Liberation
 
31/03/2009
 
Les rivalités de personnes sont-elles solubles dans des procédures ? La question se pose à propos du Parti socialiste et de l’hypothèse de primaires ouvertes permettant de consulter les sympathisants – et non plus les seuls adhérents – pour la désignation du candidat à la prochaine élection présidentielle.

Cette hypothèse est actuellement soutenue par Arnaud Montebourg, Secrétaire national à la rénovation du Parti socialiste, qui plaide en faveur de « primaires populaires ». Mais elle est plus ancienne est s’est progressivement installée : en 2005 en Italie, l’utilisation de primaires a conduit à la désignation de Romano Prodi par 4,3 millions de participants, puis à son élection ; a contrario en novembre 2006 en France, la désignation de Ségolène Royal par les seuls adhérents socialistes n’a pas suffi à garantir à la candidate un large soutien du parti en cours de campagne ; en 2008, l’exemple américain a illustré la dynamique née notamment des primaires, en faveur de Barack Obama.

Concernant le Parti socialiste, l’idée pourrait être que des primaires ouvertes aux sympathisants permettraient de décerner un surcroît de légitimité au candidat, et de tempérer l’influence des rivalités internes. Reste que la procédure peut être contestée, complexe, et jugée inutile en regard du rôle des partis politiques.

Le présent sondage, réalisé par Viavoice pour Libération, révèle que les primaires constituent une bonne solution aux yeux du grand public.

Pertinence des primaires ouvertes pour le Parti socialiste

Les Français sont favorables à l’organisation de primaires ouvertes aux sympathisants. Pour la désignation du candidat socialiste à la « prochaine élection présidentielle », 57 % des personnes interrogées estiment que cette procédure constituerait « la meilleure solution », contre 32 % qui privilégient celle de « primaires réservées aux adhérents ».
Plus encore, les publics les plus directement concernés affichent des scores de soutiens très larges : 63 % des sympathisants de gauche privilégient la solution des primaires ouvertes, et 66 % des sympathisants socialistes.

Cette forte adhésion s’explique par un faisceau de trois arguments :

  • Un argument démocratique : plus des trois quarts des personnes interrogées (77 %) estiment que les primaires ouvertes sont « démocratiques » ;
  • Un argument de modernité : 72 % des Français pensent que ces primaires seraient « modernes » ;
  • Un argument d’efficacité : les deux tiers (67 %) des interviewés considèrent que des primaires ouvertes donneraient « plus de chances de victoire au candidat désigné ».

Pour leur part, les contre-arguments sont certes reconnus, mais recueillent des scores plus mineurs : les primaires ouvertes sont jugées « difficiles à mettre en place » (53 % contre 42 %), « contestables » (49 % contre 43 %).

Strauss-Kahn, Royal et Aubry au palmarès des primaires ouvertes

Si des primaires ouvertes étaient organisées, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal et Martine Aubry apparaissent aujourd’hui comme les personnalités les mieux placées pour l’emporter :

  • Dominique Strauss-Kahn est placé en tête par les Français (28 %), mais pas par les sympathisants de gauche (19 %), ni par les sympathisants socialistes (21 %) ;
  • Ségolène Royal est certes située en deuxième position auprès de l’ensemble des Français (18 %), mais est  en  tête  auprès  des  sympathisants de gauche (25 %) et socialistes (26 %) ;
  • Enfin Martine Aubry recueille de bons scores, mais toujours en troisième position (14 % auprès des Français, 19 % auprès des sympathisants de gauche, et 20 % auprès des sympathisants socialistes).

Au-delà des caractères personnels de chacune des trois personnalités, et de leurs positionnements idéologiques respectifs, cette tripartition repose aussi sur trois sources de légitimité distinctes : celle de la compétence économique internationale concernant le directeur du FMI (dont la visibilité a été amplifiée, récemment, par son passage sur France 2 jeudi 26 mars, et laquelle conforte aussi son audience auprès des Français de droite), celle de l’opinion concernant la candidate de la gauche au second tour de la présidentielle, et celle du parti concernant la Première secrétaire.

L’idéal de primaires ouvertes pour un candidat unique de la gauche

Au-delà du Parti socialiste, l’idée des primaires ouvertes est plébiscitée par l’opinion en faveur d’un « candidat unique de toute la gauche » :   66 % des Français y sont favorables, 75 % des sympathisants de gauche, et 75 % également des sympathisants socialistes.
Le caractère massif de ces scores est intéressant parce qu’il pointe, au-delà des difficultés du Parti socialiste, la fragmentation actuelle de la gauche, laquelle risque de constituer un handicap en vue d’une élection présidentielle si une coordination minimale n’est pas assurée. La préparation de la campagne des européennes, au scrutin proportionnel, amplifie certes cette perception ; mais reste en mémoire, également, l’excès des seize candidatures au premier tour de la présidentielle de 2002, et l’ampleur du nombre de candidatures à gauche qui avaient, en partie, compromis la qualification de Lionel Jospin pour le second tour.

A la lumière des expériences étrangères, et sous le constat des difficultés de la gauche française, l’opinion évolue en faveur de systèmes de désignations beaucoup plus ouverts. On peut y lire l’expression d’une pathologie démocratique, de la part de partis de gouvernement qui ne parviennent pas à assurer leurs missions. On peut y lire, aussi, une manière de réinventer la démocratie et de tisser, au moins par cette voie, un lien nouveau entre les Français et leurs élus.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice - Libération du 08 Février 2009