11 avril 2011

Baromètre Opinion Viavoice-Libération

Le Front national est un parti de gouvernement pour un Français sur trois

Le Front national est un parti de gouvernement pour un Français sur trois

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Jusqu’où ira le Front national ? Son succès lors des dernières élections cantonales (15,1 % au premier tour) et la popularité de sa nouvelle présidente, conduisent à s’interroger sur son influence à venir lors des scrutins présidentiel et législatifs de 2012.

Au terme de la dernière présidentielle, le Front national apparaissait condamné par la stratégie de Nicolas Sarkozy qui avait rallié une partie de son électorat au premier tour, et par le terme proche de la carrière politique de Jean-Marie Le Pen.
Que s’est-il passé ? Quelles sont les nouvelles perceptions concernant le Front national ? Quels sont ses nouveaux soutiens ? D’où viennent-ils et pour quelles raisons ? Pour mieux comprendre, Viavoice, pour Libération, a consacré une partie du présent sondage à cet enjeu, et a fusionné deux sondages consécutifs, permettant notamment de restituer les parcours électoraux et les profils des soutiens lepénistes d’aujourd’hui.
L’ensemble révèle une banalisation frontiste, reposant sur trois France de l’extrême droite, et nourries notamment par des électeurs sarkozystes désenchantés.

Un nouveau succès qui tient à une double banalisation

Le succès du Front national tient notamment à une double banalisation :

La première banalisation, la plus saisissante et la plus méconnue, consiste en l’acceptation du Front national en tant que parti de gouvernement : désormais, un tiers des Français (33 %) estiment que le Front national est un « parti comme un autre, et peut gouverner la France » ; à l’inverse, 60 % considèrent que le FN n’est « pas un parti comme un autre, et ne doit pas gouverner la France » ;
La seconde banalisation consiste en l’audience électorale du Front. Désormais, 16 % des Français souhaitent que Marine Le Pen « soit présidente de la République » : pas uniquement qu’elle accède au second tour de la présidentielle comme son père, mais qu’elle devienne chef d’Etat.

Cette double banalisation du Front national s’explique pour une large part par sa dédiabolisation, dont Marine Le Pen a été l’artisan : plus de quatre Français sur dix (44 %) estiment que Marine Le Pen ne constitue pas « une menace pour la démocratie », contre 48 % d’un avis inverse.

Les trois France de l’extrême droite

Cette banalisation du Front national définit ainsi trois France de l’extrême droite :

La première composante, son noyau dur, est constitué par les électeurs de Jean-Marie Le Pen au premier tour de la dernière élection présidentielle, en 2007 : 10,4 % des suffrages exprimés, 8,6 % des inscrits ;

La deuxième composante, plus large, est formée par l’ensemble des Français qui souhaitent voir Marine Le Pen accéder à l’Elysée en 2012 : ils sont 16 % aujourd’hui ;

La troisième composante, plus ample encore, est nourrie de tous ceux qui assimilent le Front national à un parti de gouvernement : 33 %. Bien évidemment ces derniers ne sont pas nécessairement des sympathisants frontistes, mais ils avalisent le crédit gouvernemental du FN.

33 %

Parti de gouvernement

16 %

Souhait de victoire présidentiel
8,6 % Electorat 2007

Aux sources du renouveau frontiste : diaspora sarkozyste... et autres

La fusion du présent sondage et du précédent permet notamment de disposer d’effectifs suffisants pour analyser les parcours électoraux des Français qui souhaitent, aujourd’hui, la victoire présidentielle de Marine Le Pen :

Bien évidemment il existe une filiation avec l’électorat de 2007 : 83 % des électeurs Jean-Marie Le Pen au premier tour de 2007 souhaitent aujourd’hui une victoire de Marine Le Pen ;

Pour leur part, les nouveaux soutiens lepénistes les plus importants numériquement sont des électeurs sarkozystes déçus : 21 % des électeurs de Nicolas Sarkozy en 2007 souhaitent aujourd’hui une présidence Marine Le Pen ; ce score est particulièrement élevé en regard des ambitions originelles du candidat Sarkozy face à l’extrême droite, en 2006-2007 ;

Plus largement, les nouveaux soutiens de Marine Le Pen émanent de l’ensemble des sensibilités républicaines : 13 % des électeurs Bayrou de 2007, 11 % des électeurs Royal souhaitent une présidence Marine Le Pen.

Le réveil du lepénisme s’apparente donc en priorité au constat d’échec de la politique du résultat, du volontarisme affiché par le candidat Sarkozy en 2007. Cette dimension éclaire la double aspiration à la protestation et à la demande d’améliorations tangibles. Concrètement, il est frappant de constater le phénomène de diaspora qui affecte les électeurs Sarkozy de 2007 : seuls 57 % d’entre eux souhaitent que leur favori d’alors soit toujours président de la République, et 40 % ne le souhaitent pas. Outre les souhaits de présidence Le Pen, 40 % des électeurs sarkozystes de 2007 déclarent souhaiter une présidence Strauss-Kahn, et 23 % une présidence Borloo.

De façon complémentaire, le réveil de l’extrême droite s’explique par l’extinction des ambitions de « rupture » qu’avaient portés les trois principaux candidats de 2007 (Royal, Bayrou, Sarkozy). Désormais, alors que revient le temps de styles plus conventionnels, les électorats antisystèmes adhèrent moins aux figures PS, MoDem ou UMP.

A cette aune, le divorce politique de Nicolas Sarkozy est pour une large part consommé avec les Français les plus modestes : parmi les soutiens de Marine Le Pen figurent en première position les ouvriers : exactement un quart d’entre eux (25 %) souhaitent que la nouvelle présidente du Front national accède à l’Elysée. Et l’ensemble de la structure actuelle de soutien en faveur de Marine Le Pen ressemble, à s’y méprendre, à la structure de l’électorat de Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002 (tableaux page 17) : moins de dix ans plus tard, nous assistons sur ce point au retour de l’histoire.
Le réveil du FN est pour une large part, mais pas uniquement, un échec sociologique de la politique sarkozyste.

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