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L’état de grâce inattendu

A quatre semaines de l’élection de François Hollande, à une semaine des législatives, quelle est la nature du rapport de forces politiques ?

A quatre semaines de l’élection de François Hollande, à une semaine des législatives, quelle est la nature du rapport de forces politiques ? Beaucoup ont souligné l’ampleur des contraintes qui pèsent sur le nouvel exécutif, la modération des espoirs, la victoire d’une gauche portée par l’antisarkozysme, la prudence du nouveau président. Ce cru 2012 serait en quelque sorte un scrutin d’une nature inédite, une élection (et plus encore une alternance) sans état de grâce.

En réalité, les données enregistrées dans le cadre de ce sondage Viavoice réalisé pour Libération révèlent l’existence, ou peut-être l’installation d’un état de grâce. Et si, une fois encore, François Hollande volontiers sous-estimé surprenait plus positivement qu’anticipé ?

 

Le nouvel exécutif : un « état de grâce »

Le score concernant le nouveau chef de l’Etat est particulièrement élevé : avec 62 % de popularité, François Hollande obtient un résultat comparable, voire meilleur à celui de Nicolas Sarkozy après son élection en 2007 (57 % les 11 et 12 mai 2007, 63 % les 22 et 23 juin 2007).

La caractéristique d’un état de grâce, manifeste aujourd’hui en faveur de François Hollande, consiste à transgresser les clivages traditionnels : le président de la République est aussi bien soutenu par les ouvriers (62 %) que par les cadres (69 %), par les sympathisants de gauche (91 %), que par une majorité des sympathisants MoDem (68 %), et même par de fortes minorités des sympathisants UMP (25 %) et Front national (34 %).

 

Ces bons chiffres s’expliquent d’abord par la personnalité et le style du nouveau président de la République.

Ils s’expliquent ensuite par les niveaux élevés de confiance accordés au nouvel exécutif pour les politiques à venir : 72 % des Français font confiance à François Hollande et au nouveau gouvernement pour « améliorer la situation de l’Education nationale », 72 % également pour « trouver des accords avec les syndicats », 56 % pour « relancer la croissance », 53 % pour limiter les plans sociaux. Et y compris sur des enjeux à propos desquels le scepticisme prévaut généralement, la moitié des Français accordent leur confiance au nouvel exécutif : 49 % concernant l’amélioration de la situation « de la zone euro », 49 % concernant la réduction « des déficits publics », 48 % concernant la réduction du « chômage ».

Ces bons résultats s’expliquent encore par les avancées jugées volontiers plus substantielles qu’imaginées concernant notamment la croissance en Europe (Angela Merkel), les relations avec Barack Obama. Enfin l’annonce d’une possible intervention militaire en Syrie est soutenue par une majorité de Français.

Cet état de grâce s’explique enfin, en contrepoint, par la situation difficile qui prévaut à droite, ne serait-ce qu’en termes de leadership. Invités à citer le nom du leader souhaité pour la droite à l’avenir, les interviewés ne font pas apparaître une personnalité qui devancerait nettement les autres : le premier cité, François Fillon, ne recueille que 19 % des réponses, devançant Alain Juppé (16 %) et Nicolas Sarkozy (12 %). Jean-François Copé, en dépit de son statut de Secrétaire général de l’UMP, n’obtient que 5 % des réponses. Et y compris auprès des seuls sympathisants UMP, la première personnalité citée (François Fillon) ne recueille que 32 % des réponses.

 

Législatives : un large désir de gauche, mais sans que l’hypothèse d’une cohabitation soit condamnée

Lors des législatives, les Français souhaitent massivement une victoire de la gauche : à 59 %. Bien évidemment ce score ne saurait être confondu avec une intention de vote : il procède d’une préférence (pas d’une intention de comportement) et est obtenu auprès de l’ensemble des personnes interrogées (pas uniquement auprès des inscrits ayant l’intention d’aller voter) : il traduit le souhait de l’opinion française.

En revanche deux risques apparaissent pour la gauche. Le premier risque est celui d’une confiance excessive en sa propre victoire : les deux tiers des Français (67 %) et plus encore 85 % des sympathisants de gauche, pensent que la gauche va gagner ces élections législatives. Cette assurance constitue un risque de démobilisation.

En second lieu, et de façon singulière, l’idée de cohabitation n’est pas massivement rejetée : si 51 % des Français estiment qu’une cohabitation, au soir du 17 juin, serait une « mauvaise chose pour la France », près d’un sur deux également (47 %) pense qu’il s’agirait d’une « bonne chose ». L’accueil positif réservé à l’hypothèse d’une cohabitation émane certes prioritairement des sympathisants UMP (74 %) et Front national (65 %) ; il est important parmi les sympathisants MoDem (47 %) ; mais il est également présent au sein de la gauche (27 %), en priorité au sein de la gauche radicale mais également auprès d’une nette minorité de sympathisants socialistes   (22 %).

L’idée d’une cohabitation présente ainsi des charmes distincts : présence au pouvoir pour les sympathisants de droite qui redoutent d’être dans l’opposition, union nationale pour ceux qui estiment que face à la crise la France doit fédérer ses forces, ouverture politique pour des sympathisants de gauche qui n’attendent pas pour leur camp une détention monopolistique du pouvoir.

Pour François Hollande et le Parti socialiste, l’état de grâce, aussi bienvenu soit-il, n’affranchit pas d’un nécessaire plaidoyer en faveur des vertus de la cohérence en politique. C’est, pour une large part, une question de pédagogie.

François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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