Liberation
 
23/05/2011

Quelles sont désormais les conséquences de « l’affaire DSK » ? Près d’une semaine après le déclenchement de l’affaire (nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai), le présent sondage révèle que, pour l’opinion, le rapport de forces politiques évolue en profondeur à gauche, mais relativement peu à droite ou à l’extrême droite :
 

 - En termes d’image, François Hollande accomplit une échappée spectaculaire, qui prolonge la dynamique antérieure et situe le député de Corrèze en tête en vue de 2012 ;
- Martine Aubry connaît une nette progression d’image.

Spectaculaire dynamique en faveur de François Hollande, le mieux placé pour 2012

Le principal enseignement de ce sondage concerne la « dynamique Hollande ». Celle-ci consiste, d’abord, en une forte progression de popularité. Le député de Corrèze bénéficie désormais d’une popularité de 56 % auprès de l’ensemble des Français :
- Consacrant une hausse de 6 points par rapport aux données enregistrées en début de mois, du 5 au 7 mai dernier ;
- Prolongeant les progressions connues en sa faveur au cours des mois précédents : le score actuel de 56 % définit un gain de 10 points par rapport au résultat de février, et de 17 points par rapport à ceux de janvier ;
- Devançant de 4 points la popularité de Martine Aubry (52 %) ;
- Dépassant les scores qui concernaient Dominique Strauss-Kahn, alors le mieux placé, avant son arrestation à New York : du 5 au 7 mai, la popularité de DSK s’établissait à 53 %.
Cette évolution repose sur une progression des « soutiens Hollandais » auprès de la plupart des catégories sociales et politiques :
- La popularité de François Hollande conquiert 6 points auprès des ouvriers (à 48 %) et 8 % auprès des cadres (à 68 %) ;
- Elle progresse de 5 points auprès des sympathisants de gauche (à 70 %), de 7 points auprès des sympathisants socialistes (à 81 %), de 3 points auprès des sympathisants MoDem (à 54 %), et de 5 points auprès des sympathisants de droite (à 39 %).
Cette dynamique s’explique notamment par deux registres :
- Un atout accordé à la « normalité » revendiquée par l’intéressé, face au caractère exceptionnel de la situation concernant Dominique Strauss-Kahn ;
- Un atout en termes de compétence perçue, autorisant une part de transfert de crédit, du leader du FMI à François Hollande, en vue de 2012.
Pour la présidentielle, ces éléments décernent une prééminence à François Hollande :
- En termes de souhaits de victoire : 44 % des Français (dont 57 % des sympathisants de gauche et 70 % des sympathisants socialistes) souhaitent que François Hollande soit « président de la République », contre 31 % en avril et 27 % en mars ; ce score nouveau situe le député de Corrèze en tête des candidats socialistes potentiels ;
- En termes de potentiel face au président sortant : 53 % des Français estiment que François Hollande « aurait de grandes chances de battre Nicolas Sarkozy », soit un score de 10 points supérieur à celui obtenu par la Première secrétaire du Parti socialiste.

Nette progression en faveur de Martine Aubry, néanmoins challenger en vue de 2012

L’image de Martine Aubry bénéficie également d’une nette progression : sa popularité, désormais établie à 52 %, connaît une progression de 6 points par rapport aux résultats enregistrés début mai. Cette hausse consacre notamment la capacité de la Première secrétaire à avoir repris la main dès le dimanche 15 mai, et à entendre maintenir la capacité du Parti socialiste et de ses leaders à se concentrer sur le rassemblement et le travail. Martine Aubry renoue ainsi avec les niveaux de popularité qui étaient les siens il y a un an, au premier semestre 2010. En vue de 2012, elle bénéficie de réelles progressions mais n’atteint pas les niveaux dont dispose François Hollande :
- En termes de souhaits de victoire, 37 % des Français (dont 54 % des sympathisants de gauche et 62 % des sympathisants socialistes) souhaitent que Martine Aubry soit « président de la République », soit un score en progression de 8 points, mais qui situe la Première secrétaire à 7 points de distance par rapport au score du député de Corrèze ;
- En termes de potentiels, 43 % des Français estiment que Martine Aubry « aurait de grandes chances de battre Nicolas Sarkozy en 2012 », score élevé mais en retrait de 10 points par rapport à celui dont bénéficie François Hollande.
Pour comprendre, les éléments de portrait que nous avons réalisés livrent des enseignements qui vont en partie à contre-courant des idées reçues :
- L’hypothèse d’une candidate « par défaut », devant s’imposer en lieu et place de Dominique Strauss-Kahn et, partant, devant faire ses preuves, ne trouve pas d’écho majoritaire au sein de l’opinion : 60 % des Français pensent que Martine Aubry serait « une candidate à part entière, comme les autres », contre seulement 33 % qui soutiennent qu’elle apparaîtrait comme la « remplaçante de Dominique Strauss-Kahn » ;
- Par ailleurs Martine Aubry est appréciée pour de réelles qualités, aux premiers rangs desquelles figurent son courage (23 %, première réponse citée), sa capacité à rassembler (19 %), sa proximité avec les gens (18 %) et sa compétence (18 % également) ;
- En revanche la Première secrétaire souffre de deux déficits d’image : l’avant-dernière qualité qui lui est reconnue est d’être « moderne » (7 %, treizième rang), et la dernière est d’avoir la « stature d’un chef d’Etat » (5 %). Et auprès des sympathisants socialistes eux-mêmes, cette qualité est la dernière attribuée à Martine Aubry (7 %).

Autres faits marquants

Parmi les autres personnalités, plusieurs faits notables attirent l’attention :
- Ségolène Royal dispose d’une popularité stable à 32 % ;
- Des progressions nettes sont enregistrées au bénéfice de François Bayrou (41 %, +4) et d’Eva Joly (34 %, +6), tous les deux associés à des valeurs respectives d’humanité et de justice, appréciées par gros temps de l’« affaire DSK » ;
- Nicolas Sarkozy en revanche voit sa popularité stabilisée (32 %, -1), ce qui relativise les hypothèses concernant le réveil d’opinion dont bénéficierait le chef de l’Etat, particulièrement à la faveur de l’affaire DSK.
Si l’« affaire DSK » rebat les cartes c’est surtout parmi les leaders socialistes. En vue des primaires, la prééminence DSK laisse la place à un triptyque Hollande-Aubry-Royal, au sein duquel les deux premiers disposent désormais de scores en réelle progression. Selon des termes totalement imprévus, c’est en réalité aujourd’hui que s’ouvre véritablement le temps de la campagne socialiste, jusqu’aux 9 et 16 octobre.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération mai 2011