HEC Figaro FranceInter
 
03/02/2010
 
Quel modèle idéal d’entreprise pour les années qui viennent ? Après que la dernière livraison de notre baromètre a révélé une forte demande des cadres pour une meilleure prise en compte des aspects humains et relationnels au sein de leur entreprise, la question se posait logiquement
 

 

Les résultats sont pour le moins significatifs et font ressortir deux enseignements majeurs :

  • Dans le contexte de la crise, les entreprises paraissant les plus solides et les plus rassurantes sont citées en priorité ;
  • Les implications fortes en faveur du développement durable (EDF, Veolia) ou de la prise en compte des besoins des salariés (Google) s’avèrent également porteuses et décernent des brevets de modernité.

Les entreprises les plus solides face à la crise rassurent les salariés sur leur pérennité à long terme

Première entreprise citée avec 22 % de citations spontanées, EDF se situe largement en tête du classement. L’entreprise publique, qui profite de sa notoriété et d’une très bonne image générale auprès des Français, a également d’autres attraits pour les cadres :

  • Après plus d’un an de crise économique, les entreprises publiques bénéficient d’une image rassurante tant pour leur stabilité que pour leurs missions d’intérêt général ; on trouve d’ailleurs le groupe Areva en deuxième position (13 %) et la SNCF en neuvième ;
  • L’énergie est identifiée comme un secteur solide, et d’avenir : les entreprises relevant du secteur de l’énergie ont plutôt bien traversé la crise en termes de chiffres d’affaire ou de résultat ; quatre des cinq premières entreprises citées sont présentes dans ce secteur : EDF, Areva, Total et Veolia.

Autre secteur d’avenir, les nouvelles technologies sont représentées par les seuls groupes étrangers cités en tête du classement, c’est-à dire google (en troisième place avec 12 % des citations) et Apple (septième position, 7 %), qui sont également des marques-phares avec un positionnement original et haut-de-gamme.

De nouveaux modèles d’entreprise

Les choix des cadres préfigurent également de nouveaux modèles d’entreprise. Veolia, qui a bâti sa notoriété et son image sur ses politiques en faveur du développement durable, est en cinquième position. Par ailleurs le géant de l’Internet Google, dont l’environnement de travail des salariés est mondialement connu (espaces détentes à thèmes, activités sportives, jeux, tenues décontractées, autonomie renforcée des salariés) ressort parmi les trois premières entreprises citées, alors que le groupe n’emploie que peu de cadres en France.

EDF, le vieux et le neuf

La primauté accordée à EDF par l’ensemble des cadres (que ces derniers appartiennent au secteur public ou au secteur privé) est singulière. Entreprise patrimoniale, créée en 1946, à capitaux publics, EDF pourrait être considérée comme une société traditionnelle, dont le « modèle » relève davantage d’époques économiques révolues, que de l’avenir.

En réalité, EDF cumule précisément, aujourd’hui, un double atout :

  • La robustesse de réputation conférée à un groupe historique, inscrit dans la vie quotidienne de chacun, au service de tous, et qui fort de cet ancrage paraît d’autant mieux résister à la crise ;
  • La promesse de modernité décernée à une société dont l’image est nettement associée à celle du développement durable (par 53 % des Français en 2009 (Baromètre « Développement durable » réalisé par Viavoice en mars 2009)), et qui de ce fait apparaît comme une réponse à la volonté de voir émerger de nouveaux mondes, en particulier plus respectueux de l’environnement, pour la période de l’après-crise.

En contrepoint, la position obtenue par Google (au troisième rang de notre hiérarchie), apparaît certes satisfaisant mais relativement décevant en regard des efforts déployés par la société californienne pour s’imposer comme le modèle de l’entreprise de demain. L’ironie de l’histoire (et de la crise) est peut-être d’avoir fait évoluer la signification de la « modernité », ébranlant les certitudes googliennes : la « révolution du management » initiée par Google apparaît moins prioritaire que la sécurisation de l’univers professionnel en période de crise, et la recherche de l’intérêt général.

Certes, la signature googlienne « Don’t be evil » porte une promesse éthique à l’ordre du jour, mais altérée par les débats relatifs au caractère tentaculaire de Google, et à l’utilisation des données à des fins commerciales.

A cet égard, la crise décerne à EDF un regain de crédit en modernité, et parvient, en partie, à générer du neuf avec du vieux. Et concernant Google, les leçons de futurisme d’hier sont, peut-être pour un temps, relativisées. A travers ce sondage, les cadres français disent aussi que, pour une part, l’avenir s’apprend aux sources du passé.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le baromètre Viavoice Moral des cadres - Février 2010