Wednesday, 09 March 2011
Tensions sur les marchés

Description

Tensions sur les marchés internationaux et mal-être en entreprise font chuter le moral des cadres

Après trois mois consécutifs de croissance, l’indice synthétique du baromètre mensuel des cadres Viavoice – HEC – Le Figaro – France Inter baisse très significativement (8 points), tant du point de vue des perspectives macroéconomiques que des perspectives personnelles des cadres. Cette baisse est la traduction de deux dynamiques fortes qui ont marqué ce début d’année 2011 :

Une tension sur les cours des matières premières agroalimentaires, puis sur les cours du brut, en particulier en liaison avec les révolutions arabes ;

En interne au sein des entreprises, les cadres éprouvent un mal-être après deux années difficiles, et caractérisées par la crise financière puis la crise sociale (licenciements, mouvements sociaux liés aux retraites, etc.) : moins inquiets pour leur entreprise que fin 2009, ils attendent dès lors un retour par rapport à leur investissement humain : augmentations de salaires, évolution de carrière, mais aussi reconnaissance et bien-être en entreprise : si retour de la croissance il y a, les cadres veulent indéniablement en cueillir les fruits.

Recrudescence des inquiétudes macro-économiques

Les cadres expriment des inquiétudes en nette progression pour l’économie française :

Concrètement, 53 % des cadres pensent que le niveau de vie en France se dégradera dans l’année à venir, score en hausse de 6 points ; à l’inverse, 13 % pensent qu’il s’améliorera (-6) ;

De façon moins attendue, les perspectives d’emploi connaissent également une forte baisse : 59 % des cadres s’attendent à ce que le chômage augmente, résultat en hausse de 8 points. Certes cette baisse d’optimisme est à relativiser – le niveau d’inquiétude lié au chômage était plus élevé en octobre dernier, à 60 % – mais elle est significative d’un scepticisme des cadres pour les mois à venir, en dépit de chiffres gouvernementaux plutôt positifs en janvier, et, pour ce qui concerne directement les cadres, d’une amélioration des perspectives de recrutement (source : Apec).

Ces dégradations importantes des anticipations macro-économiques s’expliquent par deux facteurs :

La flambée du prix de l’essence, en liaison avec le « printemps arabe » :

Une inflation redoutée et portée par la croissance mondiale (4,4 % prévu par le FMI en 2011, contre 1,5 % dans la zone euro), impactant particulièrement les cours mondiaux des matières premières.

Ainsi, alors que la fin d’année 2010 et le mois de janvier 2011 avaient été marqués par un regain d’optimisme lié au maintien de la consommation et à la sortie des conflits sociaux, et faisaient espérer une sortie de crise plus rapide pour 2011, ces dernières semaines ont introduit une forte dose d’incertitudes macroéconomiques, laquelle éprouve les perspectives des cadres.

Des cadres en mal de reconnaissance

En lien avec cette conjoncture économique qu’ils jugent morose, les cadres sont de plus en plus nombreux à anticiper des situations difficiles pour eux-mêmes et leurs collaborateurs :

Ainsi, 36 % d’entre eux pensent ainsi que leur situation financière personnelle va se dégrader dans les prochains mois, résultat en hausse de 5 points par rapport aux données recueillies le mois dernier ;

De façon complémentaire, 64 % estiment que leurs collaborateurs ne sont actuellement « pas motivés », soit une hausse de 3 points ;

Qui plus est, 80 % jugent « faibles » leurs opportunités pour faire progresser leur carrière dans les mois qui viennent, en hausse de 3 points également.

Si ces perspectives font écho aux incertitudes économiques pour 2011, elles renvoient également à des attentes fortes des cadres envers leurs employeurs, notamment pour de meilleures rémunérations et une meilleure reconnaissance personnelle.

Ainsi à la question « Selon vous, que faudrait-il améliorer en priorité dans l’entreprise dans laquelle vous travaillez ? », déjà posée en décembre 2009 aux cadres du secteur privé,l’évolution des réponses en un peu plus d’un an est édifiante. Il apparaît que par rapport à fin 2009 les cadres sont aujourd’hui beaucoup moins inquiets pour leur entreprise que pour eux-mêmes. Concrètement leurs demandes s’orientent davantage vers :

Une amélioration des rémunérations, citée par 49 % des cadres du privé, contre 27 % il y a un an ;

Les évolutions de carrière, cités par 28 % d’entre eux contre 12 % il y a un an ;

Une amélioration qualitative du travail en commun, qui ressort à travers quatre items en forte progression : « l’organisation générale du travail », citée par 30 % des cadres (+16), « la motivation » (29 %, +13), l’ambiance également (16 %, +7), mais surtout « la considération et le respect » (28 %, +16)

En regard de l’amélioration perçue des entreprises, les cadres entendent recueillir les fruits de leurs efforts

Si la communication interne, en tête des attentes fin 2009, reste importante pour 30 % des cadres (-1), tout ce qui est lié à la santé économique des entreprises est jugé aujourd’hui moins prioritaire, qu’il s’agisse de :

La croissance de l’activité (14 % de citations, - 7 points) ;
Les relations avec les clients (11 %, - 4) ;
La rentabilité (9 %, - 6) ;
La communication externe (6 %, - 7).

Conclusion : en « sortie de crise », un redoutable effet de ciseau

L’ensemble de ces données révèlent ainsi un redoutable effet de ciseau : les discours relatifs à une « sortie de crise économique et financière » (du système et des entreprises) sont contrecarrés par le désir de voir sa situation personnelle s’améliorer. Or actuellement, ni le discours politique sur les « contraintes budgétaires », ni le contexte international poussant à la hausse les cours des matières premières, ne permettent de discerner d’amélioration significative proche pour les situations personnelles.

Pour une large part, ce que disent aujourd’hui les cadres en France est que la « sortie » de crise peut-être aussi difficile à vivre et à piloter que son paroxysme.

Télécharger en pdf le sondage baromètre des cadres - Mars 2011 Télécharger