Bpce LesEchos FranceInfo
 
24/05/2011
 

Une prime aux salariés appréciée par les Français, dans un contexte économique plus favorable. Alors que le projet de loi instaurant une prime aux salariés dont les entreprises versent des dividendes en hausse doit être débattu ce mercredi en Conseil des ministres, l’opinion publique apparaît très majoritairement favorable à une mesure apparaissant comme juste et susceptible d’améliorer le pouvoir d’achat des 4 millions de salariés qui devraient y avoir droit, selon les estimations du gouvernement.

L’avancée de ce projet de loi pourrait par ailleurs accompagner un retour de confiance visible pour une partie de la population française :

  • Les perceptions concernant l’évolution du pouvoir d’achat s’améliorent depuis deux mois, même si elles demeurent très sensibles au prix de l’essence, lequel a enregistré récemment une baisse après avoir atteint un maximum au début du mois ;
  • Symptomatique de ce retour de confiance, les intentions d’achat d’automobiles enregistrent un regain significatif, notamment chez les plus jeunes ;
  • Les intentions d’épargne s’améliorent également légèrement, avec un taux moins important de Français déclarant qu’ils ne mettent pas d’argent de côté.

Prime aux salariés : une mesure jugée efficace par les Français

Si la prime aux salariés n’est pas encore votée, ni encore moins entrée en application, elle bénéficie pour l’instant d’une forte adhésion de l’opinion : 62 % des Français estiment qu’il s’agit d’une « bonne solution  » pour augmenter le pouvoir d’achat. Par ailleurs, cette mesure recueille l’avis favorable de toutes les catégories de population, alors même qu’elle ne devrait concerner qu’une minorité de salariés. Ainsi les retraités, pourtant non concernés, sont 61 % à être favorables à la prime. Même les cadres et professions libérales, moins convaincus que le reste de la population, sont en majorité favorables (53 %) à cette proposition.

Certes, ces opinions peuvent évoluer avec la discussion du projet de loi au Parlement et sa mise en application effective, laquelle permettra d’en connaître les modalités et les montants réels, notamment après négociation entre partenaires sociaux. De plus, cette mesure, jugée efficace pour améliorer le pouvoir d’achat, n’est pas pour autant considérée comme suffisante : parmi les 62 % de Français jugeant la mesure « bonne », seuls 13 % considèrent qu’il s’agit d’une « très bonne solution », contre 49 % qui saluent « une assez bonne solution ». Dès lors, l’opinion apparaît en attente d’autres propositions qui concerneraient une assiette plus large de salariés, mais aussi les retraités, qui apparaissent comme la catégorie la plus inquiète à propos de l’évolution du pouvoir d’achat.

Dans ce contexte, il apparaît ainsi que cette prime, au-delà de son montant et du nombre de salariés concernés, est appréciée pour ce qu’elle représente : un mécanisme considéré comme efficace, à l’heure où les négociations des partenaires sociaux sur les salaires avancent peu, mais également un idéal de justice sociale, en contraignant les entreprises à redistribuer une partie de leurs bénéfices à leurs salariés. Une façon pour les Français de rappeler que si le retour de la croissance se confirme dans les prochains mois, il devra bénéficier au plus grand nombre.

Amélioration sensible des perspectives d’achat et d’épargne

Après une forte croissance des inquiétudes liées au pouvoir d’achat en février et mars, sur fond de révolution arabe et d’envolée du prix des matières premières, les perceptions s’améliorent lentement : 17 % des Français pensent que leur pouvoir d’achat va augmenter dans les prochains mois, contre 15 % en avril et 13 % en mars. A l’inverse, ils sont toujours  50 % à estimer qu’il va baisser (contre 50 % en avril et 54 % en mars).

Pour autant, cette amélioration des perceptions, même limitée, est de bon augure :

  • Parce qu’elle concerne surtout des catégories de population disposant de revenus moins élevés que la moyenne : les ouvriers – qui sont 29 % à considérer que leur pouvoir d’achat va augmenter au cours des trois prochains mois, contre 17 % en moyenne – et les jeunes générations : 24 % des 18-24 ans et 27 % des 25-34 ans pensent que leur pouvoir d’achat va augmenter ;
  • Parce qu’elle est accompagnée d’intentions de dépenses en hausse : 9 % des personnes interviewées envisagent d’acheter ou de changer de voiture, soit une hausse de 4 points en un mois et le taux le plus élevé mesuré depuis octobre 2010. De même, les perceptions les plus négatives sur les dépenses courantes et l’épargne sont en baisse : seules 16 % des personnes interrogées déclarent ne pas mettre d’argent de côté, résultat en baisse de 11 points depuis avril, et 30 % envisagent de moins dépenser pour l’alimentation et l’habillement au cours des trois prochains mois, résultat en baisse de 7 points.

Pour autant, ce relatif retour d’optimisme se produit à une période où les inquiétudes demeurent prégnantes sur plusieurs postes de dépenses. Ainsi l’alimentation (50 % de citations) et l’essence (48 %) restent pour les Français des préoccupations majeures en matière de pouvoir d’achat, avec une opinion publique peu confiante sur la pérennité de la stabilisation récente des prix. La question de l’énergie est d’ailleurs très présente, puisque le gaz et l’électricité sont cités immédiatement après l’essence.

Dès lors, l’évolution du prix des matières premières et de l’énergie devraient être essentiels dans les mois à venir : s’ils restent relativement stables, et si le retour de la croissance annoncé se confirme (1 % au premier trimestre, peut être plus de 2 % sur l’année), l’année 2011 devrait permettre aux Français de gagner en pouvoir d’achat et de relancer la consommation. En revanche, s’ils augmentent significativement, leur impact en termes de confiance et d’intentions de dépenses pourrait être important, même en période de retour de l’activité économique.

François Miquet-Marty

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