Liberation
 
06/07/2009
 
Après des élections européennes conclues par le succès de l'UMP (7 juin), après la réunion du Parlement en Congrès consacrant symboliquement, politiquement et médiatiquement l'autorité présidentielle (22 juin), après un remaniement gouvernemental de grande ampleur (23 juin), la gauche tente désormais de reprendre la main.
 

Le Parti de gauche et le NPA ont annoncé leur intention de conduire des listes communes aux régionales, le Parti socialiste va déposer une motion de censure, que les députés communistes ont annoncé leur intention de voter.
Pour cette gauche qui entend passer à l'offensive, la proposition de loi concernant le travail du dimanche constitue un important enjeu économique et de société. Et cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice - Libération révèle que les Français sont majoritairement opposés à cette idée de réforme.

Travailler le dimanche : une idée impopulaire

De manière globale, 55 % des Français se déclarent « opposés » à la proposition de la majorité visant à faciliter le travail le dimanche.
Cette proposition concerne essentiellement les agglomérations et les zones touristiques, et prévoit des garanties exceptionnelles en faveur des salariés (salaires, congés) mais uniquement dans les Puce (« Périmètres d'usage de consommation exceptionnel »). En réalité, cette opinion majoritaire des Français repose sur un profond clivage politique :

  • Les sympathisants de gauche sont massivement opposés au travail le dimanche (à 64 %) ;
  • Les sympathisants UMP y sont au contraire largement favorables (à 62 %).

Pour comprendre ce rejet majoritaire du travail le dimanche dans l'opinion, deux éléments d'explication apparaissent décisifs :

  • D'une part, la journée du dimanche apparaît massivement comme un temps qui doit être sanctuarisé : 86 % des Français estiment que « le dimanche est un jour fondamental pour la vie de famille, sportive, culturelle ou spirituelle » ; de même, 85 % considèrent que « le dimanche doit rester un jour de repos pour le plus grand nombre » ;
  • D'autre part, les bénéfices économiques du travail le dimanche n'apparaissent pas : 59 % des Français pensent que « le travail le dimanche » ne permettrait pas « de soutenir l'activité économique », 58 % qu'il ne permettrait pas « de préserver ou de créer des emplois », et 53 % qu'il n'augmenterait pas « le pouvoir d'achat des salariés concernés » ; qui plus est, l'argument commercial (« il serait plus facile de faire ses courses ce jour-là ») ne convainc pas la majorité des Français (65 %).

Autrement dit, le dimanche est une journée qui, pour des raisons culturelles doit être protégée, et qui pour des raisons économiques n'a pas à être sacrifiée.

En revanche, l'idée selon laquelle les salariés seraient tributaires des décisions de leur employeur ne porte pas véritablement dans l'opinion : 62 % des Français pensent que « dans la réalité des entreprises », les salariés auraient la possibilité de refuser le travail le dimanche, même si « leur employeur » le « leur demandait ».

Les deux leaders de gauche majoritairement populaires : Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn

Cette vague du baromètre Viavoice-Libération inaugure par ailleurs une nouvelle question récurrente, consacrée à la popularité des leaders de la gauche. Les résultats révèlent que, auprès du grand public, deux leaders disposent de popularités majoritaires auprès des Français : Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn (respectivement 57 % et 53 %).
Ces succès s'expliquent par trois facteurs principaux :

  • La distance affichée par rapport à la campagne des européennes et à la vie interne du parti ;
  • L'adéquation de leur image par rapport aux grands enjeux et tendances du moment : l'écologie concernant le maire de Paris, la crise économique concernant le président du FMI ;
  • Leur positionnement de centre-gauche, lequel leur permet de rallier, sur leur nom, une part plus importante des Français qui s'estiment proches du centre ou de la droite ; concrètement, Bertrand Delanoë est populaire auprès de 48 % des sympathisants de droite, et Dominique Strauss-Kahn auprès de... 61 % d'entre eux).

Par ailleurs Martine Aubry, en dépit du mauvais score du Parti socialiste aux européennes, et en dépit des critiques qui stigmatisent la lenteur de la refondation, conserve un socle de confiance très appréciable : 45 % des Français expriment une opinion « positive » concernant la Première secrétaire, dont 62 % des sympathisants de gauche et 69 % des sympathisants socialistes ; Martine Aubry est en revanche beaucoup moins populaire à droite (29 % seulement).

Pour l'exécutif, la fin de la séquence « européennes »

Concernant l'exécutif, la dynamique d'opinion née du succès enregistré par l'UMP lors des élections européennes subit un coup d'arrêt. La popularité du président de la République connaît un repli de deux points (à 45 % désormais), et celle du Premier ministre d'un point (à 50 %).
En l'état, ce coup d'arrêt apparaît moins comme une sanction, que comme un retour progressif vers la « normale » après l'épisode des européennes. Dans la durée, la popularité de Nicolas Sarkozy s'établit entre 38 % et 43 %. Après la faillite de Lehman Brothers, le discours de Toulon et son implication internationale lui avaient offert un regain de confiance, puis le scrutin du 7 juin lui en a offert un second.

Ce mois de juillet 2009 se révèle riche : après ce que l'on a appelé l'inauguration de l'ère « Sarko II », la majorité risque d'être en porte-à-faux avec les Français sur la question du travail le dimanche, et les popularités des leaders de la gauche connaissent des cristallisations. Y compris pendant l'été, le travail de l'opinion publique ne fléchit pas.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération de Juillet 2009