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Études ponctuelles

Description

Important crédit en faveur de Marine Le Pen

La force d’entraînement d’un système d’opinions, ou l’effet tourbillon du lepénisme.

Cette campagne présidentielle de 2012 est sans précédent. Par la vigueur de la crise économique, sociale et financière, par l’ampleur du discrédit du président sortant, par l’avantage dont la gauche peut aujourd’hui se prévaloir, 2012 s’annonce différent de tous les autres scrutins. Mais la singularité de cette élection tient également au « phénomène » Marine Le Pen, que nous avons cherché ici à mieux connaître et comprendre.

Cette étude d’opinion réalisée par Viavoice pour Libération à près de cent jours du premier tour révèle à la fois l’ampleur de ce phénomène Marine Le Pen, polymorphe, et l’une de ses racines majeures : une force d’entraînement d’un système d’opinion, un « effet tourbillon ».

Marine Le Pen : un phénomène d’opinion majeur et polymorphe

A la lecture des résultats de cette étude, le phénomène d’opinion Marine Le Pen apparaît particulièrement important dans la société française, et se déploie sur quatre registres :

- Le premier est celui de la proximité partisane : il comprend les personnes qui s’estiment « proches » du « Front national », et fédère 6 % des interviewés ;

- Le deuxième est celui des souhaits de victoire présidentielle en faveur de Marine Le Pen : il inclut l’ensemble des personnes qui souhaitent que la candidate frontiste accède à l’Elysée (et pas uniquement au second tour de la présidentielle), et regroupe aujourd’hui 15 % des répondants ;

- Le troisième est celui des personnes qui envisagent de voter pour Marine Le Pen, avec certitude ou « probablement » ; cet ensemble compte 18 % des sondés ;

- Le quatrième, bien plus vaste, englobe toutes celles et ceux qui accordent leur confiance à la présidente du Front national, pour un motif ou un autre ; et à ce titre, les scores enregistrés se révèlent particulièrement élevés : 34 % lui « font confiance » pour « bien exprimer les problèmes des gens », 26 % pour « proposer de bonnes solutions pour la France », 26 % également pour « exercer des responsabilités gouvernementales » ; en revanche, « seuls » 17 % lui font confiance pour « sortir l’Europe de la crise ».

Diffusion du crédit de Marine Le Pen parmi les sensibilités politiques « de gouvernement »

Ce qui est très frappant est, de ce fait, la capacité de Marine Le Pen à sensibiliser une part non négligeables des personnes se déclarant par ailleurs proches des partis politiques de gouvernement : 39 % des sympathisants UMP font « confiance » à Marine Le Pen pour « bien exprimer les problèmes des gens », et 30 % pour « proposer de bonnes solutions pour la France ». Et la gauche n’est pas exonérée de cette pénétration : 20 % des sympathisants socialistes font « confiance » à Marine Le Pen pour « bien exprimer les problèmes des gens », et 15 % pour « proposer de bonnes solutions pour la France ».

A la racine du succès lepéniste : la force d’entraînement d’un système d’opinions

L’audience que recueillie Marine Le Pen s’explique pour une large part par un système d’opinions qui se confortent mutuellement : un « effet tourbillon » dont les opinions s’enchaînent :

1.La première opinion est un constat très critique sur la situation économique et sociale de la France et des Français en cette période de crise. « C’est un bordel complet » résume un électeur de Marine Le Pen ;
2.La deuxième opinion est protestataire : « face aux dirigeants politiques au pouvoir », 82 % des électeurs potentiels de Marine Le Pen lui font confiance pour « exprimer un fort mécontentement » ;
3.La troisième opinion consiste en l’installation d’une alternative, puisque gauche et droite de gouvernement n’inspirent plus confiance : 80 % des électeurs de Marine Le Pen lui font confiance pour « proposer de bonnes idées pour la France » ; à ce stade, le « vote Le Pen » est à parts égales protestataire et réformateur ;
4.La quatrième opinion est celle des solutions, lesquelles passent souvent, selon les électeurs frontistes interrogés, par une mise en cause des étrangers. Un ouvrier, électeur lepéniste espère : « il y a aura plus de contrôles pour les gens qui ne travaillent pas et qui ne paient pas d’impôts. Les étrangers qui ne travaillent pas vont rentrer chez eux ».
5.La cinquième opinion est identitaire : grâce à cette politique attendue, les Français retrouveront leur identité nationale bafouée par l’immigration, mais également par les priorités européennes (la mondialisation est relativement peu citée).

Ainsi s’installe un système d’opinions qui font sens ensemble (à la condition bien évidemment d’adhérer à chacune d’elles) et détiennent un pouvoir d’attraction entraînant vers le vote Le Pen : « social - protestation – réforme – refus de l’étranger – identité française retrouvée ».

Le cœur en est une solide articulation entre « le social » et « la nation » : un ressort classique de l’extrême droite mais aujourd’hui conforté par la crise, et facilité par une Marine Le Pen jugée « plus crédible » que son père par 68 % des Français et 87 % de ses électeurs potentiels.

Souhaits de victoire présidentielle : Hollande toujours en tête mais en repli, Bayrou en progression

Dans ce contexte, les souhaits de victoire à l’élection présidentielle évoluent notablement par rapport aux données recueillies fin novembre. François Hollande demeure toujours largement en tête, mais en repli de 5 points, à 41 %. Nicolas Sarkozy s’établit à 31 % (+2) et François Bayrou accomplit la plus nette progression à  26 % (+6 points). A cet égard, les souhaits de victoire présidentielle en faveur du chef de l’Etat et du candidat MoDem se rapprochent. Si bien évidemment les intentions de vote en faveur des deux hommes demeurent éloignées, cette convergence des souhaits de victoire consacre une inflexion des rapports de force politiques.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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