viavoice-log300

Toutes les études publiées, par dates de publication

Description

Pour sortir de la défiance française :
briser la spirale économique et sociale, dépasser le politique

Les Français sont considérés comme l’un des peuples les moins confiants au monde pour leur avenir alors même que, malgré la crise et son ampleur, la France dispose d’atouts majeurs. Cette étude Viavoice pour Libération a été réalisée pour livrer un éclairage sur la nature de ce « mal français » et discerner des pistes des « sortie de crise » pertinentes selon l’opinion. Elle révèle le caractère très massif de la défiance en France, ses racines jugées principalement économiques, et pour en sortir la volonté de briser une spirale économique et sociale jugée dépressive.

Une défiance en l’avenir particulièrement massive

Les trois quarts (73 %) des Français déclarent ne pas être « confiants » pour « l’avenir » de leur pays et pour leur avenir collectif. Si l’existence de ce pessimisme est connue, en revanche son intensité est frappante. Ce mal-être nourrit une tentation d’expatriation : un tiers (33 %) des personnes interrogées soutiennent que si elles le pouvaient, elles préféreraient « s’expatrier et vivre dans un autre pays que la France ». Ces Français sont plus volontiers des jeunes (42 % des 18-24 ans, 37 % des 25-34 ans) et des sympathisants du Front national (56 %), constituant deux profils distincts et deux univers de motivations différents.
De manière générale, ce pessimisme est prioritairement imputé à des facteurs économiques : 78 % des Français estiment qu’ils ne sont « pas confiants » en l’avenir de leur pays à cause de « sa situation économique ». Ce registre précède assez nettement la « situation politique » (47 %), plus fréquemment dénoncée par les sympathisants de droite (58 % des sympathisants UMP).

Pour rétablir la confiance : briser la spirale « chômage – impôts – coût de la vie – injustices »

Pour que la France reprenne confiance en elle, les personnes interrogées aspirent à affranchir le pays d’une spirale financière, économique et sociale dont chaque composante semble se dégrader au cours du temps :
• La situation de l’emploi compte bien évidemment parmi les plus préoccupantes (28 %, citations spontanées), loin devant le coût de la vie (11 %) ;
• Et globalement, l’ensemble des mécanismes de redistribution sont mis en cause (32 %) : la pression fiscale est dénoncée (13 %), ainsi qu’un système d’aides sociales qui semble privilégier l’assistanat (10 %).
De manière synthétique, ce qui est stigmatisé en priorité est une pression fiscale (et de cotisations sociales) croissante dont les finalités sont mal identifiées (réduction de l’endettement), dont les incapacités sont soulignées (impuissance à alléger le coût de la vie) et dont les effets pervers sont bien perçus (assistanat). De fait, seul un Français sur deux (48 %) estime que le « système social français fonctionne bien ». En filigrane, c’est donc l’ensemble de notre architecture fiscale, de redistribution et de protection sociale dont l’efficacité est mise en cause : l’« État-providence » n’apparaît plus ni juste ni suffisamment protecteur.

Une « France bloquée », ou l’insuffisance de l’action politique

Face à cette régression perçue, l’action politique suscite un discrédit tel qu’il définit l’image d’une France bloquée : une régression économique et sociale que le politique n’apparaît pas en mesure de juguler. Dès lors, les « acteurs » d’une sortie de crise, loin d’être réductibles aux dirigeants politiques (44 %) comptent tout autant les citoyens eux-mêmes (46 %) et les entreprises (41 %).

L’ambivalence française : malgré la défiance, la « chance » de vivre en France

Pour autant, malgré cette défiance en l’avenir, malgré ces tentations d’expatriation, malgré cette aspiration à repenser les flux financiers, les Français reconnaissent très massivement (82 %) la « chance de vivre en France ». Atouts comparés avec d’autres pays, art de vivre, succès des grandes entreprises et dynamisme des PME, innovation, comptent parmi les atouts reconnus, ainsi que, paradoxalement, les bénéfices personnels retirés d’un système de protection sociale (minima sociaux, retraite, santé) certes critiqué pour ses modalités mais toujours apprécié pour les garanties personnelles qu’il procure.

François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

Télécharger en pdf le Sondage Viavoice - Libération septembre 2013 pdf.jpg