Thursday, 25 April 2013
Un an après l’élection présidentielle,...

Description

Un an après l’élection présidentielle, la question de la justice sociale prépondérante
PF

 

 

À l’heure où les ménages reçoivent leur avis de déclaration pour l'impôt sur le revenu, et alors que le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures fiscales – sans les préciser – pour tenir les objectifs de réduction des déficits, les perspectives des Français en matière de pouvoir d’achat se dégradent fortement en ce mois d’avril. Surtout, et au-delà des difficultés liées à une conjoncture économique dégradée, c’est la promesse d’une plus grande justice fiscale qui apparaît aujourd’hui en ligne de mire. Un an après l’élection présidentielle, les Français pensent en effet que ce sont les classes moyennes, et non les personnes riches ou aisées, qui ont perdu le plus de pouvoir d’achat. De quoi alimenter les critiques de l’opposition, dénonçant un « matraquage fiscal », mais aussi conforter la position de ceux qui, au sein de la majorité, appellent à mettre en œuvre la grande réforme fiscale promise il y a un an par le candidat socialiste, et dont ils n’ont pas trouvé à leurs yeux la traduction dans les réformes effectuées depuis un an.

Pouvoir d’achat : des inquiétudes record depuis 2010

Avec près de six Français sur dix (59 %) qui s’attendent à perdre du pouvoir d’achat au cours des trois prochains mois, les inquiétudes des Français connaissent à la fois une forte hausse en seulement un mois (+10 points), et un nouveau record après les précédents de février 2011 (56 %) et octobre 2012 (57 %, après le premier plan budgétaire du gouvernement).

Cette forte dégradation peut s’expliquer par la concordance, ces dernières semaines, d’annonces anxiogènes pour les ménages (outre l’actualité des déclarations de revenus) :
• L’annonce de nouvelles mesures fiscales pour équilibrer les comptes en 2014, à hauteur de 6 milliards d’euros, sans que ces mesures soient précisées ;
• L’accord entre partenaires sociaux sur les retraites complémentaires, qui prévoit une hausse annuelle des pensions inférieure à la hausse des prix, sur laquelle elle est d'habitude indexée. Cette mesure peut expliquer les inquiétudes particulièrement fortes des retraités pour leur pouvoir d’achat (79 % d’entre eux pensent qu’il va baisser).
• Enfin, l’annonce du Haut Conseil des finances publiques, estimant que la France pourrait tomber en récession en 2013, ne permet pas d’envisager à court terme une reprise économique ou un reflux du chômage, et fait craindre en retour un renforcement de l’austérité.

Les ménages devraient privilégier l’épargne sur la consommation dans les mois à venir

Dans ce contexte difficile, la consommation des ménages devrait également se contracter si l’on en croit les intentions de dépenses des Français pour les mois à venir :
• Ainsi 50 % d’entre eux envisagent de « dépenser moins d’argent que ces derniers mois » pour l’alimentation ou l’habillement, en hausse de 15 points depuis mars. À l’inverse, ils ne seraient que 43 % à envisager de dépenser « autant d’argent », et 6 % « plus d’argent ».

À l’inverse, un certain nombre de ménages pourraient faire le choix de privilégier l’épargne : 15 % des Français souhaitent ainsi « mettre plus d’argent de côté que ces derniers mois » (+6), notamment les plus jeunes (39 % des 18-24 ans et 27 % des 25-34 ans).
Si elles se confirment, ces tendances pourraient à leur tour exercer un impact majeur sur la croissance : alors que les dépenses de l’État s’orientent à la baisse et que les entreprises connaissent des difficultés majeures, la consommation des ménages a longtemps fait figure de dernier moteur de la croissance. Depuis le début de l’année, la baisse des ventes a d’ailleurs touché de plein fouet un certain nombre de secteurs (électroménager, bricolage, alimentation…).

La fiscalité en tête des préoccupations sur le pouvoir d’achat, alors que les classes moyennes et populaires sont considérées comme les plus touchées

Plus que l’inflation, plutôt limitée ces derniers mois, la fiscalité est aujourd’hui vécue comme la menace essentielle pour le pouvoir d’achat. Elle est ainsi considérée comme une des dépenses les plus préoccupantes par un Français sur deux (49 %), devant l’essence (40 %) ou l’alimentation (37 %).

L’absence de communication claire sur les mesures fiscales à venir (rabotage de certaines niches fiscales, taxe sur le diesel, financement des réformes des retraites ou de la dépendance, etc.) explique sans doute une part de ce phénomène, une grande majorité des ménages se sentant menacés par de prochaines mesures.

Mais au-delà, c’est aujourd’hui la question de la justice sociale – et fiscale – qui fait polémique : alors que le candidat Hollande avait su se démarquer de Nicolas Sarkozy en proposant une réforme fiscale juste et redistributive, à l’inverse des mesures controversées de son prédécesseur (bouclier fiscal), il apparaît que pour une majorité de Français ce sont surtout les classes moyennes (pour 53 % d’entre eux), les retraités (32 %) et les bas salaires (29 %) qui ont perdu du pouvoir d’achat depuis un an.

A l’inverse, seules 3 % des personnes interrogées pensent que ce sont les personnes « riches ou aisées » qui ont perdu le plus de pouvoir d’achat, alors que la taxe à 75 % sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros n’est toujours pas entrée en vigueur (après avoir été censurée une première fois par le Conseil constitutionnel). Pendant la campagne présidentielle, François Hollande avait déclaré qu’il prendrait ses décisions selon « un seul critère : est-ce que c'est juste ? ». Un an après, c’est notamment la capacité des réformes menées à instaurer plus de justice sociale qui se trouve à l’épreuve de l’opinion publique.

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice