HEC Figaro FranceInter
06/05/2014
 
À quelques jours des élections européennes, les débats sur la politique économique de l’Union s’intensifient, exacerbés par les divisions existantes, y compris au sein des différentes familles politiques. Politique monétaire et niveau de l’euro, lutte contre les déficits ou rejet des plans de rigueur, lutte contre l’inflation ou contre la déflation… L’influence économique des institutions européennes semble avoir redoublé depuis les dernières élections européennes de 2009, avant que la crise de la dette ne menace la monnaie unique et que l’autorité de Bruxelles ne soit consolidée à l’égard des mauvais élèves de la zone euro. La France, aujourd’hui acculée à demander un nouveau délai pour redescendre endessous des 3 % de déficits, en constitue un exemple manifeste.

Pour autant, quel impact auront les prochaines élections sur les grands enjeux économiques européens ? Au-delà des programmes et des intentions affichés par les candidats, cette nouvelle livraison du « Baro éco » révèle qu’une large part des cadres français doutent de l’influence du Parlement européen sur l’économie réelle, à l’inverse de la Banque centrale – toute puissante en matière de politique monétaire mais indépendante par ses statuts – et d’une Commission qui conserve le monopole d’initiative, même si elle doit prendre en compte l’avis des gouvernements des pays membres.

En d’autres termes, ils doutent que l’avenir économique de l’Europe se joue à Strasbourg, mais bien plutôt à Bruxelles, Francfort, Paris ou Berlin.

Une Union européenne influente sur l’économie… mais pas nécessairement ses représentants élus

De manière symptomatique, l’influence des différentes institutions européennes sur l’économie française n’est pas égale aux yeux des cadres :

  • Ces derniers sont ainsi 79 % à penser que la Banque centrale européenne, « gardienne de l’euro » exerce une influence « importante » sur l’économie française, plus que toute autre institution communautaire.
  • De même, la Commission européenne est jugée influente par 64 % des cadres ;
  • En revanche, le Conseil européen, qui rassemble les chefs d’Etats et de gouvernements, n’est considéré comme ayant une influence importante que par 48 % des cadres français, contre 49 % qui pensent que cette influence est secondaire ;
  • Le Parlement européen, enfin, apparaît aux yeux des cadres comme le parent pauvre des politiques économiques européennes puisque seuls 47 % des cadres (contre 50 %) considèrent l’institution élue au suffrage universel comme réellement influente sur l’économie française.

Ces perceptions dominantes sont frappantes alors même que les attributions du Parlement européen ont été élargies par le traité de Lisbonne (signé en décembre 2007 puis entré en vigueur en décembre 2009) :

  • Nouveaux pouvoirs politiques et de contrôle : le Parlement élit le président de la Commission européenne, sur proposition du Conseil européen qui tient compte des résultats des élections ;
  • La « codécision » : égalité entre le Parlement européen et le Conseil comme colégislateurs ;
  • Nouveaux pouvoirs budgétaires, le Parlement et le Conseil étant placés sur un pied d’égalité en matière budgétaire.

Mais ces réformes souffrent encore d’une trop faible notoriété pour redorer le crédit et l’influence accordés au Parlement. Et ces dernières années face à la crise ont surtout consacré la visibilité des chefs d’État et de gouvernement, et des contraintes budgétaires imposées par « l’Union » (Banque centrale et Commission incluses) sur les pays membres.

Le moral des cadres chute à nouveau, notamment au sein de la fonction publique

Après une hausse de 10 points au mois dernier, le moral des cadres chute de 5 points (-43 aujourd’hui), en raison notamment d’inquiétudes croissantes des cadres pour leurs perspectives personnelles, qu’elles soient financières ou professionnelles :

  • Ainsi 43 % d’entre eux pensent que leur situation financière « va se dégrader » au cours des prochains mois, en hausse de 8 points. L’inquiétude est particulièrement forte dans le secteur public (47 % pensent que leurs finances se dégraderont), après l’annonce du gel du point d’indice des fonctionnaires qui devrait avoir de lourdes répercussions pour les cadres de la fonction publique.
  • De même 84 % des cadres pensent que les opportunités pour faire progresser leur carrière dans les mois à venir seront faibles, en hausse de 4 points. Logiquement, cette dégradation concomitante des perspectives financières et professionnelles contrevient à la motivation, avec 64 % des cadres qui jugent que leurs collaborateurs ne sont « pas motivés » actuellement. Une hausse de 6 points, qui gomme l’amélioration sensible de cet indicateur le mois dernier, profitant d’un retour d’activité au sein de nombreux secteurs.

Cette instabilité des perspectives des cadres depuis le début de l’année apparaît par ailleurs symptomatique d’un premier semestre 2014 plein d’incertitudes pour l’avenir, tant sur le plan économique – avec une reprise au sein de la zone euro qui n’apparaît pas encore suffisamment solide pour être réellement impactante sur les décisions d’investissement ou de consommation – que politique, avec des modalités d’application du Pacte de responsabilité longtemps attendues sans être détaillées.

François Miquet-Marty

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