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Études ponctuelles

dimanche, 08 février 2009

Description


Nicolas Sarkozy a-t-il repris la main ? Son intervention radio-télévisée de jeudi dernier, en réponse aux mouvements sociaux du 29 janvier, s’inscrivait dans le contexte difficile d’inquiétudes économiques et sociales, d’attentes en faveur du pouvoir d’achat et de l’emploi, de scepticisme concernant l’action engagée par l’exécutif face à la crise, et de souhaits en faveur d’une meilleure régulation du capitalisme.

Le chef de l’Etat a apporté des réponses à ces attentes. Mais le discours présidentiel n’a pas suffisamment convaincu : notre nouveau sondage Viavoice réalisé pour Libération révèle que l’image l'image de l’exécutif, loin de sortir grandie après l’intervention présidentielle, est l'exécutif, l'intervention nettement plus dégradée et que, pour une majorité de Français, les mouvements sociaux apparaissent opportuns. Plus profondément, dans le contexte de crise économique, ce désaveu affecte également la gauche de gouvernement, et installe des conditions favorables à la montée des extrémismes et des sensibilités contestataires.


Nicolas Sarkozy : le choc de défiance

Bien que les interviews du sondage aient été intégralement réalisées au lendemain de l’intervention présidentielle, Nicolas Sarkozy subit un véritable choc de défiance : seuls 41 % des Français émettent désormais une opinion positive à son endroit, soit un repli de 5 points par rapport au score du mois dernier, et de 7 points par rapport à celui de novembre. Et ce sont les Français dont la situation économique est la plus modeste qui retirent le plus massivement leur soutien : le chef de l’Etat ne recueille plus que 34 % d’opinions positives auprès des ouvriers, résultat en baisse de 14 points par rapport aux données enregistrées en janvier. Ces déficits d’image sont particulièrement inhabituels au lendemain d’une intervention médiatique de Nicolas Sarkozy.

Concrètement, les Français apparaissent de plus en plus sceptiques à l’égard de l’action engagée par le chef de l’Etat face à la crise : 66 déclarent ne pas être « satisfaits » des « actions menées par Nicolas Sarkozy face à la crise économique », soit une progression des insatisfactions de 10 points par rapport aux données relevées le mois dernier.

Dans le sillage du président de la République, le Premier ministre voit lui-même son image se dégrader ; François Fillon enregistre une popularité de 44 %, en baisse de 4 points par rapport à janvier, et de 10 points par rapport à novembre.


L’opportunité des mouvements sociaux

Ce contexte d’impatiences économiques et sociales, et de déceptions politiques, plaide en faveur des mouvements sociaux. Concrètement, l’une des questions qui se posent est celle de l’opportunité des mouvements sociaux en période de crise : faut-il considérer que la crise engendre des difficultés sociales qui justifient les mouvements de contestation ou, au contraire, que les rigueurs de la crise imposent un surcroît de mobilisation professionnelle ? Sur ce point, les Français ont tranché : 53 % estiment que c’est « justement le moment de faire des mouvements sociaux », seulement 38 % se rangeant à l’opinion inverse. Pour l’essentiel, cette lecture s’explique par des clivages politiques majeurs : les sympathisants de gauche militent massivement (74 %) en faveur de la contestation, alors que les Français favorables à l’apaisement sont les sympathisants de droite (69 %) et, plus encore, les sympathisants UMP (73 %).


La mise en cause relative de Nicolas Sarkozy, ou le terreau retrouvé des extrémismes

Sur le fond, cependant, il est nécessaire de relativiser la mise en cause actuelle du chef de l’Etat dans l’opinion

D’abord parce que les Français ne tiennent pas sa politique pour responsable des difficultés actuelles : seules 14 % des personnes interrogées considèrent que « la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement » est « principalement responsable » des « difficultés économiques actuelles de la France » ; en revanche les Français incriminent largement les « dérives du système financier mondial » (57 %) ;

Ensuite parce que l’opposition de gauche ne peut pas se targuer de réussir là où le président échoue : seules 23 % des personnes interrogées estiment que le « contre-plan de relance » présenté par le Parti socialiste est « crédible » ; 54 % ne le jugent « pas crédible », et 20 % déclarent spontanément ne pas suffisamment le connaître pour pouvoir se prononcer. Qui plus est, seuls 37 % des sympathisants de gauche jugent « crédible » le contre-plan de relance socialiste.
Ainsi les résultats de cette enquête ne sont-ils pas uniquement inquiétants pour l’exécutif, mais bien pour les sensibilités de gouvernement, de droite comme de gauche. Ils signifient, en un mot, que les Français ne font aujourd’hui confiance ni à la droite, ni à la gauche, pour faire face au contexte actuel. Crise économique, inquiétudes pour l’avenir, défiance envers les formations de gouvernement : il s’agit là d’un scénario déjà rencontré lors de périodes sombres de l’histoire. Des sensibilités centristes peuvent certes en bénéficier, mais également des sensibilités ou des leaders à l’image plus contestataire (Daniel Cohn-Bendit, José Bové) et, surtout, les extrémismes anti-systèmes. Si l’extrême-droite n’a pas résolu ses enjeux de leadership, l’extrême-gauche est plus que jamais en position de force, et en particulier celle qui dispose d’un homme pouvant apparaître comme providentiel (Olivier Besancenot) et d’une formation nouvelle (le NPA).



François Miquet-Marty,
Viavoice

Télécharger en pdf le Baromètre Viavoice - Libération du 08 Février 2009