Friday, 23 April 2010

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Un bilan Sarkozy massivement négatif, Villepin en tête pour l’avenir
Nicolas Sarkozy va célébrer ses trois premières années à l’Elysée : les 22 avril et 6 mai 2007, le candidat UMP était élu président de la République. Et l’heure du bilan est synonyme, pour l’opinion, de désenchantement.

La crise économique, le style personnel, l’ubiquité, l’absence de vision ont tour à tour été mises en causes. Mais ce que révèle aujourd’hui notre nouvelle livraison Viavoice pour Libération va au-delà : l’image de Nicolas Sarkozy est au plus bas, son bilan à l’Elysée est massivement décrié, et Dominique de Villepin le devance comme espoir de la droite pour demain.

Record de défiance contre Nicolas Sarkozy

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy les résultats n’avaient jamais été aussi désastreux : 62 % des Français déclarent éprouver une opinion « négative » concernant le chef de l’Etat (dont 34 % « très » négative) et seulement 35 % une opinion « positive » (dont 9 % « très » positive), soit une baisse de 2 points par rapport aux données enregistrées le mois dernier, et de 9 points par rapport à celles du mois de janvier.
Ironie de l’histoire, François Fillon, l’« homme de l’ombre » voit sa propre popularité stabilisée à 47 % (+1), distançant de 12 points celle du président.

Un bilan massivement considéré comme négatif

Ce discrédit envers Nicolas Sarkozy s’explique, pour une large part, par le jugement porté sur trois années de présidence Sarkozy : 66 % des Français estiment que « ces trois années de présidence Sarkozy » ont été « un échec », contre seulement 25 % d’un avis contraire. A titre indicatif, Viavoice avait posé cette même question après un an de présidence Sarkozy : à l’époque, en avril 2008, 59 % des Français estimaient que la première année avait été « un échec ». En deux ans, le divorce entre Nicolas Sarkozy et l’opinion s’est encore creusé. Et les critiques relèvent notamment de quatre ordres :

Les Français reprochent prioritairement et massivement à Nicolas Sarkozy son manque de résultats : 70 % ne sont « pas satisfaits » des « résultats obtenus » ;
Sa « présence dans les médias » est ensuite mise en cause (61 %) ;
A équivalence, ses « orientations politiques » sont stigmatisées (60 %) ;
Enfin le « style personnel » est décrié (57 %).

Ainsi le jugement porté par les Français est-il d’autant plus sévère qu’il concerne autant le fond (en priorité les résultats obtenus, puis les choix politiques) que la forme (style de gouvernance : présence dans les médias, style personnel). Et les deux critiques entrent bien évidemment en
résonnance : l’insuffisance des résultats perçus n’incite pas l’opinion à l’indulgence concernant la forme.

Pour l’avenir : Villepin devance Sarkozy

Ce discrédit concernant Nicolas Sarkozy entraîne une implication politique majeure : pour « représenter la droite au cours des années qui viennent », les Français font davantage confiance à Dominique de Villepin (24 %) qu’à Nicolas Sarkozy (20 %). Alain Juppé est cité en troisième position avec le score, important, de 16 %.
Ces résultats sont édifiants sur ce qu’il disent de l’état du sarkozysme en France aujourd’hui. Villepin est l’incarnation, à droite, de l’anti-sarokozysme : le concurrent politique, l’antithèse de style, l’opposé concernant la conception de la fonction présidentielle et, bien évidemment, le rival de Clearstream. Voir aujourd’hui, après trois années de sarkozysme au pouvoir, Villepin devancer Sarkozy, résonne comme un retournement de l’histoire.
Et à sa manière, Alain Juppé complète ce tableau. Juppé le chiraquien, remercié de ses fonctions ministérielles par Nicolas Sarkozy en 2007, aussitôt qu’après avoir été nommé, Juppé peut aujourd’hui s’enorgueillir de figurer au tableau d’honneur des espoirs pour la droite de demain.
Certes, aux yeux des sympathisants UMP, Nicolas Sarkozy (49 %) devance toujours Alain Juppé (14 %) et Dominique de Villepin (12 %). Et certes, une majorité de Français (52 %) reconnaît toujours en Nicolas Sarkozy le « leader de la droite ». Mais ces digues apparaissent bien fragiles face au flot des contestations.

Le crédit croissant des présidentiables socialistes

A gauche, pour ce qui les concerne, la plupart des présidentiables socialistes enregistrent des progressions de popularité. En particulier :

La popularité de Martine Aubry progresse de 4 points (à 53 %), dans le sillage des élections régionales, dans le contexte de son voyage en Inde et de ses prises de position concernant la réforme des retraites ;
La popularité de Ségolène Royal conquiert 3 points (à 41 %), à la faveur là encore des élections du mois de mars et de l’implication de la présidente du Conseil régional après la tempête Xynthia.

Dominique Strauss-Kahn (57 %, +2) et François Hollande (42 %, + 2) confortent également leurs positions, aux premier et troisième rangs du palmarès de ces quatre leaders.
Pour Nicolas Sarkozy, l’anniversaire de ces trois années à l’Elysée signe un acte de décès : le sarkozysme de 2007, en faveur duquel les Français s’étaient prononcés, est désormais condamné par l’opinion, et le rival absolu, Dominique de Villepin, a su renaître de ses cendres au point désormais de devancer Nicolas Sarkozy pour représenter la droite de demain.

La présidentielle de 2012 reste bien évidemment à écrire. Mais, au coeur de ce quinquennat, une page se tourne.

Télécharger en pdf le sondage Viavoice - Libération - Avril 2010