Liberation
 
03/10/2011
 
Il semblait invincible : au lendemain de son élection à l’élection présidentielle, à l’été 2007, Nicolas Sarkozy bénéficiait d’un état de grâce exceptionnel (popularité comprise entre 65 % et 67 %). Aujourd’hui la crise et les affaires, ainsi que l’échec de la droite au Sénat, conduisent à poser la question de la pertinence d’une candidature Sarkozy en 2012.
Et les résultats de ce sondage Viavoice pour Libération sont frappants : pour l’opinion publique, Alain Juppé apparaît comme le meilleur candidat pour l’UMP en 2012.
 

 Nicolas Sarkozy : le pronostic massif d’une défaite en 2012

Concernant Nicolas Sarkozy, le pronostic de sa défaite est aussi largement massif que l’était, il y a quatre ans, sa popularité : plus des deux tiers des Français (68 %) estiment que « s’il se représente, Nicolas Sarkozy va vraisemblablement perdre l’élection présidentielle de 2012 ». Et les sympathisants UMP eux-mêmes sont partagés : seuls   54 % anticipent une victoire du chef de l’Etat.
Les raisons de ce discrédit majeur, loin de se réduire à la conjoncture économique et sociale, se déploient sur trois registres d’importance comparable pour les personnes interrogées : « la dette et les déficits publics » (65 %), « l’insuffisance des résultats économiques et sociaux » (64 %) et « les affaires politico-financières » (62 %). Ce dernier élément apparaît particulièrement important puisqu’il est mis à hauteur des deux premiers : se cumulent les affaires Woerth-Bettencourt, Tapie-Lagarde et Karachi, qui plus est dans un contexte où l’argent facile est particulièrement synonyme de dévoiement. La défaite de la droite au Sénat apparaît également pour une majorité de Français (54 %) comme un élément qui « fragilise fortement » l’image qu’ils se font du président de la République.
Ces mauvais résultats pour l’Elysée signifient que Nicolas Sarkozy ne parvient pour l’instant à capitaliser ni sur la stratégie de « représidentialisation » (Cf. le sondage que nous avions réalisé en janvier 2008 pour Libération sur ce sujet), ni sur les événements internationaux (Libye, Onu et Proche-Orient), ni sur les déplacements « de proximité ».

L’hypothèse Juppé

Dans ce contexte, Alain Juppé apparaît comme un meilleur espoir que Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2012 : pour l’opinion, Alain Juppé serait « le meilleur candidat UMP en 2012 » (26 %), devant Nicolas Sarkozy (21 %), lequel précède François Fillon (16 %) et Jean-François Copé (10 %).
Alain Juppé bénéficie notamment des résultats obtenus à Bordeaux, de son rôle en tant que ministre des Affaires étrangères, et de sa stature personnelle. Et ce regain de confiance apparaît spectaculaire après les mouvements sociaux de décembre 1995 et sa condamnation à un an d’inéligibilité, en 2004, dans l’affaire des emplois fictifs de Paris.
En revanche, les sympathisants UMP conservent une préférence en faveur du chef de l’Etat : 54 % estiment que Nicolas Sarkozy serait « le meilleur candidat UMP », contre   18 % en faveur d’Alain Juppé, 15 % en faveur de François Fillon, et 6 % en faveur de Jean-François Copé.

Confirmation de la prééminence Hollande

A gauche, à une semaine du premier tour de la « primaire citoyenne », François Hollande confirme sa prééminence d’opinion, quoi que par certains aspects en érosion :
- Auprès des Français, François Hollande dispose d’une popularité de 53 %, en repli de deux points par rapport aux données des 8 et 9 septembre ; ce score situe le candidat à 7 points de Martine Aubry (46 %, +1) ;
- Auprès des seuls sympathisants socialistes, la popularité du député de Corrèze se situe désormais à 83 %, en progression de deux points par rapport à la dernière mesure effectuée ; Martine Aubry pour sa part bénéficie d’une popularité de 75 %, en repli de deux points ;
- En termes de compétences perçues face à la crise, François Hollande apparaît comme le meilleur (51 %, contre 45 % en faveur de Martine Aubry et 36 % pour Nicolas Sarkozy).
Ségolène Royal, pour sa part, perd 3 points de popularité à 30 % désormais.

Nette percée de Manuel Valls et Arnaud Montebourg

Autre fait marquant : Manuel Valls et Arnaud Montebourg connaissent des progressions d’image significatives.
En popularité auprès des Français, Manuel Valls recueille un score de 34 %, en hausse de 4 points par rapport au début du mois de septembre, et de 8 points par rapport à la mi-août. De façon relativement comparable en évolution, Arnaud Montebourg dispose d’une popularité de 30 % (respectivement +3 et +6). Auprès des seuls sympathisants socialistes, Manuel Valls obtient une popularité de 52 % (+15 points par rapport à la mi-août) et Arnaud Montebourg de 48 % (+ 12).
Ces résultats s’expliquent à la fois par :
- Une progression de leur notoriété : en août, 30 % des Français déclaraient ne pas connaître Manuel Valls, ils ne sont plus que 23 % ; 27 % déclaraient ne pas connaître Arnaud Montebourg, ils ne sont plus que 21 % ;
- Une amélioration de leur image auprès des personnes qui les connaissent : dans les deux cas, les proportions d’opinions négatives sont quasiment stables entre août et aujourd’hui, alors que les opinions positives progressent.
Quels que soient les résultats de la primaire, Valls et Montebourg auront tous les deux nettement bénéficié, en termes d’opinion, de cette consultation.

En ce début octobre 2011 s’installe une nouvelle donne politique, à droite comme à gauche. A droite, le champion de 2007 est désormais concurrencé ; à gauche, une génération s’installe au premier plan.

François Miquet-Marty

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération octobre 2011