Bpce LesEchos FranceInfo
 
22/12/2011
 
La crise s’accentue et inquiète de plus en plus les Français. Alors que l’Insee prévoit une période de récession et une forte poussée du chômage début 2012, les Français sont aujourd’hui 55 % à anticiper une baisse de pouvoir d’achat, en hausse pour le troisième mois consécutif.

Mais surtout, cette nouvelle dégradation des perspectives économiques fait peser deux menaces potentiellement graves sur l’économie française :

  • La perte éventuelle du triple A, de plus en plus attendue depuis sa mise sous surveillance par les agences de notation. Et si les conséquences d’une dégradation alimentent le débat public, elles inquiètent d’ores-et-déjà les Français : plus de trois personnes sur quatre (77 %) anticipent des conséquences préoccupantes pour l’économie, et près d’une sur deux (49 %) pour sa situation financière personnelle.
  • En parallèle, une répercussion de cette perte de pouvoir d’achat sur la consommation des ménages est à craindre, avec une baisse sensible des intentions de dépense en cette fin d’année. Or cette évolution serait d’autant plus dommageable que la consommation apparaissait jusque là relativement épargnée et faisait figure d’amortisseur face à la rigueur et la baisse des investissements.

Pouvoir d’achat : retour des inquiétudes sur les prix de l’énergie

Les inquiétudes sur le pouvoir d’achat retrouvent un niveau haut, parmi les plus élevés de l’année écoulée : 55 % des personnes interrogées pensent ainsi que leur pouvoir d’achat va diminuer dans les trois prochains mois, dont 28 % « fortement diminuer ».

Concrètement cette hausse intervient dans une conjoncture économique inquiétante, mais elle se nourrit également de tensions croissantes sur certains postes de dépenses, en premier lieu les dépenses énergétiques :

  • Si la baisse des cours du brut durant l’été avait – momentanément – fait passer cette question au second plan, le prix de l’essence revient en tête des préoccupations des Français avec 38 % d’entre eux qui le citent comme un des postes de dépenses qui les préoccupent le plus, en hausse de 10 points en un mois ;
  • Parallèlement, l’augmentation annoncée du tarif réglementé du gaz (au 1er janvier), voire de l’électricité courant 2012, expliquent une recrudescence des inquiétudes sur l’ensemble des dépenses d’énergie : l’électricité est citée par 32 % des personnes interrogées, en hausse de 8 points ; le gaz est cité par 28 % d’entre eux, en hausse de 11 points.

Vers une baisse des dépenses au premier trimestre 2012 ?

Alors que jusqu’ici, malgré la conjoncture, les intentions de dépenses restaient relativement stables, cette tendance devrait s’inverser dans les prochains mois : 36 % des Français envisagent ainsi de dépenser moins d’argent que ces derniers mois, en hausse de 4 points. A l’inverse ils ne sont plus que 9 % (-3) à envisager de dépenser plus.

En outre, cette baisse de la consommation devrait s’observer plus particulièrement chez les séniors (41 % envisagent de dépenser moins), qui sont également ceux qui anticipent le plus une baisse de leur pouvoir d’achat (pour 65 % d’entre eux).

Ces perspectives difficiles expliquent par ailleurs la baisse de l’indice synthétique des intentions de dépenses (67, -13 points), tout juste limitée par le relatif maintien des intentions d’achat d’automobiles, à 7 % (-1).

Perte éventuelle du triple A : des conséquences préoccupantes pour trois Français sur quatre

A l’heure où majorité et opposition se renvoient mutuellement la faute de l’aggravation des déficits, l’opinion publique semble avoir largement intégré les risques encourus par la perte éventuelle du triple A pour les comptes de l’Etat, mais aussi par ricochets pour l’ensemble des administrations et entreprises publiques :

  • Ainsi 77 % des Français s’attendent à des conséquences préoccupantes pour l’économie française, voire « très préoccupantes » pour 35 % d’entre eux, et ce malgré les tentatives du gouvernement de relativiser cette question ;
  • De manière significative, cette question n’est par ailleurs pas dissociée, dans l’opinion publique, des difficultés quotidiennes puisque près d’un Français sur deux (49 %) s’attend à des conséquences préoccupantes pour sa propre situation financière.

Dès lors l’année 2012 apparaît singulièrement mal engagée, entre les contraintes des marchés et les contraintes de la rigueur : si la consommation devait flancher et les déficits s’alourdir, les perspectives de croissance pourraient en pâtir d’autant plus, alimentant la spirale récessive. Un contexte économique et moral qui devrait peser lourdement sur la campagne présidentielle, alors que le pouvoir d’achat demeure la préoccupation majeure des Français.

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