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Tableau de bord de l'économie française - Janvier 2010
baromètre de l'économie française
Loin d’une « sortie de crise » : l’actualité d’une embellie, l’anticipation d’une crise persistant jusqu’en 2011-2012.

« La France va mieux » aimait à répéter Edouard Balladur alors qu’il était Premier ministre, en 1994. L’adage pourrait s’appliquer à la période actuelle. Bercy a révisé ses prévisions de croissance à la hausse pour 2010 (1,4 % au lieu de 0,75 % (annonce du 18 janvier)), et, en matière financière, le CAC40 a franchi la barre symbolique des 4 000 points depuis le 4 janvier.
 Les Echos.fr

Pour autant, une fin de récession ou une convalescence financière valent-elles une « sortie de crise »? Les dirigeants d’entreprise et les Français interrogés dans le cadre de cette nouvelle livraison du Tableau de bord de l’économie française ne le pensent pas :

Certes apparaissent les premiers indices d’une embellie perçue ;
Mais pour l’avenir, s’installe le scénario d’une crise persistant jusqu’en 2011-2012.

Les symptômes actuels d’une embellie

Les symptômes de l’embellie actuelle apparaissent sur deux registres :

1.    La proportion de personnes s’estimant victimes de la crise diminue plus sensiblement qu’auparavant : moins de Français (46 %, -3 points par rapport aux données recueillies en septembre) et de dirigeants d’entreprise (64 %, -3) se déclarent désormais « touchés par la crise ».

En revanche les difficultés demeurent vives pour ces victimes de la crise :

  • Les particuliers touchés par la crise citent de plus en plus la « baisse » des « revenus » parmi leurs difficultés (62 %, +6), conséquence des licenciements et des politiques salariales rigoureuses ; en outre, ils déplorent toujours le niveau des « prix » (87 %, +2, concernant les « dépenses courantes », 72 %, +2 concernant les « dépenses importantes »), générant des craintes légitimes en matière de pouvoir d’achat ;
  • Les dirigeants d’entreprise s’estimant victimes de la crise évoquent de plus en plus l’augmentation des prix « des fournisseurs et des soustraitants » (48 %, +8 points par rapport au score enregistré en septembre, +16 par rapport à celui du mois de mars 2010) ; en outre, ils citent toujours la « baisse des commandes » (86 %, -2), ainsi que les négociations sur les prix avec « les clients » (85 %, stable).

2.    L’image des fondamentaux du système économique s’améliore.

  • L’image des grandes entreprises progresse de 14 points auprès des chefs d’entreprise (à 49 %) et de 10 points (à 48 %) auprès du grand public (en comparaison par rapport aux données obtenues en juillet dernier). Cette évolution s’explique, pour une large part, par la diminution du nombre de grands plans sociaux ; elle pourrait s’inverser si de nouveaux plans sociaux ou de nouvelles délocalisations d’envergure apparaissaient dans les mois à venir (d’où l’importance acquise par les négociations entre Renault, le gouvernement et les syndicats sur le site de production de la future Clio).
  • L’image de « la Bourse » conquiert 14 points auprès des dirigeants d’entreprise (à 32 %) et 4 points auprès du grand public (à 19 %) ;
  • L’image du capitalisme progresse de auprès 5 points auprès des dirigeants d’entreprise (à 53 %) et de 3 points auprès du grand public (à 28 %) ;
  • Les banques restaurent sensiblement leur image auprès des dirigeants d’entreprise (36 %, + 8 points).

L’anticipation d’une crise persistant jusqu’en 2011-2012

Néanmoins prévaut, pour l’avenir, le sentiment d’une crise prolongée. Interrogés sur l’échéance de « sortie de crise », les dirigeants d’entreprise se révèlent peu optimistes : 40 % estiment que « la France sortira vraiment de la crise économique et financière » en « 2011 », et 30 % « plus tard ». Ces opinions émanent de 90 % des dirigeants d’entreprise, lesquels estiment que « la crise économique et financière » n’est « pas terminée ».

Ce pessimisme s’explique par le maintien de scores de défiances élevés (de la part des dirigeants d’entreprise comme du grand public) concernant les principales réalités macro-économiques :

  • La confiance concernant « la croissance économique » demeure faible et globalement stable : 34 % (+1) auprès du grand public et 37 % (-1) auprès des dirigeants d’entreprises, alors que cet indice avait constamment augmenté depuis mars 2009 ;
  • La confiance en matière d’« emploi » ne progresse pas auprès des dirigeants d’entreprise (22 %, stable), mais bénéficie d’une embellie auprès du grand public (27 %, +5 points) ;
  • Enfin, alors qu’ils étaient précédemment majoritairement confiants concernant l’évolution des « prix », les dirigeants d’entreprise commencent à s’inquiéter (47 % sont confiants, en baisse de 6 points) ; les particuliers confiants à propos de l’inflation ne sont plus que sont 28 % (-2 points), d’où des perspectives de consommation faibles (48 % souhaitant dépenser moins dans les mois à venir, +1). Ces indicateurs, pour l’instant ténus, sont à observer de près à l’avenir car ils peuvent annoncer un scénario sombre : l’anticipation de tensions inflationnistes, susceptible de brider la consommation des ménages.

Dans ce contexte, l’enthousiasme ne prévaut pas à propos du projet maintenu d’une fiscalité écologique, quelles que soient ses modalités d’application concrètes. Après le rejet de la taxe carbone (« contribution climat-énergie ») par le Conseil constitutionnel:

  • 51 % des Français estiment que « Nicolas Sarkozy et le gouvernement » ont « tort » de soutenir un nouveau projet, considérant qu’il aurait été préférable de « renoncer » à la fiscalité écologique ;
  • 39 % estiment qu’ils ont eu « raison » de ne pas renoncer.

Ces réticences s’expliquent certes par l’antériorité des craintes suscitées à l’automne par le projet de taxe carbone, par les controverses politiques qui avaient émergé à son sujet, par les doutes quant à son efficacité réelle sur l’environnement, et par les réserves quant à sa pertinence sociale.
Mais elles se justifient également, précisément, par le climat de défiance que révèle notre baromètre, en particulier en matière du pouvoir d’achat pour les mois qui viennent. Quand bien même cette « fiscalité verte » ne serait pas financièrement pénalisante pour tous, la seule évocation d’un prélèvement, dans le contexte actuel, apparaît particulièrement sensible.

Bien évidemment ces perceptions, qui contreviennent à l’optimisme affiché par l’exécutif, sont préjudiciables pour l’ensemble de l’économie française. Elles signifient que le retour de la confiance marque le pas. Et au cours des mois qui viennent, la France pourra-telle se prévaloir d’un taux de croissance significatif, dès lors que les dirigeants d’entreprises et les Français eux-mêmes n’auront pas (re)trouvé la foi du charbonnier ?

Ce retour de la confiance est une question de psychologie collective, de résultats économiques tangibles, et de projet politique pour l’avenir. Gageons que l’un des trois sera, de façon positive, au rendez-vous.

François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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