Vers une forte amélioration du sentiment démocratique

La démocratie française, grande gagnante de l’année 2017 ?

Traditionnellement, en janvier, l’heure est au bilan de l’année écoulée, mais aussi aux vœux et aux bonnes résolutions pour l’année à venir.

Sur le plan de la démocratie, l’année écoulée n’aura ressemblé à aucune autre, tant la recomposition politique et les nouvelles formes d’engagement et d’expression auront été importantes en 2017: accroissement sans précédent de l’utilisation des outils numériques, réinvestissement en parallèle de l’espace public et des meetings, multiplication et succès des Primaires avant leur remise en cause, apparition de nouvelles formations politiques et crise majeure au sein des partis traditionnels, élection d’un Président « et de gauche, et de droite » de 39 ans et sans carrière d’élu derrière lui, et enfin une Assemblée nationale renouvelée aux trois quarts.

De cette remise en cause de clivages séculaires (comme le clivage gauche-droite), de cette vague de « dégagisme » sans précédent depuis 1958 et les débuts de la Ve République, de ces expérimentations nombreuses au-delà d’un seul parti ou d’un seul courant d’idées – de LREM à LFI, comme du PS à LR – l’opinion publique en retient majoritairement un aspect : au cours de cette année 2017, la démocratie française aura progressé selon les Français, voire se sera régénérée après plusieurs années de crises économiques et politiques majeures.

La démocratie française fonctionne mieux, et cette opinion est partagée au-delà des clivages politiques et sociaux

Ainsi les évolutions sont sans précédent depuis la dernière vague de l’ « Observatoire de la Démocratie » réalisée en septembre 2016, c’est-dire avant la longue campagne présidentielle commencée par les Primaires de la droite et du centre, mais aussi juste après la vague d’attentats de 2015 et 2016 (l’attentat de Nice du 14 juillet, notamment, précédait de quelques semaines seulement notre dernière enquête).

À peine 16 mois plus tard, les Français portent un tout autre regard sur « leur » démocratie, puisqu’ils sont aujourd’hui une majorité (54 %) à penser que celle-ci « fonctionne bien », contre à peine 36 % en 2016 et 30 % en 2014.

Plus étonnant encore, cette progression sans précédent n’est pas circonscrite aux seules catégories de population les mieux intégrées (car plus aisées, plus diplômées, plus mobiles ou mieux protégées sur le marché du travail), que l’ont dit davantage choyées par la nouvelle majorité ou plus enclines à défendre les institutions républicaines.

Pas de clivage démocratique entre « peuple » et « élites »en quelque sorte, ni entre « insiders » et « outsiders ». Au contraire, les clivages mesurés en 2016 selon l’âge et la catégorie sociale des répondants s’estompent progressivement :

  • Alors que les plus jeunes citoyens (18-24 ans) étaient à peine 26 % à considérer que la démocratie fonctionnait bien en septembre 2016, ils sont aujourd’hui 61 % à partager cette opinion : soit une progression majeure de 35 points, bien supérieure à la moyenne des Français (+18).
  • La même observation peut être faite selon le milieu social : si les catégories populaires restent globalement un peu moins satisfaites du fonctionnement de la démocratie que les catégories plus aisées (45 % de satisfaction contre 58 %), ce « clivage social » est nettement moins marqué qu’en 2016, avec une progression de 19 points parmi les catégories populaires contre 11 points pour les catégories aisées.

Enfin, sur un plan plus politique, cette amélioration du « sentiment démocratique » est loin d’être circonscrite à un seul électorat : si 80 % des électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle sont satisfaits du fonctionnement de la démocratie, c’est aussi le cas de 66 % des électeurs de François Fillon, 64 % des électeurs de Benoît Hamon, et même 48 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, en dépit des critiques du leader de la France Insoumise contre le « coup d’Etat social » qu’auraient constituées les réformes économiques de l’automne 2017, et notamment les ordonnances réformant le code du travail.

Finalement, seuls les électeurs de Marine Le Pen restent très peu nombreux (31 %) à considérer que la démocratie fonctionne bien en France, symptomatique d’un clivage toujours important entre l’électorat d’extrême-droite et les autres, quels qu’ils soient, sur les questions démocratiques.

Recomposition politique et renouvellement des élus : l’année où les Français se sont prouvés qu’ils pouvaient transformer la vie politique par leurs bulletins de vote

Que s’est-il passé ? Peut-on expliquer cette « régénérescence démocratique » par le seul mérite du nouveau Président, et sa volonté d’ « exercer le pouvoir autrement » ?
Ou par la seule action d’un gouvernement et d’une majorité à la composition atypique, entre ministres ou députés de droite, du centre et de gauche, ainsi que de nombreux représentants de la société civile ?

Certes, leur approche est perçue comme nouvelle : 48 % des Français considèrent la manière de gouverner de l’exécutif comme une « rupture » par rapport aux précédents quinquennats, contre seulement 36 % une « continuité » ; et ils sont également 75 % à penser que « faire travailler ensemble élus de gauche et de droite permet de prendre de meilleures décisions pour la France », une opinion largement majoritaire pouvant être perçue comme un satisfecit vis-à-vis de la majorité actuelle « et gauche, et droite ».

Pour autant, l’action de la majorité n’apparaît pas comme la seule explication à l’amélioration du « sentiment démocratique » depuis 2016 :

  • D’une part car pour les deux tiers des Français (66 %) la recomposition politique et le renouvellement des élus s’explique surtout par « le rejet des partis traditionnels et des personnalités politiques qui étaient au pouvoir », davantage que par « l’adhésion à de nouvelles formations et de nouvelles personnalités politiques ». Une opinion amenant à penser que cette recomposition est donc davantage le fait des citoyens eux-mêmes que de leurs (nouveaux) gouvernants. Et donc que, pour beaucoup d’entre eux, la démocratie va d’autant mieux qu’ils ont pu – par leur vote – apporter la preuve qu’ils pouvaient changer radicalement la vie politique.
  • D’autre part, on remarque que cette recomposition politique, saluée sur le plan du renouveau démocratique (à travers un renouvellement perçu des idées, des profils, des pratiques) ne permet pas pour autant aux citoyens de se sentir mieux représentés : seule une minorité d’entre eux (39 %) se sent mieux représentée à l’Assemblée nationale, contre 48 % d’un avis contraire. Un renouvellement bienvenu, donc, mais insuffisant.

Au-delà des réformes institutionnelles, le souhait d’une démocratie citoyenne

En guise de vœux et de résolutions pour 2018, ceux du Président de la République prévoient un nouveau chantier de réformes institutionnelles, auxquelles l’opinion publique est aujourd’hui très largement favorable, qu’il s’agisse de la limitation du nombre de parlementaires (79 %) et du nombre de mandats dans le temps (70 %), ou encore l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives (65 %).

Mais les Français interrogés dans notre étude mettent aussi en avant d’autres souhaits, comme la possibilité d’exprimer plus directement leurs attentes et leurs voix. Non pas par une multiplication des élections, comme des Primaires ou des référendums, qui apparaissent plutôt en recul. Mais plutôt par la possibilité de s’exprimer directement sur les thématiques qui les intéressent, et donc interpeller leurs représentants lorsque cela leur semble nécessaire. Ainsi, la possibilité d’ « obliger les élus à débattre d’un sujet ou à étudier une proposition de loi si une pétition a recueilli un nombre très important de signatures » arrive en tête des réformes attendues, avec 77 % des Français jugeant une telle réforme « utile à la démocratie » et même 71 % « importante pour eux-mêmes ».

Pour une démocratie plus directe, en quelque sorte, sans être pour autant plébiscitaire.

Des attentes symptomatiques d’une certaine crise de la représentativité, comme de la nécessité d’adapter notre système démocratique à une vie politique nouvelle, où les citoyens s’expriment sans intermédiaire (via le digital notamment), où les fidélités politiques comme les clivages ne sont plus gravées dans le marbre, et où – enfin – le citoyen revient au centre du système démocratique. Tel est finalement l’enseignement majeur de 2017, cette année électorale inédite au cours de laquelle les citoyens auront réussi à changer les règles de la vie politique française.

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