| Le tableau de bord de l'économie Française - Mai 2009 |
Les résultats de cette deuxième vague d’enquête Viavoice, menée pour l’ACFCI et Les Echos, sont particulièrement intéressants parce qu’ils révèlent un véritable effet de ciseau, situation paradoxale mais compréhensible de la conjoncture actuelle : la crise s’installe (une part croissante de Français s’en estiment les victimes), mais, dans le même temps, l’optimisme progresse. Une crise qui s’étend L’installation de la crise est patente auprès du grand public. Désormais, 45 % des personnes interrogées s’estiment « directement touchées par la crise économique et financière », soit une progression de 4 points par rapport aux données enregistrées en mars, lors de la précédente mesure réalisée. Ces nouvelles victimes de la crise se rencontrent en priorité auprès des publics les plus jeunes : 37 % des 18-24 ans s’estiment désormais directement touchés par la crise (contre 32 % auparavant), 47 % des 25-34 ans (+6), et des ouvriers (55 %, +12). Pour leur part, les dirigeants d’entreprise ne sont pas plus nombreux qu’auparavant à estimer que leur société est « directement touchée par la crise économique et financière » (60 %, -1), mais le niveau d’exposition vécue à la crise était déjà très élevé auparavant. Une crise dont la nature évolue La crise s’étend, et sa nature perçue évolue. Sur ce registre les Français et les dirigeants d’entreprise expriment des perceptions similaires : la crise est de moins en moins considérée comme financière, et de plus en plus considérée comme économique et sociale. D’une part, les Français qui s’estiment victimes de la crise sont de moins en moins nombreux à estimer que leur « patrimoine a perdu de sa valeur » (50 %, contre 58 % auparavant) ; en revanche ils sont de plus en plus nombreux à déclarer des « problèmes d’emploi » (37 %, contre 31 %), et des baisses de revenus (55 % contre 52 %). D’autre part, les dirigeants d’entreprise qui s’estiment victimes de la crise sont de moins en moins nombreux à déclarer souffrir de difficultés de « financements bancaires » (25 % contre 31 %) ; en revanche, ils sont de plus en plus nombreux à déplorer le fait que les clients « négocient davantage » les prix (80 %, +4) ou des difficultés à se « faire payer par les clients » (48 %, +3 points) ; la baisse des commandes demeure d’ailleurs le premier impact de la crise économique dans les entreprises (88 %, ce taux s’élevant à 96 % dans le secteur industriel). Une crise de la dépense Cette perception très prégnante de la crise bride, aujourd’hui comme en mars dernier, les intentions de dépenses des Français et des dirigeants d’entreprise. Dans leur ensemble, les Français demeurent massivement préoccupés par leur pouvoir d’achat, dont 64 % estiment qu’il se « détériore ». Certes, ce score est en repli de six points par rapport au mois de mars, mais son ampleur demeure particulièrement singulière :
Dès lors, cette « crise du pouvoir d’achat » apparaît essentiellement comme la traduction de postes de dépenses dont la valeur est en augmentation (le pain, le logement, les nouvelles technologies), et d’une anxiété face à l’avenir en période de crise. Au total, ce climat pèse considérablement sur les intentions d’achat : 41 % (-1 point) des Français envisagent de « dépenser autant qu’aujourd’hui dans les mois qui viennent », et 53 % (stable) envisagent de « dépenser moins » ; sans surprise, ce sont les catégories les plus touchées par la crise qui vont restreindre le plus leurs dépenses, c’est-à-dire les employés, les ouvriers, les artisans-commerçants et les travailleurs à leur compte. Pour leur part, les dirigeants d’entreprises souhaitent toujours massivement de contracter leurs dépenses : la plupart d’entre eux envisagent toujours autant de « limiter leurs dépenses de fonctionnement » (83 %, -1), « réduire les budgets de communication » (58 %, +3), « reporter ou supprimer des recrutements » (53 %, -1). Un appel massif à l’Etat De manière significative, ce contexte de crise incite la majorité des acteurs à faire nettement appel à l’Etat :
Le retour progressif de la confiance Néanmoins, en dépit de l’ensemble de ces indicateurs négatifs, et bien qu’une grande majorité demeurent pessimistes quant à l’évolution future de l’économie, la proportion de Français optimistes « pour les mois qui viennent » est en croissance sur l’ensemble des registres considérés : « croissance économique » (27 % sont confiants, +6 points), « emploi » (21 %, +4), « maîtrise de l’inflation » (31 %, +6) et « maîtrise des déficits » (20 %, +4). Ce regain de confiance est d’autant plus prometteur qu’il est un peu plus soutenu chez les dirigeants d’entreprise, qui sont 26 % à avoir confiance pour la « croissance » (+9 points) et 20 % pour « l’emploi » (+9 points). Ce retour progressif de la confiance est révélateur à un double titre :
François Miquet-Marty Directeur Associé Viavoice Télécharger en pdf le baromètre d’opinion économique Viavoice, ACFCI, Les Echos, Mai 2009 |
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