Liberation
07/06/2008
 

Nicolas Sarkozy est confronté à des perspectives exigeantes : les semaines qui viennent seront notamment un temps de mobilisations sociales (les 10 et 17 juin) et de défis diplomatiques (présidence française de l’Union européenne à compter du 1er juillet), dans un contexte économique général caractérisé, jusqu’ici, par la poursuite de la hausse des cours du pétrole.

Face à ces enjeux, le chef de l’État se doit plus que jamais d’obtenir les soutiens d’une opinion dont il cherche, au moins depuis les municipales, à reconquérir les faveurs. Cette nouvelle livraison du baromètre Viavoice-Libération révèle que ce travail de reconquête de l’opinion commence à porter ses fruits, et que les soutiens retrouvés n’émanent pas, uniquement, des rangs de la droite UMP.

La reconquête de l’électorat de droite, à la faveur d’une bipolarisation gauche-droite

Nicolas Sarkozy bénéfice aujourd’hui d’une popularité en hausse à 41 % (+ 3 points par rapport au mois dernier), et connaît symétriquement une baisse de son impopularité, désormais à 54 % (- 3 points).

Cette reconquête repose, au premier chef, sur l’existence de soutiens nouveaux à droite : 86 % de l’ensemble des sympathisants de droite ont désormais une bonne opinion du chef de l’État, soit une progression de 5 points par rapport au mois dernier ; et y compris auprès des sympathisants UMP, lesquels accordaient déjà un soutien massif au président de la République, ce dernier parvient à enregistrer un score en progression (93 %, + 4).

Ces facteurs sont les plus attendus. Ils traduisent, en un mot, le travail de bipolarisation gauche-droite engagé par le président de la République. Sur le fond, le signal majeur adressé aux sympathisants de droite (et UMP) a été le projet de loi sur les 35 heures, autorisant de négocier entreprise par entreprise de nombreuses modalités du temps de travail, et interprété comme une ultime possibilité de démantèlement des 35 heures.

La reconstitution de soutiens au-delà de la droite

Mais cette première explication est insuffisante. L’analyse des données recueillies révèle que le chef de l’État enregistre des progressions auprès de Français appartenant à des sensibilités politiques dépassant le seul camp de la droite. Concrètement, Nicolas Sarkozy bénéficie de soutiens en progression auprès des sympathisants de gauche (20 %, + 6 par rapport au mois dernier), mais également auprès des interviewés ne se prononçant pas quant à leur appartenance politique (33 %, + 12). Ces évolutions signifient que la nouvelle progression de la popularité de Nicolas Sarkozy n’est pas réductible à la réactivation du clivage gauche-droite.

Actuellement, Nicolas Sarkozy bénéficie également de deux stratégies porteuses:

  • Les attentions accordées aux Français modestes (déplacement en entreprises ou en usines, prise en compte des difficultés du RER A), lesquels étaient devenus critiques sur l’action présidentielle en matière de pouvoir d’achat ; désormais, 42 % des employés accordent leur soutien au président de la République, contre 34 % le mois dernier (+ 8) ;
  • La restauration de l’image présidentielle ; les enquêtes réalisées depuis janvier avaient établi que la déprésidentialisation de Nicolas Sarkozy avait fortement pénalisé ce dernier en termes de popularité.

Dans ce contexte François Fillon, relativement moins médiatisé, continue à subir la lente érosion de ses soutiens : 47 % des Français accordent désormais leur confiance au Premier ministre, soit un score inférieur de 6 points à celui qui avait été enregistré fin février et début mars. Le chef du gouvernement, après avoir largement distancé le président de la République en termes de confiance, est désormais engagé dans un scénario de convergence des popularités des deux responsables.

Quand bien même la reconquête de l’opinion par le chef de l’État devrait être longue, Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà accompli une prouesse : il est parvenu à briser le cycle de défiance qui compromettait son image auprès des Français, et, après avoir subi un désaveu majeur (en janvier), a stoppé la décrue (à partir de février), et engage aujourd’hui une restauration de son crédit. Pour la suite, le président de la République est à la fois confronté à des perspectives favorables (dimension européenne), et menaçantes (tensions sociales, prix du pétrole). C’est pour une large par sur cette ligne de crête entre optimisme sur le registre politique, et inquiétudes sur le registre économique, que se jouera l’image de Nicolas Sarkozy d’ici la rentrée politique de septembre.

Parti socialiste : persistance de la concurrence Royal-Delanoë, absence de « dynamique Aubry »

Sur un autre registre, celui des prétendants au poste de Premier secrétaire du Parti socialiste, trois enseignements apparaissent :

  • La concurrence dominante oppose toujours Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, respectivement cités par 21 % et 20 % des Français ;
  • Ségolène Royal conserve néanmoins une prééminence auprès des sympathisants de gauche (29 %, contre 22 % en faveur du maire de Paris) et des sympathisants socialistes (respectivement 31 % contre 24 %) ;
  • Martine Aubry ne parvient pas, pour l’instant, à s’imposer : elle recueille un score de 10 %, soit un chiffre comparable à celui qu’elle obtenait dans les enquêtes antérieures.

Au total, il apparaît que les démarches engagées par le maire de Paris et par la maire de Lille n’ont pas, pour l’instant, abouti dans l’opinion : la candidate socialiste à l’élection présidentielle dispose d’un crédit important, et ses concurrents ne sont pas parvenus à inverser la tendance. Ces résultats s’inscrivent dans le contexte de la revendication libérale de Bertrand Delanoë, qui a suscité une réaction d’authenticité socialiste de la part de Ségolène Royal, et dans le contexte de la démarche de rassemblement menée par Martine Aubry et Laurent Fabius, volontiers présentée comme l’affirmation d’une concurrence socialiste supplémentaire.

Jusqu’ici, les rapports de forces au sein de l’opinion apparaissent relativement stables, en regard de l’intensité des stratégies politiques et médiatiques des leaders socialistes en vue du congrès de Reims.

Télécharger en pdf le sondage Viavoice-Libération du 8 juin 2008