HECFranceInter Figaro

04.04.16

Serait-ce un printemps économique ? Le projet de loi El Khomri, consacré à la réforme du code du travail, contribue-t-il à améliorer l’état d’esprit des cadres concernant l’avenir économique de la France ? De fait, cette nouvelle livraison du « Baro éco » Viavoice – HEC – Le Figaro – France Inter révèle une nette amélioration du « moral des cadres ». Mais cette amélioration s’explique davantage par un regain de confiance en matière de conjoncture et d’emploi, et moins par les effets attendus du projet de loi El Khomri.

 Le moral des cadres connaît un net regain (+8 points), évoluant de l’indice -35 le mois dernier, à l’indice -27 ce mois-ci. À la faveur de cette évolution forte, l’indice retrouve un niveau qu’il n’avait pas connu depuis cinq ans, début 2011. Cette progression procède d’inquiétudes moins importantes pour l’avenir, notamment en matière d’emploi : 46 % des cadres estiment que le « nombre de chômeurs en France augmentera » au cours des mois qui viennent, contre 62 % le mois dernier (-16 points).

Cette nette amélioration des anticipations peut surprendre après la publication des données concernant le mois de février, constatant une hausse du nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (38 400 personnes supplémentaires).

Plus profondément un faisceau de facteurs autorise un repli des inquiétudes :

- En tendance, plusieurs baisses du nombre de demandeurs d’emploi sont survenues ces derniers mois : - 17 700 en septembre, - 10 500 en novembre, -27 900 en janvier (source : Dares) ;

- Le climat de ce début d’année 2016 présente des signes d’amélioration, certes modérés mais significatifs : croissance attendue de 0,4 % sur les deux premiers trimestres, reprise de la consommation (notamment en raison d’une inflation nulle), progression du taux de marge des entreprises et de l’investissement (note Insee, mars 2016). Scepticisme concernant le projet de loi El Khomri (ou l’idée perdue de la synthèse). En revanche, les cadres affichent un fort scepticisme concernant le projet de réforme du code du travail (projet de loi El Khomri) :

- En termes macroéconomiques, 62 % des cadres pensent que cette réforme du droit du travail n’aura pas d’ « impact positif sur l’activité économique de la France », et 66 % qu’elle ne « favorisera pas la création d’emplois en France » ;

- En termes microéconomiques, 75 % des cadres du secteur privé estiment qu’elle n’aura pas d’« impact positif sur l’activité économique » de leur « entreprise », et 78 % qu’elle ne « favorisera pas la création d’emploi » dans leur « entreprise ».

Ce scepticisme s’explique par les jugements contrastés portés sur le projet de loi :

- Le principal reproche adressé à ce texte (45 %) consiste à aller « trop loin en remettant trop en cause les droits des salariés » : les cadres, aux avant-postes de l’économie, apparaissent inquiets d’un excès de souplesse pour les entreprises ;

- À l’inverse, une fraction non négligeable (26 %) pense que cette réforme « ne vas pas assez loin et ne permettra pas vraiment d’assouplir le code du travail » ;

- Au final, seuls 15 % des cadres considèrent que la réforme est « bien équilibrée ».

Ces résultats sont très intéressants parce qu’il révèlent que le projet de loi souffre moins d’un défaut de positionnement (souplesse de l’entreprise ou protection des salariés), que d’une incapacité à fédérer : pris en étau entre les critiques de la gauche et de la droite, il pêche par une difficulté à convaincre. Alors qu’il aurait pu apparaître comme une synthèse entre deux voies, il est au contraire perçu comme un cumul d’excès dans chacune des deux voies.

Moral des cadres et possibilité d’une dynamique économique ?

Plus profondément, l’amélioration du moral des cadres pourrait-elle, au cours des mois qui viennent, exercer des effets vertueux sur la conjoncture ? Les cadres sont des vigies mais également des acteurs, promoteurs du dynamisme de chacune de leurs entreprises, et la progression de leur confiance en l’avenir peut constituer une condition de mobilisation générale. Pour l’instant, la mobilisation marque le pas : 58 % des cadres estiment que leurs collaborateurs ne sont « pas motivés », et ce score est stable depuis plusieurs mois. Ici se joue probablement l’élément majeur d’une dynamique potentielle : la confiance en l’avenir constitue un prérequis indispensable, la motivation des équipes constituera le second verrou à débloquer pour enclencher véritablement un effet  vertueux. Mais d’ores et déjà, les perspectives sont moins sombres qu’elles ne l’ont été depuis cinq ans.

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