Thursday, 12 March 2009

Description

Quel est l’impact politique de la crise sur l’électorat sarkozyste ? Face à la crise, cette majorité de Français qui a élu Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007 se mobilise-t-elle aujourd’hui derrière son leader, ou prend elle au contraire ses distances, éprouvée par les mauvais résultats de l’économie française, et par les concessions sociales récentes, que celles-ci soient jugées insuffisantes ou au contraire excessives (par un électorat libéral) ?

Ce nouveau sondage réalisé par Viavoice pour Libération révèle que :

  • Dans leur ensemble, les Français se déclarent solidaires des mouvements sociaux et défiants envers Nicolas Sarkozy ;
  • Pour sa part, l’électorat sarkozyste apparaît très divisé face aux mouvements sociaux, mais conserve sa confiance politique à son leader.



Des Français solidaires des mouvements sociaux, et défiants envers l’exécutif


La journée de mobilisation du jeudi 19 mars est, pour l’instant, populaire aux yeux du grand public : 62 % des Français se déclarent « solidaires » de ces mouvements sociaux ; cet assentiment s’élève à 73 % auprès des ouvriers, à 81 % auprès des sympathisants de gauche et 72 % auprès des sympathisants Modem.
Cette solidarité s’explique par l’amplification des difficultés économiques et sociales rencontrées par les Français, mais également par la persistance des insatisfactions à l’égard de la politique présidentielle engagée face à la crise : les deux tiers des Français (66 %) se déclarent aujourd’hui insatisfaits des « actions menées par Nicolas Sarkozy face à la crise économique » ; cette proportion est identique à celle enregistrée il y a un mois, laquelle était en progression de 10 points par rapport à celle qui avait été enregistrée en janvier (56 %).

Par ailleurs, le chef de l’Etat demeure impopulaire : Nicolas Sarkozy recueille 42 % d’opinions positives, soit un score comparable à celui obtenu le mois dernier (41 %), et en repli de six points par rapport aux données enregistrées en novembre.

Autrement dit, les mesures sociales présentées par le président de la République le 18 février après la rencontre avec les syndicats (notamment l’indemnisation des salariés au chômage partiel à 75 % du salaire brut, la suppression des deux derniers tiers provisionnels d'impôt sur le revenu 2009 pour les foyers fiscaux relevant de la première tranche d'imposition) n’auront pas permis de réduire la question sociale ni de restaurer la confiance accordée à l’exécutif. Au mieux ces annonces auront-elles permis d’éviter une nouvelle dégradation de la situation sociale et politique concernant l’Elysée.


Un électorat sarkozyste divisé face aux mouvements sociaux

Dans ce contexte, l’électorat sarkozyste, c’est-à-dire les électeurs qui déclarent avoir accordé leurs suffrages au candidat UMP au second tour
de la présidentielle, se divise face aux mouvements sociaux :

  • 42 % des électeurs Sarkozy s’affirment « solidaires » des mouvements sociaux du 19 mars ;
  • 54 % d’entre eux expriment un avis opposé.

Ce clivage est important parce qu’il divise les Français de la majorité, et parce qu’il impose au chef de l’Etat une exigence de conciliation à l’égard de son propre électorat : le président de la République ne peut se permettre ni de désavouer les mouvements sociaux, ni de les satisfaire.

Sur le fond, cette divergence de vues est alimentée par les divisions de l’électorat sarkozyste quant à l’action élyséenne face à la crise :

  • 42 % des électeurs Sarkozy se déclarent insatisfaits des « actions menées par Nicolas Sarkozy face à la crise économique » ;
  • 56 % se déclarent « satisfaits ».


La fidélité politique de l’électorat sarkozyste

Pour autant, ces divergences de l’électorat sarkozyste ne se prolongent pas en un clivage politique :

  • En termes de popularité, le président de la République recueille le soutien des trois quarts (75 %) de son électorat de 2007 ; seuls 23 % des électeurs Sarkozy de 2007 déclarent avoir une opinion « négative » du chef de l’Etat ;
  • En termes de regrets électoraux, l’immense majorité (79 %) des personnes déclarant avoir voté Sarkozy ne « regrettent pas » leur choix électoral de la présidentielle ; invités à indiquer librement les raisons de cette fidélité, les personnes interrogées font volontiers référence au « courage » et au « dynamisme » du chef de l’Etat ; beaucoup estiment que Nicolas Sarkozy est « le meilleur », par comparaison avec la gauche ou avec les leaders politiques précédents : « personne ne pourra faire mieux », résume un sympathisant UMP. Seuls 18 % des électeurs Sarkozy « regrettent » d’avoir voté pour ce candidat ; les motivations spontanées du regret renvoient volontiers à l’absence de résultat, ou au décalage entre les promesses du candidat, et la réalité constatée aujourd’hui.

De façon singulière, les mouvements sociaux actuels n’induisent pas un clivage « traditionnel » entre gauche et droite. Ils bénéficient de la solidarité des sympathisants de gauche, des sympathisants Modem, et d’une forte minorité de l’électorat sarkozyste de 2007, emportée par les préoccupations liées à la crise. Cette ligne de fracture atypique éclaire, pour partie, le positionnement du président de la République, certes toujours défenseur de la valeur travail et de l’effort, promoteur d’un plan de relance par l’investissement, mais également attentif aux concessions sociales : il ne s’agit pas uniquement d’une attention aux opposants de gauche, mais d’une réponse aux divergences de son propre électorat.


François Miquet-Marty,
Viavoice

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice - Libération  du 11 Mars 2009