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La gauche est en situation politique favorable mais n’apparaît pas plus convaincante que la droite face à la dette

Comment s’établit le rapport de forces gauche-droite pour cette rentrée 2011 ? A quelques semaines de la primaire socialiste (9 et 16 octobre), à quelques mois de la présidentielle, la crise majeure de la dette réduit-elle les souhaits de victoire en faveur d’une gauche traditionnellement accusée par ses détracteurs d’être trop dispendieuse ?
Ce sondage Viavoice - Libération révèle que le rapport de forces gauche-droite demeure en réalité nettement favorable à la gauche même si, pour réduire la dette publique, la gauche n’inspire pas plus confiance que la droite.


La gauche en situation politique favorable

Le rapport de forces politiques est largement favorable à la gauche :
- Pour 2012, les Français souhaitent davantage la victoire de la gauche que celle de la droite :   53 % des personnes interrogées contre 37 %, souhaitent « que la gauche gagne la prochaine élection présidentielle » ; ce score témoigne d’une capacité de résistance des espoirs placés en la gauche, puisqu’il est comparable à celui qui était enregistré il y a un an exactement, fin août 2010 (55 % contre 35 %) : ni « l’affaire DSK », ni aujourd’hui la crise de la dette n’ont entamé le désir d’un retour de la gauche au pouvoir ;
- Pour ce qui concerne les présidentiables, plusieurs leaders de la gauche bénéficient pour 2012 de souhaits de victoire supérieurs à ceux attribués à Nicolas Sarkozy : 47 % des Français « souhaitent » que François Hollande soit « le prochain président » de la République, et 39 % concernant Martine Aubry. Tous les deux devancent ainsi nettement Nicolas Sarkozy, dont 29 % des Français souhaitent la réélection. Qui plus est, ce score obtenu par le président sortant est relativement peu éloigné de ceux que recueillent François Bayrou (25 %), mais encore Ségolène Royal (22 %) ou Jean-Louis Borloo     (22 % également).

Ces souhaits politiques en faveur de la gauche pour 2012 s’expliquent notamment parce que la gauche bénéficie d’un capital de confiance en matière de justice sociale : les Français font davantage confiance « à la gauche, si elle était au pouvoir », pour « réduire les inégalités » (62 %, contre 16 % en faveur de la « droite au pouvoir »), pour « augmenter le pouvoir d’achat » (50 % contre 22 %), pour « réformer la fiscalité » (49 % contre 28 %), pour « réduire le chômage » (46 % contre 23 %). Toutefois, sur cet enjeu important du chômage, la majorité recueillie en faveur de la gauche n’est que relative.


La gauche n’apparaît pas plus convaincante que la droite face à la dette

En revanche, face à la dette publique, la gauche n’apparaît pas plus convaincante que la droite : seulement un tiers des Français (34 %) font confiance à la gauche si elle était au pouvoir pour « réduire la dette de l’Etat », un tiers à la droite (35 %) et 31 % ne font confiance ni à la gauche, ni à la droite, ou ne se prononcent pas. Concernant l’endettement public, les responsabilités sont généralement imputées aux dirigeants de gauche comme de droite depuis le début des années 1980, et la capacité des uns ou des autres à réduire véritablement cette dette est considérée avec suspicion.

Globalement, une large majorité de Français (62 %) estiment que « face à la crise, si la gauche était au pouvoir aujourd’hui », elle « ne ferait pas mieux que la droite » (contre  29 % seulement d’un avis inverse). Et de façon singulière, à peine la moitié des sympathisants de gauche (47 %) considèrent que leur propre camp ferait mieux que la droite. Ce discrédit de la gauche « face à la crise », « aujourd’hui » est alimenté par deux facteurs :
- Le manque de confiance accordé à la gauche pour réduire l’endettement, enjeu qui surdétermine l’actualité ;
- Le fait qu’une partie des Français soutiennent la gauche davantage par défaut que par conviction, en regard des déceptions générées par la politique Sarkozy.


Pour l’Elysée, la difficile reconquête de l’opinion

En regard de ces évolutions à gauche, l’Elysée peine à concrétiser une forte reconquête de l’opinion. La popularité de Nicolas Sarkozy s’établit désormais à 36 %, soit une progression de deux points par rapport au résultat obtenu en juillet. Certes, la progression est de 6 points par rapport aux données enregistrées en juin, mais le président de la République demeure largement impopulaire (59 %).
Concrètement, la présence du chef de l’Etat aux côtés des forces armées en Afghanistan (12 juillet), ses hommages aux militaires défunts, son implication lors du sommet de la zone euro (21 juillet) puis avec Angela Merkel (17 août) pour apporter des réponses à la crise de la dette ne permettent pas à Nicolas Sarkozy de retrouver, pour l’instant, le lustre d’opinion dont il bénéficiait lors de la campagne présidentielle de 2007. Son bilan apparaît volontiers trop pénalisant. A huit mois du scrutin, la route de 2012 se présente encore comme un long chemin.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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