|
Le Baromètre des cadres - Mars 2009 |

|
Par nature, la situation des cadres dans l’économie est ambivalente :
d’une part les cadres détiennent des responsabilités qui devraient les
conduire à exercer en permanence un rôle moteur sur l’économie ; mais
d’autre part ils sont, agents économiques parmi d’autres, emportés par
des évolutions de conjoncture qui peuvent les conduire à partager les
inquiétudes et les découragements de tous.
|
    |
Cette ambivalence est particulièrement frappante au coeur de la crise
actuelle, et face aux mouvements sociaux que connaît la France
aujourd’hui : les cadres adoptent-ils une attitude de défiance à
l’encontre de mouvements contestataires susceptibles de fragiliser la
vie des entreprises, ou, au contraire, s’en estiment-ils solidaires ?
Cette nouvelle livraison des résultats de notre baromètre offre une
réponse tranchée : les cadres soutiennent les mouvements sociaux, et
cette solidarité s’explique, pour une large part, par l’amplification
de leur malaise économique et social.
Solidarité des cadres à l’égard des mouvements sociaux
Les cadres se déclarent solidaires des mouvements sociaux en France :
58 % des personnes interrogées affirment « soutenir » ces mouvements,
contre 36 % d’un avis inverse. Cette solidarité majoritaire émane en
priorité :
- Des cadres du secteur public, lesquels soutiennent bien plus
largement les mouvements sociaux (73 %) que les cadres du secteur privé
(48 %) ;
- Des cadres ayant des revenus inférieurs à 3 000 € bruts
mensuels (68 %), par opposition aux cadres ayant des revenus supérieurs
(52 %). Ce double soutien traduit les logiques à la fois politiques et
économiques : sur un registre politique, les cadres du secteur public
comptent les opposants les plus nombreux à Nicolas Sarkozy ; sur un
registre économique, les cadres ayant les niveaux de revenus les plus
faibles sont les plus sensibles aux enjeux du pouvoir d’achat et de
l’emploi, mis en avant par les organisations syndicales.
De manière révélatrice de l’ampleur du pessimisme actuel, les cadres
estiment très majoritairement (85 %) que « ces mouvements sociaux en
France » vont être « de plus en plus importants ».
L’amplification du malaise économique et social des cadres
Cette solidarité des cadres à l’égard des mouvements sociaux
s’explique, pour une large part, par l’amplification des inquiétudes
économiques et sociales des personnes interrogées. De manière générale,
l’indice synthétique du Moral des cadres atteint un nouveau record de
faiblesse, à -45, soit un repli de deux points par rapport aux données
enregistrées les deux derniers mois. Ce nouvel étiage révèle que la
stabilisation de l’indice à -43, qui s’est opérée en début d’année, ne
constituait pas un plancher préalable à une dynamique retrouvée, mais
simplement une ligne de soutien précédant la baisse actuelle.
Aujourd’hui les cadres :
- Affichent une sévère décrue en termes de motivation : 53 %
des cadres estiment que leurs collaborateurs sont « actuellement
motivés », soit une baisse de 6 points par rapport au mois dernier :
cette baisse est très importante parce qu’elle traduit la fin d’une
dynamique de longue durée, enclenchée il y a près d’un an, en avril
2008, en faveur de scores de motivations orientés à la hausse (taux de
motivation établi à 47 % en avril 2008, à 59 % en février 2009) ; les
mauvais résultats actuels signifient que la séquence des mobilisations
croissantes est révolue, et qu’une partie des collaborateurs des
cadres, désormais, baisse les bras face à la crise ;
- Confirment leur pessimisme macro-économique : seulement 6 %
(- 1) estiment que le « niveau de vie en France » va s’améliorer, et 4
% (+ 1) pensent que le « nombre de chômeurs en France » va diminuer ;
- Confirment leurs inquiétudes personnelles : seuls 8 % (- 2)
estiment que leur « situation financière personnelle » va s’améliorer
au cours des mois qui viennent, et 20 % (- 2) pensent disposer «
d’opportunités professionnelles » dans les mois qui viennent.
Dans ce contexte, le soutien accordé par les cadres aux mouvements
sociaux apparaît comme un mouvement de solidarité émanant depersonnes
qui ne s’estiment plus nécessairement en situation économique et
sociale favorisée : les cadres partagent, même à undegrémoindre, les
difficultés et les inquiétudes économiques et sociales de l’ensemble
des salariés.
Du point de vue des cadres, les résultats de cette vague d’enquête
signent une nouvelle inflexion, particulièrement inquiétante pour
l’économie comme pour la société française.
François Miquet-Marty,
Viavoice
Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice du 02 Mars 2009
|