23 novembre 2011

Les portraits politiques Viavoice - Le Nouvel Observateur

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

Social Bookmarks

« le Gaulois »
sous une image antisystème clivante,
la référence stéréotypée du Gaulois

Jean-Luc Mélenchon ne laisse pas indifférent. A la condition, il est vrai essentielle, de le connaître ou d’avoir un avis sur lui, il soulève les passions. Jugé antisystème, il est décrié ou apprécié en fonction des sensibilités politiques des personnes consultées, et l’ensemble des jugements concernant le candidat du Front de gauche se déclinent selon cette grille de lecture.
Pour autant, l’image de Jean-Luc Mélenchon est bien plus que cela : par-delà les clivages Jean-Luc Mélenchon répond, aux yeux de tous, aux traits du « Gaulois », terrien, bon vivant, gouailleur, querelleur, atemporel, défenseur du village contre l’empire. Un Gaulois des temps modernes ?

Le contestataire : l’homme du clivage

Mélenchon est un « contestataire » : voilà l’une des principales caractéristiques qui lui sont attribuées, par 46 % des personnes interrogées contre 10 %. Notons cependant que beaucoup ne connaissent pas Jean-Luc Mélenchon, ou n’ont pas d’avis sur lui : sur l’ensemble des traits d’image évalués, entre 40 % et 50 % des personnes interrogées déclarent spontanément « ne pas connaître » le candidat du Front de gauche, ou ne pas avoir d’avis.

Mais passé ce stade, cette image antisystème est clivante, en fonction des sensibilités politiques des répondants. Les uns sont très critiques : « Il en fait trop dans le côté grande gueule » soutient un participant à la réunion ; les autres laudateurs : « nous vivons dans une société qui va très mal, où beaucoup ont de moins en moins pour vivre, moins que le minimum, il faut bien quelqu’un qui s’oppose à tout ça. Il exprime le ras-le-bol ». « Mélenchon va amener à d’autres Mélenchon qui vont gueuler sur le système. »
De façon quantifiée auprès de l’échantillon représentatif de la population française :
- 28 % le jugent « trop agressif », mais 28 % également pas « trop agressif » ;
24 % pensent qu’il a « vraiment une bonne manière de faire la politique », contre  27 % d’un avis inverse ;
24 % estiment qu’il « appartient à une autre époque », contre 30 %.

Ces clivages se prolongent sur les interprétations de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Ceux qui contestent son positionnement imaginent qu’il doit avoir « des frustrations depuis l’enfance, qui lui donnent aujourd’hui ce besoin de s’affirmer, d’exister » (une participante à la réunion). Les autres ne comprennent pas cette opinion : un autre participant, dénonçant les scandales économiques et sociaux du monde contemporain, juge au contraire Jean-Luc Mélenchon « sincère », « bien dans sa tête et dans sa peau », et fustige les hypothèses « psychologisantes » qui feraient du candidat du Front de gauche une personnalité « fragile » alors qu’il la juge, lui, « forte » et « courageuse ».

Le tribun de la plèbe : une capacité de séduction auprès des sympathisants socialistes

Jean-Luc Mélenchon apparaît également comme un homme capable de dire les maux du peuple, de jouer un rôle de tribun de la plèbe. Et à ce titre son image, certes toujours clivante, obtient des scores plus élevés que précédemment : il est « proche des gens » pensent 35 % des personnes interrogées contre 18 % ; il est le « porte-parole des gens qui souffrent », soutiennent 31 % contre 23 %. « Il s’adresse à ceux qui n’ont plus d’espoir. Il y en a beaucoup dans ce pays », affirme une participante à la réunion, soutenue par une autre : « Il y a une population de ce pays qui n’ose pas dire certaines choses. Il est là pour ça, parce qu’il y a un besoin pour ces personnes. »
Et ces idées relativement répandues bénéficient d’une audience au-delà du Front de gauche, auprès d’une nette partie des sympathisants socialistes : 48 % d’entre eux jugent Jean-Luc Mélenchon « proche des gens », 51 % voient en lui le « porte-parole des gens qui souffrent ». Idéologiquement, sa position est considérée comme intermédiaire entre les communistes et les socialistes. « Il est à 80 % communiste », soutient un participant à la réunion, contesté par un autre : « non, à 60 % seulement... » Et la plupart le jugent « vraiment de gauche », mais pas tous : « Etre de gauche pour moi, c’est l’entraide [...]. Pas la révolte, qui est barbare pour moi. »

Le « Gaulois »

Mais l’image de Jean-Luc Mélenchon apparaît plus riche encore. Une participante l’assure : « on l’imagine bien marcher dans la terre, à la campagne, avec des grosses chaussures », un autre le devine « manger des sangliers », et un troisième indique qu’il apparaît aussi d’un autre temps, de « la France d’hier ou d’avant-hier ».
Et peu à peu se compose l’archétype du Gaulois, amateur de bonne chère mais également bretteur, « avec toujours cette envie de frapper », sur des journalistes, sur des banquiers, sur les puissants, et encore cette défense du village national, face à un empire économique libéral mondialisé. Jean-Luc Mélenchon résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Cette image de « Mélenchon le Gaulois » est éclairante : sur le fond en général on l’aime bien et on retrouve en lui un peu de notre identité historique, mais il agace parfois aussi par son originalité. La question, lance un participant « serait de savoir s’il peut vraiment améliorer les choses ». Si les Français sont sceptiques sur ce point (22 % contre 29 %), une large majorité de sympathisants Front de gauche pensent qu’il a « un vrai projet politique » (57 % contre 13 %), mais également une majorité relative de sympathisants socialistes (35 % contre 28 %).
« Le but de Mélenchon, conclut un participant, n’est pas forcément d’être élu mais de motiver la foule pour lui donner une certaine importance. » Si ce « Gaulois » ne prend pas le pouvoir, on l’imagine capable de rendre le peuple de son petit village plus mobilisé et plus irréductible. Sans potion magique.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération novembre 2011pdf.jpg