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Homogénéisation de la gauche

A un an de la présidentielle de 2012, l’identité idéologique des gauches françaises est fondamentale car elle détermine, pour une large part, les chances d’un candidat de second tour à fédérer, ou non, une diversité de courants que toute l’histoire des gauches distingue, depuis le début du vingtième siècle.
Sur ce registre la présente étude, réalisée par Viavoice pour Libération, révèle que les gauches françaises connaissent aujourd’hui un phénomène majeur d’homogénéisation :
- Des références communes s’affirment ;
- Les grandes familles idéologiques s’effacent.

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Nicolas Sarkozy face à la crise économique et financière, un an après
default.jpg Nicolas Sarkozy est-il politiquement menacé par la crise économique et financière ? Pour l’instant, tout laisse penser le contraire. Après l’amplification de la crise, survenue il y a un an dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers (15 septembre 2008), le chef de l’Etat avait repris la main en adoptant une posture déterminée pour un changement du capitalisme ; dans ce contexte, la popularité du président de la République avait conquis 8 points d’opinions positives, pour s’établir à 48 % en novembre 2008.
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Par la suite, le 7 juin dernier, le score important obtenu par les listes UMP aux élections européennes a semblé indirectement consacrer le succès de la stratégie élyséenne, faite notamment d’un engagement de protection des Français face à la crise

Aujourd’hui, la donne a changé. En cette rentrée politique 2009, ce nouveau sondage Viavoice réalisé pour Libération révèle que l’Elysée subit un discrédit auprès de l’opinion, et que les Français dressent un bilan négatif de la politique sarkozyste face à la crise. A leurs yeux, le système économique et financier n’a pas été réformé, le plan de relance n’est pas suffisamment efficace, et les politiques menées apparaissent injustes.


Une défiance croissante envers l’exécutif, un bilan négatif face à la crise

Le président de la République est pénalisé : avec 44 % d’opinions positives, la confiance qui lui est accordée par les Français connaît une baisse de quatre points, ce qui clôt l’embellie de popularité dont le chef de l’Etat avait bénéficié au lendemain des élections européennes. Symétriquement, son impopularité progresse de trois points, pour s’établir à 54 %. L’image du Premier ministre est elle-même emportée par la même tendance, mais selon des proportions bien moindres : François Fillon perd deux points de popularité, à 48 %.
Ces évolutions décevantes pour l’exécutif s’expliquent bien évidemment par le contexte immédiat des débats relatifs à la contribution climat-énergie : manque de lisibilité générale, prises de position concurrentes entre l’Elysée et Matignon, contestations au sein même de la majorité.
Mais plus profondément, après la séquence aujourd’hui fermée des élections européennes, l’Elysée est pour une large part victime du bilan de son action face à la crise : 58 % des Français estiment que « le bilan de Nicolas Sarkozy, face à la crise économique et financière déclenchée il y a un an », est « négatif ». Ce jugement critique émane certes des sympathisants de gauche (77 % d’entre eux portent un jugement négatif sur l’action menée par le président de la République) ; mais, donnée plus inquiétante pour l’Elysée, il procède également des milieux modestes : 62 % des ouvriers se déclarent insatisfaits de l’action menée. Concrètement, ce bilan négatif se nourrit des trois critiques majeures que nous détaillons ci-après.


Première explication : le système économique et financier n’a pas changé

« Tout change, pour que rien ne change » écrivait Lampedusa. Concernant la crise, le verdict des Français semble bien plus sévère : tout a changé (l’impensable s’est produit), mais, concernant la nature et les dérives de notre système économique et financier, rien n’a changé. Autrement dit, les racines du mal sont toujours présentes, à l’identique : 91 % des Français estiment que « peu de choses ont changé » et qu’une « une telle crise pourra se reproduire », et seuls 6 % expriment un avis inverse. Bien évidemment, cette opinion est partagée par les Français de toutes sensibilités, qu’ils soient de gauche ou de droite. Cette vision globale s’explique par des perceptions très concrètes :
  • Pour plus des trois quarts (77 %) des Français « le capitalisme » n’est pas « mieux régulé » ;
  • Pour près des deux tiers d’entre eux (65 %), les « paradis fiscaux » n’ont pas « été placés sous contrôle ».
Qui plus est, 70 % considèrent qu’en France, les « rémunérations des banquiers et des traders » n’ont pas « été encadrées ».


Deuxième explication : l’inefficacité perçue du plan de relance en France

Plus précisément, concernant le cadre national, une large majorité de Français (64 %) n’estime pas qu’un « plan de relance efficace de l’économie » ait été « mis en œuvre ». Sur ce point précis, 77 % des sympathisants de gauche sont critiques, ainsi que 63 % des sympathisants MoDem ; en revanche 61 % des sympathisants de droite sont satisfaits. Sociologiquement, les ouvriers sont très critiques (67 %), ainsi que les cadres.


Troisième explication : l’injustice perçue des politiques menées en France

Enfin les politiques publiques mises en œuvre en France sont perçues comme injustes. Aux yeux des Français « les principaux bénéficiaires de la politique menée par Nicolas Sarkozy face à la crise sont d’abord les « grandes entreprises » (61 %), puis les « banques » (56 %) ; sont ensuite cités, et avec des pourcentages bien plus faibles, les « PME » (12 %), les « demandeurs d’emploi » (8 %) et les « salariés » (7 %).
Ces données sont révélatrices d’une lecture très binaire du contexte actuel : la politique Sarkozy aurait en priorité servi les puissants et les institutions, avant de protéger les plus faibles face à la crise.
Cette opinion est pour une part inexacte, puisqu’elle néglige notamment la diminution d’impôt sur le revenu, laquelle va bénéficier à 5,5 millions de ménages pour un gain moyen de 186 euros par foyer fiscal. Elle est, fondamentalement, la traduction des plans d’aides massifs accordés aux banques et à certains secteurs économiques. Elle est, mois après mois, alimentée par les contingents supplémentaires de demandeurs d’emploi.
A ce titre, la dégradation du quotidien d’une partie des Français constitue, régulièrement, un travail de sape qui réduit le crédit accordé à l’exécutif pour l’action qu’il conduit face à la crise.

A gauche, variations post-rochelaises

Pendant ce temps, à gauche, trois phénomènes se produisent (parmi d’autres), dans le sillage de la « reprise en mains » opérée à La Rochelle par Martine Aubry. Dominique Strauss-Kahn, dont l’image avait bénéficié, par contraste, des difficultés internes du Parti socialiste, perd 4 points de popularité et retrouve le niveau qui était le sien en juillet (53 %) ; Martine Aubry parvient à bénéficier d’une popularité stabilisée (45 %, -2 points par rapport au mois d’août) ; Ségolène Royal connaît un net regain de popularité (36 %, + 4) dans le contexte de ses interventions récentes (souhait d’un non-cumul des mandats applicable au Parti socialiste dès les régionales, dénonciation des insuffisances de la taxe carbone envisagée par l’exécutif, et prétention à une candidature « écologiste »). Ces variations illustrent, encore aujourd’hui, la grande friabilité des phénomènes d’opinion concernant l’image des leaders de la gauche. C’est, pour eux, un signe de fragilité.


François Miquet-Marty,
Viavoice

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération  de Septembre 2009 pdf.jpg