HEC Figaro FranceInter
 
08/06/2010
 
2010 serait-elle pire que 2009 ? Alors que le début de cette année avait été caractérisé par une amélioration du moral des cadres, lui permettant de renouer avec ses niveaux du premier semestre 2008, un effondrement sans précédent apparaît aujourd’hui, qui relègue l’indice à son plus bas niveau depuis la création du baromètre en janvier 2004.

Cette rechute majeure s’explique par la crise grecque, par les doutes concernant la viabilité de notre système économique et financier, et par les inquiétudes nées de l’engrenage « déficits-rigueur-absence de croissance ».

Des cadres au plus mal

L’effondrement est impressionnant : établi à -47, l’indice synthétique du moral des cadres 3 perd 13 points, après avoir déjà baissé de 8 points le mois dernier. Dès lors les records s’accumulent :

  • Cette baisse est la plus brutale qui ait été enregistrée depuis la création du baromètre début 2004 ;
  • Désormais le moral des cadres atteint son étiage, plus faible encore que son record historique atteint début 2009 (-45).

Cet événement est alimenté par une convergence des inquiétudes macroéconomiques et personnelles :

  • Sur un registre macroéconomique est constatée une forte augmentation des inquiétudes concernant l’évolution du niveau de vie en France : 62 % des cadres estiment que le « niveau de vie en France » se « dégradera » d’ici un an, soit un score en hausse de 14 points par rapport aux données enregistrées le mois dernier.
  • Sur un registre personnel est enregistrée une forte baisse de la motivation : 67 % des cadres estiment que leurs collaborateurs ne sont « pas motivés », contre 53 % le mois dernier, et 44 % il y a deux mois ; en outre, 35 % des cadres considèrent que leur « situation financière » va « se dégrader » (+7).

Au coeur des inquiétudes

Fondamentalement, cette recrudescence des inquiétudes des cadres en France s’explique par le contexte de la crise grecque et ses conséquences (menaces sur la zone euro, plans de rigueur).

Concrètement près d’un cadre sur deux (48 %) considère que la France « pourrait avoir les mêmes problèmes financiers que la Grèce », et seuls près d’un tiers (35 %) sont d’un avis inverse. C’est dire que pour les cadres, la « crise grecque » n’est pas une spécificité mais le syndrome de maux plus profonds qui n’épargnent pas la France.

Précisément, au registre des explications de la crise grecque, les cadres interrogés ne citent pas prioritairement la « crise économique et financière » (23 %), mais les « gouvernements grecs » (64 %), ainsi que « les institutions financières » (44 %) et « l’essoufflement de notre modèle de croissance » (28 %).

Dès lors apparaît un triptyque anxiogène :

  • L’attitude des gouvernements et la tendance à laisser dériver les déficits publics ;
  • La responsabilité des institutions financières ;
  • L’épuisement des leviers de croissance.

Et ces ressorts de fragilité majeure concernent, dans leur principe, également la France :

  • Le déficit budgétaire et la dette publique (près de 80 % du PIB en 2009) sont plus élevés que jamais, même si le gouvernement s’est engagé à réduire les dépenses publiques ;
  • Les institutions financières demeurent pour l’instant peu contrôlées ;
  • Les leviers de croissance sont faibles, et les espoirs de relance précisément affaiblis par les politiques de restriction budgétaire.

Ces perceptions signent une défiance envers notre système économique et financier (défiance amplifiée par les turbulences sur la zone euro), et déploient les inquiétudes face au cycle « déficits-rigueur-absence de croissance ».

Il y a un an, au printemps 2009, les cadres retrouvaient des raisons d’espérer. Aujourd’hui ils apparaissent, plus que jamais, décontenancés.

Télécharger en pdf le baromètre Viavoice Moral des cadres - juin 2010