, pour l’instant, de présidentiable naturel issu d’Europe Ecologie Daniel Cohn-Bendit n’envisageant pas sa candidature en 2012) et de présidentiable naturel au Parti socialiste.

Une alternance d’opinion

L’ensemble de ces éléments inaugurent une séquence politique nouvelle. De façon synthétique il est possible de parler d’une « alternance d’opinion » (par distinction avec les alternances électorales) : alors que, jusqu’ici, l’opinion française imaginait son avenir à droite, elle imagine désormais son avenir à gauche.

Bien évidemment, cette alternance d’opinion ne saurait engendrer mécaniquement une alternance électorale, mais elle en constitue une condition nécessaire. Elle apparaît en outre comme un événement suffisamment rare pour être souligné, et désigne, sur ce point particulier, la bonne santé de notre démocratie.

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération de Mars 2010pdf.jpg