Une dynamique d’opinion qui procède d’un nouveau triptyque de perceptions, un cumul de fragilités nouvelles et anciennes![]()
Qui est François Hollande pour l’opinion ? Comment comprendre la progression significative de son crédit aux yeux des Français, depuis plus d’un an ? Ses principaux atouts résident-ils en une image de proximité, de capacité à rassembler, de « normalité », ou en son corpus de propositions (sur la fiscalité et les jeunes notamment) ? Et les fragilités d’image qui le menacent sont-elles les mêmes que celles dont il était hier l’objet ?
La présente étude, réalisée par Viavoice pour Le Nouvel Observateur, révèle que :
- La « dynamique Hollande » procède moins des éléments cités précédemment que d’un nouveau triptyque de perceptions : attention aux autres, humilité et détermination ;
- Ses fragilités consistent en un écheveau d’éléments anciens et nouveaux.
Une dynamique d’opinion qui procède d’un nouveau triptyque de perceptions : attentions aux autres, humilité et détermination
Attention aux autres : « si on avait un coup dur, on imagine qu’il serait là »
Le premier atout d’image, fondamental, réside en une capacité d’attention aux autres : 70 % des Français, et 83 % des socialistes, estiment que François Hollande est « attentif aux autres ». Les Français les plus modestes, les retraités en sont convaincus (69 % des ouvriers, 77 % des retraités). Cette perception est essentielle car dans une société où le sentiment d’abandon est prépondérant, dans un monde où la conviction de ne pas être pris en compte par autrui et particulièrement par les politiques est très répandue, le caractère dece lui qui ne semble pas indifférent devient un atout majeur.
Ainsi François Hollande n’est ni associé à l’image du « père », ni à celle du « frère », mais à celle de l’« ami ». Une majorité de Français (54 %) estiment qu’« on aimerait avoir [François Hollande] comme ami ». L’un des participants à la réunion préalable soutient : « c’est un ami, car il ne laisse pas tomber, il est fidèle dans la durée ». Un autre participant synthétise : « si on avait un coup dur, on imagine qu’il serait là ».
Ces perceptions reposent sur des qualités perçues de gentillesse et de capacité à rassurer :
« Il est vraiment gentil, ce n’est pas quelqu’un qui ferait du mal » ; « Il n’est pas inquiétant » ;
« Il aime plus les gens que lui-même. »
Et ces qualités sont appréciées notamment en contrepoint de l’exécutif actuel : « Il faut un président compréhensif, qui ait de la considération pour nos problèmes. » ; « on a besoin d’être rassuré, et Sarkozy nous stresse...»
Humilité : « on n’a pas besoin d’un président bling bling »
L’humilité constitue le deuxième atout : 69 % des Français jugent que François Hollande est « humble » et 80 % des socialistes le pensent. En janvier François Hollande a déclaré qu’il fallait pour le Parti socialiste un candidat « normal, grave, stable et rassembleur ». Cette idée de « normalité » entre en résonnance avec une simplicité d’attitude :
- Qui va de pair avec une proximité : « Il est sur le terrain, dans sa région ».
- Qui est différenciante par rapport à l’image dominante concernant Nicolas Sarkozy : « il est simple, pas bling-bling. » ; « on n’a pas besoin d’un président bling bling. »
Détermination : « c’est une locomotive sur ses rails, qui s’arrête de gare en gare et qui ajoute des wagons »
Le troisième atout reconnu à François Hollande, qui rend compte de sa dynamique d’opinion, est sa détermination : 72 % des Français considèrent que le candidat socialiste « trace son chemin dans la durée », et cette opinion est partagée par 83 % des sympathisants socialistes. Lors de la réunion préalable, un participant a utilisé cette métaphore : « François Hollande, c’est comme une locomotive sur ses rails, qui s’arrête de gare en gare et qui ajoute des wagons ». Cette perception dominante entraîne deux corollaires :
- Le candidat socialiste apparaît volontaire dans la perspective de 2012 : « Il a pris pied dans la campagne. On sent une vraie présence d’un candidat qui a compris les enjeux et pris la campagne à bras le corps en disant : ‘’il faut arriver à ces objectifs’’ ».
- François Hollande a surmonté les difficultés d’image qui étaient les siennes lorsqu’il était Premier secrétaire du Parti socialiste : « Les problèmes au PS, tout ça c’est derrière lui aujourd’hui. Il ne cherche plus à réunir tout le monde. Il a pris une orientation et file tout droit, étape par étape. » Un autre participant ajoute : « Ça m’a impressionné de voir comme ça Hollande revenir sur le terrain politique. C’était une sorte de chat noir à l’époque. » Un autre conclut : « Il n’a plus l’apparence d’un Bisounours, il n’est plus effacé ».
Et l’évolution de son apparence physique est considérée comme l’illustration de cette évolution de caractère : « Son physique allait avec un caractère qu’on lui donnait, des mimiques qu’on lui donnait. Il a changé son image mais aussi son caractère. »
Attention aux autres, humilité, détermination et constance : ce triptyque au coeur du succès d’opinion de François Hollande est fondamental parce que :
- Pour une large part, il est différenciant par rapport à l’image dominante de Nicolas Sarkozy ;
- Il est en rupture par rapport à l’image qui concernait François Hollande lorsqu’il était Premier secrétaire du Parti socialiste (notamment en termes de détermination) ;
- Il est en phase avec les attentes de société.
Un cumul de fragilités nouvelles et anciennes
En revanche l’image de François Hollande est pénalisée par des handicaps importants, conjuguant faiblesses nouvelles et anciennes :
La difficulté à faire entendre ses idées : « Avec Hollande on ne se dit pas ‘’lui il sait quoi faire pour redresser le pays’’ »
Au rang des fragilités nouvelles, en regard des propositions réalisées par François Hollande depuis plus d’un an, apparaît la difficulté du candidat à faire entendre ses idées. Le score est décevant pour François Hollande : près d’un Français sur deux (48 %) estime qu’« on ne se souvient pas des idées qu’il propose ». Et de fait, de façon frappante, aucune des personnes participant à la réunion n’a été en mesure de citer une idée proposée par François Hollande.
« Pour être président de la République il faut des vraies idées, des propositions et une vision.
Avec Hollande on ne se dit pas ‘’lui il sait quoi faire pour redresser le pays’’ » ; « il doit montrer qu’on peut changer les choses et qu’on va le faire. » A propos de François Hollande certains concluent « qu’il ne se positionne pas trop : on ne sait pas trop où il veut aller. » Pour l’avenir, soutient un participant : « Concernant Hollande j’ai peur de ça. Il a peut-être de bonnes idées mais si on ne l’entend pas… ».
Le manque de charisme et de leadership : « Il ne dégage pas assez de charisme », « il lui manque une stature de chef »
Un handicap plus ancien pour François Hollande réside en son déficit perçu de charisme.
Près de la moitié des Français (47 %) estiment que François Hollande « manque de charisme ». Lors de la réunion exploratoire, beaucoup ont souligné la difficulté des campagnes à venir et la nécessité pour le candidat socialiste de s’affirmer davantage, tant au sein de son camp qu’auprès des Français : « Le risque est qu’il se fasse déborder. Il faut bienqu’il définisse ses positions parce qu’il va être chahuté pendant la campagne » ; « il ne dégage pas assez de charisme. Et c’est vrai que ça joue beaucoup aujourd’hui. »
Cette critique va de pair avec un déficit perçu de leadership : « il lui manque une stature de chef » ; « Mitterrand c’est la force tranquille, l’autorité. Hollande ce n’est pas encore ça. »
Une part de fragilité perçue : « Il a besoin d’être épaulé »
Enfin, de façon moins prépondérante mais néanmoins présente, plus d’un tiers des Français (37 %) jugent François Hollande « fragile ». « Il a besoin d’être épaulé » soutient une participante. Et partant, plusieurs estiment que la meilleure solution, pour le candidat socialiste, consisterait à former un ticket avec un(e) autre leader socialiste, dont l’image lui permettrait d’amplifier la solidité qui lui fait défaut.
Aujourd’hui, à cinq mois des primaires socialistes des 9 et 16 octobre, François Hollande s’impose moins par sa « proximité » ou par ses idées, que par sa capacité à rassurer. Dans un monde d’inquiétudes, il rassure par l’attention qu’il est supposé accorder aux autres, par son humilité perçue et par sa constance : Hollande a les atouts d’un ami. En revanche, cet « ami » souffre d’une difficulté à imposer ses idées, d’un défaut de charisme et de leadership, et d’une part de fragilité perçue. Autrement dit l’ami n’est pas un chef, et la résolution de cette équation sera essentielle pour le candidat socialiste au cours des mois qui viennent.
François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice
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