| Le printemps de la gauche, le talon d’Achille de la crédibilité présidentielle. A plus de mille jours du mandat de Nicolas Sarkozy, la période actuelle est décisive. |  | |
Les bilans concernant l’action de la droite au pouvoir sont significatifs, et les interrogations s’intensifient sur l’évolution du rapport de orces en vue des élections régionales qui auront lieu le mois prochain (les 14 et 21 mars), et en vue de la présidentielle de 2012. Dans ce contexte, cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice-Libération révèle l’existence de trois dynamiques majeures en faveur de la gauche. Néanmoins demeure un talon d’Achille pour la gauche : le déficit de crédibilité présidentielle. Première dynamique en faveur de la gauche : des souhaits de victoire massifs
Les scores sont sans appel. Les Français souhaitent désormais largement la victoire de la gauche, que ce soit lors des élections régionales à venir, ou lors d’une élection présidentielle : - 60 % des Français souhaitent que la gauche « gagne » dans leur « région » lors des élections régionales du mois de mars, et seulement 33 % expriment un avis inverse ;
- 54 % des Français souhaitent que la gauche « gagne la prochaine élection présidentielle », et seulement 39 % ne le souhaitent pas.
Ces bons résultats pour la gauche sont en cohérence avec les régionales de 2004, mais ils introduisent bien évidemment une rupture majeure par rapport à la présidentielle de 2007 et aux espoirs générés par la présidence Sarkozy. Ce registre est probablement le plus important parce qu’il signifie qu’il existe désormais un désir de gauche au sein de l’opinion française, y compris pour une présidentielle. Deuxième dynamique en faveur de la gauche : les progressions de popularité des leaders
La deuxième dynamique concerne les popularités des leaders de la gauche, souvent élevées ou en nette progression : - Dominique Straus-Kahn et Bertrand Delanoë bénéficient de popularité particulièrement massives (respectivement 60 % et 61 %), enregistrées aujourd’hui après une séquence de progression engagée à l’automne dernier ;
- Martine Aubry peut désormais se prévaloir d’un score de 50 % de popularité, couronnant une progression continue depuis le mois de novembre (+ 10 points) ;
- François Hollande et Laurent Fabius bénéficient eux-mêmes de scores en hausse, les conduisant respectivement à 41 % (+ 10 par rapport au résultat enregistré début octobre) et à 37 % (+ 8) ;
- Ségolène Royal, dont la popularité s’établit à 34 %, dispose d’une progression de 5 points par rapport aux données qui la concernaient en décembre ; la présidente de la région Poitou-Charentes a, à ce titre, surmonté le discrédit d’opinion qu’elle avait subi lors de son différend avec Vincent Peillon ;
- Parmi les « quadras » socialistes, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg réalisent de bons scores par rapport à ceux qui étaient les leurs à l’automne : respectivement 28 % (+ 6 par rapport au résultat enregistré début octobre) et 25 % (+ 4) ;
- Enfin la leader des Verts Cécile Duflot confirme sa progression : à 22 %, elle bénéficie d’un surcroît de 5 points par rapport aux données obtenues en novembre.
En revanche, deux personnalités souffrent de discrédits importants :
 Olivier Besancenot voit sa popularité baisser : établie désormais à 43 %, elle subit un repli de 4 points par rapport au score enregistré en janvier ; le leader du NPA paie ici le prix d’une campagne régionale difficile, des tensions internes à son mouvement et, plus récemment, des controverses liées à la présence d’une candidate voilée sur les listes du NPA en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ;
Vincent Peillon subit lui-même un désaveu : sa popularité est désormais de 21 %, en baisse de 4 points par rapport au résultat dont il bénéficiait le mois dernier ; l’image du député européen est bien évidemment ternie par sa décision de ne pas participer à l’émission de France 2 « A vous de juger » consacrée au débat sur l’identité nationale (14 janvier) ; la méthode employée et la demande de démission envers la présentatrice n’ont pas été comprises par une fraction de l’opinion. Certes, Vincent Peillon bénéficie d’un surcroît de notoriété, laquelle a progressé de 59 % à 63 %. Mais auprès, précisément, des seuls Français qui le connaissent, son niveau de popularité a fléchi de 42 % à 33 %.
Troisième dynamique en faveur de la gauche : le discrédit croissant de l’exécutif
Troisième élément en faveur de la gauche : les popularité des leaders de l’exécutif déclinent :
- Nicolas Sarkozy, avec seulement 40 % de popularité (-4 par rapport aux résultats connus en janvier), perd le bénéfice d’image dont il bénéficiait depuis les élections européennes de juin dernier ; ce résultat à la baisse est d’autant plus décevant pour l’Elysée qu’il survient après l’intervention télévisée du chef de l’Etat sur TF1 : la soirée du 25 janvier, face à Laurence Ferrari puis face à un échantillon de Français (« Paroles de Français »), suivie par un large public (32 % de part d’audience, 8,6 millions de téléspectateurs), n’a pas suffi à restaurer le crédit présidentiel auprès de l’opinion. A la lumière de ces résultats, et, certes, dans le contexte difficile de la crise économique, il apparaît que le talent communicationnel du chef de l’Etat a perdu une partie de son lustre ;
- François Fillon souffre lui-même d’un repli de popularité : 51 % des Français ont une « opinion positive » du Premier ministre, soit un résultat en baisse de 3 points par rapport à celui connu en janvier ; néanmoins cette baisse doit être relativisée : le niveau de confiance dont bénéficie le chef du gouvernement est exceptionnel après plus de deux années et demi d’exercice du pouvoir, la baisse actuelle n’est qu’une correction partielle du fort crédit acquis par le Premier ministre le mois dernier, et François Fillon est fortement plus populaire que Nicolas Sarkozy (11 points de différentiel).
Pour la gauche, le talon d’Achille de la crédibilité présidentielle
Ce « printemps » de la gauche ne constitue pas, bien évidemment, un blancseing de l’opinion pour de futures victoires électorales. Au registre des difficultés figure, en bonne place, le déficit persistant de crédibilité présidentielle de la gauche : si les Français souhaitent une victoire présidentielle de la gauche (54 %), leur pronostic de victoire est inverse : seuls 36 % estiment que la gauche « gagnerait une élection présidentielle, si cette élection avait lieu aujourd’hui », et 56 % ne le pensent pas. Fait révélateur, les sympathisants de gauche eux-mêmes se révèlent circonspects : seuls 47 % d’entre eux estiment que la gauche gagnerait aujourd’hui une présidentielle. Cette question de crédibilité est bien évidemment tributaire de l’émergence d’un leader présidentiel durablement incontesté à gauche d’ici 2012.
C’est une question de crédit personnel et c’est, aussi, tout l’enjeu des primaires à venir. Ces dynamiques actuelles en faveur de la gauche ne sont pas un hasard. Elles résultent de la crise économique qui nourrit la critique de la société actuelle, elles résultent du manque de résultats perçus de l’action de la droite au pouvoir, elles résultent du crédit croissant dont bénéficient l’écologie, l’exigence sociale et la critique du capitalisme, elles résultent du travail de ses leaders et de ses militants. Mais demeurent, au cours des deux années qui viennent, des scrutins majeurs qui diront si ce printemps d’opinion aura été, ou non, l’amorce de printemps électoraux.
François Miquet-Marty Directeur Associé Viavoice Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Février 2010 |