Liberation
 
22/02/2011
 
Nicolas Sarkozy parvient-il à restaurer son crédit auprès des Français ?

Alors que l’exécutif a connu une zone de turbulences à propos de son rôle international (Tunisie, Egypte, Mexique), le président de la République a tenté de renouer le lien avec l’opinion au coeur de ces événements (émission télévisée « Paroles de Français » diffusée jeudi 10 février sur TF1)

Pour autant, le présent sondage Viavoice réalisé pour Libération révèle un record de défiance à l’encontre de l’exécutif, en regard duquel Dominique Strauss-Kahn recueille, particulièrement sur les enjeux internationaux, une crédibilité prépondérante.

Discrédit majeur sur l’exécutif

Le constat est sévère. En termes de popularités, Nicolas Sarkozy et François Fillon enregistrent aujourd’hui leurs plus mauvais scores depuis leur accession au pouvoir en 2007 :

      • Le président de la République ne dispose plus que d’une popularité de 30 % (-4), qui correspond pour l’essentiel au soutien émanant des sympathisants UMP (soutien à 82 %) ;
      Le Premier ministre ne recueille plus qu’une popularité de 41 % (-6).

Ces records d’impopularité témoignent d’abord de l’inefficacité de la tentative de reconquête de l’opinion engagée par le chef de l’Etat. Au-delà de la seule émission du 10 février, et sur le moyen terme, il est désormais permis de conclure que le remaniement gouvernemental ayant donné lieu au gouvernement Fillon III le 14 novembre dernier aura été vain en terme de rétablissement de la confiance.

Ces discrédits massifs révèlent ensuite le coût de l’attitude de la France sur la scène internationale (frilosité envers les événements tunisiens notamment, et profession d’une non-ingérence en Tunisie, contrastant avec l’implication de la France en Côte d’Ivoire). Ils signent encore l’impact de l’affaire des voyages ministériels : la plupart des Français (68 %) ne font « pas confiance » à Michèle Alliot-Marie pour « s’occuper des affaires internationales de la France » : c’est dire que la ministre des Affaires étrangères est pour une large part désavouée dans son propre rôle. François Fillon lui-même, également
concerné par un trajet en avion en Egypte, voit son image fragilisée (popularité en baisse de 6 points) ; pour autant, près de la moitié des Français (47 %) accordent leur confiance au chef du gouvernement en matière internationale.

Enfin, ces mauvais résultats expriment l’insuffisance des réponses apportées récemment par Nicolas Sarkozy : plus des deux tiers des personnes interrogées (71 %) considèrent que la décision élyséenne visant à « encadrer » les « vacances des ministres » n’est « pas crédible ».

Et par delà la conjoncture de ces dernières semaines, c’est l’ensemble de la politique étrangère du président qui est sanctionnée : à titre de bilan, 72 % des Français considèrent que « depuis l’élection de Nicolas Sarkozy », « l’image de la France dans le monde s’est détériorée ».

Au total, près des deux tiers des Français (64 %) ne font « pas confiance » à Nicolas Sarkozy pour « s’occuper des affaires internationales de la France » (35 % lui font confiance). Ces résultats, singulièrement décevants pour un chef d’Etat, le sont d’autant plus que plusieurs leaders de la majorité obtiennent des meilleures scores sur ce registre : François Fillon, mais encore Dominique de Villepin (44 %) et Alain Juppé (42 %).

Succès d’opinion en faveur de Dominique Strauss-Kahn

En regard de ces difficultés concernant l’exécutif, Dominique Strauss-Kahn recueille un large crédit auprès de l’opinion en matière internationale : 62 % des Français lui accordent leur « confiance » pour « s’occuper des affaires internationales de la France ». Ce score est pour une large part porté par les images de compétence et de puissance, par l’envergure internationale reconnue au Directeur général du FMI (sondage Viavoice- Libération, décembre 2010), et par son rôle exercé face à la crise financière et économique mondiale.
Ce crédit international entre en résonnance avec la popularité toujours élevée dont bénéficie Dominique Strauss-Kahn (54 %, stable par rapport aux données enregistrées en janvier), et qui repose sur des facteurs similaires à ceux de son crédit en matière international.

La dynamique Hollande, la progression Montebourg

Plus largement, les enjeux de leadership socialiste en vue des primaires d’octobre sont caractérisés par deux phénomènes notables :

      • Une « dynamique Hollande » : bénéficiant désormais d’une popularité de 45 %, le député de Corrèze enregistre son meilleur score depuis la création de ce baromètre à l’été
      2009.

Cette donnée est d’une part la traduction d’une progression conséquente de 6 points par rapport au résultat enregistré le mois dernier, et qui situe désormais l’ancien Premier secrétaire aux niveaux de popularité dont bénéficie sa successeure rue de Solférino (47 %) ; d’autre part, et dans la plus longue durée, cette donnée se lit en regard du niveau de popularité qui était celui de François Hollande en octobre 2009 (31 %), consacrant une progression de 14 points depuis lors. Aujourd’hui, le député de Corrèze bénéficie de son implication durable et déterminée sur des enjeux de fond en vue de la présidentielle, et d’une image relativement consensuelle que ne contrarie aucun passif majeur en termes d’opinion ;

      • Une « progression Montebourg » : le député de Saône-et-Loire voit pour sa part sa popularité s’établir à 29 %, soit une progression de 8 points par rapport aux données
      enregistrées le mois dernier. Dans une moindre mesure, Manuel Valls connaît également une progression d’image, à 28 % (+ 4). Ces évolutions sont à suivre avec attention
      puisqu’elles peuvent désigner un souhait de renouveau générationnel aux yeux d’une partie de l’opinion.

La période politique actuelle, où se forgent les rapports de force politiques en vue de la campagne présidentielle, apparaît comme un singulier retournement de l’histoire par rapport au printemps 2007. Le nouveau président de la République d’alors, Nicolas Sarkozy, apparaissait à une large part de l’opinion responsable du départ de Dominique Strauss-Kahn à Washington. Le premier se forgeait alors une réputation de stratège habile, éloignant un à un les leaders socialistes de la voie présidentielle. En regard des résultats de ce sondage, quatre ans plus tard, le lustre du stratège a désormais pâli, et ceux qui semblaient hier discrédités sont désormais crédibles dans la course. Il reste plusieurs mois aux uns et aux autres pour infléchir et cristalliser ces endances d’opinion en leur faveur.

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération de février 2011