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Un désir de gauche majoritaire mais en baisse

Après une primaire consacrant François Hollande, en termes d’opinion, face à la disgrâce économique et financière de Nicolas Sarkozy, les dynamiques de leadership s’infléchiraient aujourd’hui, notamment depuis le sommet du G20.

Ce sondage Viavoice pour Libération révèle que ce diagnostic est à mettre en perspective : en toile de fond des images des présidentiables, c’est la gauche en général qui suscite moins d’engouement qu’hier. A l’adversaire Sarkozy s’est ajouté un nouvel adversaire, interne celui-ci : celui des divisions.


François Hollande et Nicolas Sarkozy : une opinion toujours nettement favorable au candidat socialiste

Sur l’ensemble des questions posées, François Hollande devance nettement Nicolas Sarkozy en vue de 2012. En évolution, le premier subit des défections mineures, et le second dispose de ralliements limités.

En termes de popularité, le chef de l’Etat obtient un score de 34 %, stable par rapport au mois dernier (33 %, +1).

En termes de souhaits de victoire présidentielle pour 2012, le candidat socialiste bénéficie d’un score de 46 % (+1 point par rapport au mois dernier), et Nicolas Sarkozy de 29 % seulement (+2). L’importance et la stabilité de l’écart entre les scores obtenus par les deux hommes (17 points ici) témoignent de la difficulté à laquelle serait aujourd’hui confronté l’actuel président de la République pour transformer un bon score de premier tour présidentiel en score de victoire au second. La base des sympathisants UMP étant limitée (19 %) et les réserves de voix en dehors de l’UMP étant faibles, Nicolas Sarkozy est confronté à une réelle difficulté à élargir ses soutiens pour franchir la barre des 50 % en vue d’un second tour de présidentielle. A l’heure actuelle, ce souhait de victoire présidentielle établi à 29 % résonne comme un potentiel de second tour singulièrement peu éloigné des intentions de vote du premier.

En termes de crédibilité pour « résoudre la crise financière de la France », le candidat socialiste surpasse là encore nettement le chef de l’Etat : 43 % des personnes interrogées feraient « plutôt confiance » à « François Hollande, s’il était élu président de la République en 2012 », et 35 % à « Nicolas Sarkozy, s’il était réélu en 2012 ». A noter que 22 % ne font spontanément confiance ni à l’un, ni à l’autre.

Au total, l’intense détermination internationale, politique et médiatique du chef de l’Etat face à la crise (intervention télévisée du 27 octobre sur TF1 et France 2, G20 et intervention télévisée avec Barack Obama, sommet Sarkozy-Merkel-Monti la semaine dernière) a certes produit quelques effets en sa faveur, mais révèle également ses limites. L’effet d’aubaine en termes d’image est nettement contrarié par l’absence de résultats et de perspectives concrètes, que ce soit lors du sommet du G20, ou lors du sommet Sarkozy-Merkel-Monti, qui plus est conclu par un ralliement des positions françaises sur celles de l’Allemagne (BCE).


Souhaits de victoire : une gauche toujours en tête mais, pour la première fois depuis 2010, sous la barre des 50 %

En revanche, c’est la notion de gauche qui souffre aujourd’hui de cette dernière séquence. En vue de la présidentielle de 2012 :
- 49 % des Français souhaitent la victoire de la gauche, contre 53 % en août dernier. Ce résultat de 49 % constitue une première depuis 2010 : depuis que Viavoice pose cette question pour Libération, le score avait jusqu’ici toujours été supérieur à 50 % ;  cette comparaison est d’autant plus importante qu’elle n’est pas uniquement réalisée en regard de « l’état de grâce » connu par François Hollande au lendemain de la primaire ;
- 46 % « estiment que la gauche gagnera l’élection présidentielle de 2012 », contre 52 % en août.

Certes, le rapport de forces gauche-droite demeure favorable à la gauche : en termes de souhaits de victoire, un différentiel de 10 points apparaît au bénéfice de celle-ci. Ce différentiel est notamment alimenté par l’importance des différences perçues entre le « projet Hollande » et le « projet Sarkozy » : 62 % des personnes interrogées jugent ces différences « importantes ». Pour mémoire, lors de la campagne de 2002, 75 % des Français estimaient que les projets Jospin et Chirac ne présentaient pas de différences significatives (sondages Louis-Harris pour Libération).


La gauche, d’un adversaire à l’autre : de Nicolas Sarkozy à « l’adversaire intérieur » que constituent les divisions

Mais aujourd’hui la gauche souffre du réveil de ses divisions. Ironie de Jean-Luc Mélenchon contre François Hollande, tensions entre socialistes et écologistes lors de l’élaboration de l’accord de gouvernement et électoral PS-EELV, difficultés d’Eva Joly à indiquer son soutien à François Hollande pour le second tour de la présidentielle : une partie de la gauche renoue avec des tentations centrifuges. Désormais, 57 % des Français estiment que « la candidature d’Eva Joly à la présidentielle » constitue « plutôt un risque pour la gauche qui pourra apparaître divisée ». Les sympathisants de gauche eux-mêmes voient un « risque » en cette candidature (à 53 %), et parmi les sympathisants EELV, seule une majorité de 56 % y voit une « chance pour la gauche, toutes ses sensibilités [devant] être représentées ».

Et si les divisions internes constituaient pour la gauche un adversaire plus menaçant que Nicolas Sarkozy ? Après trois défaites présidentielles, ses sympathisants sont moins que jamais enclins à tolérer une nouvelle guerre des gauches. Cette séquence post-primaire a fait resurgir le spectre des divisions, qui érode aujourd’hui les souhaits de victoire.
La gauche ne peut probablement pas se permettre de payer, mois après mois jusqu’aux 22 avril et 6 mai, de telles factures d’opinion.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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