Liberation

16.12.16

Cette nouvelle livraison du baromètre d’opinion politique Viavoice-Libération révèle trois dynamiques d’une rare ampleur : de gauche à droite, Manuel Valls, Emmanuel Macron et François Fillon enregistrent de très fortes progressions quant à leur capacité perçue à exercer la fonction présidentielle en 2017, et s’installent en net trio de tête des candidats sur ce registre. Pour autant, de manière très singulière, ces trois dynamiques sont nourries par des circonstances très particulières et sont paradoxalement sans garanties de succès.

Des progressions en parallèle

Les données recueillies sont spectaculaires : concernant leur capacité à être de « bons présidents de la République » pour 2017 :

-François Fillon enregistre une progression de 10 points, à 44 % ;
-Emmanuel Macron de 8 points, à 41 % ;
-Manuel Valls de 6 points, à 33 %.

Qui plus est, ces trois dynamiques s’inscrivent dans la continuité de gains moins importants mais significatifs réalisés par les trois hommes le mois dernier.

L’absence paradoxale de garanties de succès, l’enjeu de la conversion

Pour autant, paradoxalement, ces progressions ne délivrent pas de garanties de succès parce qu’elles reposent sur des circonstances très particulières :

-La « dynamique Fillon » est consécutive à sa victoire auprès d’un segment particulier de l’électorat français lors de la primaire. Certes, le député de Paris est désormais le candidat incontesté de la droite et du centre et sa légitimité repose sur la forte participation à la primaire (plus de 4 millions d’électeurs). Mais ses valeurs et ses propositions font débat y compris au sein de son propre camp ;
-Les « dynamiques Macron et Valls » sont pour une large part provoquées par le renoncement de François Hollande, qui a conduit un report des espoirs de la gauche et d’une partie du centre en faveur des deux hommes.

Autrement dit, l’enjeu qui s’impose pour les trois hommes est celui de la conversion des dynamiques d’aujourd’hui en capacités de rassemblements durables et motivées au sein de leurs propres camps et au-delà.

L’exemple de Manuel Valls : sous la dynamique d’image présidentielle, des interrogations toujours en suspens

En termes d’opinion, l’image de Manuel Valls illustre cette nouvelle donne.

L’ex-Premier ministre bénéficie de la forte dynamique soulignée précédemment. Et celle-ci repose sur des atouts majeurs, tenant notamment à son image personnelle : au-delà de son caractère jugé très massivement « autoritaire », notion ambivalente (« faire preuve d’autorité » et « être trop autoritaire »), le candidat est considéré comme :

-« Dynamique » par 63 % des Français et 79 % des sympathisants de gauche ;
-« Moderne », (respectivement 46 % et 65 %) :
-« Compétent » (45 % et 64 %) ;
-Ayant « la stature d’un homme d’Etat » (45 % et 67 %) ;
-« Honnête » (38 % et 59 %).

Ces atouts permettent à Manuel Valls de tempérer l’influence des jugements critiques suscités par son bilan et par sa capacité perçue à rassembler.

Surtout apparaissent des énigmes d’opinion pour l’instant irrésolues :

-Concernant son positionnement : seuls 42 % des Français, et 47 % des sympathisants de gauche, estiment que Manuel Valls est « de gauche ». Ne le situant pas non plus à droite, 35 % des Français et 34 % des sympathisants de gauche le perçoivent « ni à gauche, ni à droite » ;
-Concernant sa relation avec François Hollande : 55 % des Français, et 57 % des sympathisants de gauche estiment que Manuel Valls ne devrait ni la revendiquer, ni s’en désolidariser.

François Fillon, Emmanuel Macron et Manuel Valls sont portés par des mouvements d’opinion qui présentent des similitudes. Tous les trois bénéficient d’adhésion soudaines mais leur image n’est pas véritablement clarifiée (quel corps de propositions Emmanuel Macron va-t-il livrer, quelle ambition de conciliation François Fillon va-t-il soutenir ?), ni donc leur capacité à mobiliser.

Cela décerne une importance démocratique et stratégique majeures aux campagnes électorales qui s’ouvrent, qu’il s’agisse de celle de la primaire de la Belle alliance populaire, ou la campagne du premier tour de la présidentielle.

À noter également la progression plus faible mais significative d’Arnaud Montebourg, légitimé par un face-à-face attendu avec Manuel Valls au second tour de la primaire, mais surtout la dynamique de fond engagée pour Jean-Luc Mélenchon : près d’un Français sur quatre considère ce dernier comme un bon Président pour 2017.

L'intégralité du baromètre politique Viavoice-Liberation de décembre 2016

La notice technique du baromètre politique Viavoice-Liberation de décembre 2016