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La nouvelle donne après la primaire à gauche et face à la crise de l’euro

État de grâce pour François Hollande,
disgrâce économique et financière pour Nicolas Sarkozy


Les opinions semblaient établies : les contempteurs de la primaire à gauche envisageaient un désastre sur l’image des prétendants à l’Elysée, et la droite se considère traditionnellement comme une gestionnaire économique et financière plus crédible que la gauche.
Or aujourd’hui, sur ces deux registres, ce sont les scénarios inverses qui se produisent : après la primaire François Hollande bénéficie d’un état de grâce singulier, et dans l’actualité des sommets européens face à la crise grecque Nicolas Sarkozy souffre d’une sévère disgrâce en matière économique et financière.


François Hollande : un « état de grâce »... préalable à l’élection présidentielle

En vue de 2012, François Hollande bénéficie de scores léonins : 45 % des Français souhaitent qu’il soit président de la République (27 % concernant Nicolas Sarkozy), et  75 % anticipent sa victoire (41 % concernant Nicolas Sarkozy). A titre de comparaison, en mars dernier, 27 % des Français désiraient la victoire présidentielle de François Hollande, soit une progression de 18 points ; et 26 % anticipaient sa victoire, soit une hausse spectaculaire de 49 points en un semestre.

Cette situation d’opinion peut être qualifiée d’« état de grâce » offrant un atout majeur au candidat socialiste dans la compétition présidentielle, et apparaît comme la traduction directe de la bonne tenue de la primaire :
- Succès reconnu de la primaire en termes de participation ;
- Qualité du soutien accordé à François Hollande par les autres compétiteurs dès le soir de sa victoire du second tour ;
- Satisfaction des sympathisants de gauche de pouvoir se reconnaître en un leader perçu comme légitime.

En revanche cet état de grâce est singulier parce qu’il survient avant l’élection présidentielle ; de ce fait, il oblige le candidat socialiste à préserver ce capital d’opinion pour ne pas apparaître, paradoxalement, en situation de fragilisation au cours des mois qui viennent.


Perspective 2012 : sensible progression de Nicolas Sarkozy, baisse concernant Marine Le Pen

Si le chef de l’Etat obtient des scores beaucoup plus faibles que ceux dont peut se prévaloir François Hollande, une évolution notable survient par rapport aux données enregistrées en mars dernier : les souhaits de victoire concernant Nicolas Sarkozy progressent de 5 points (à 27 %), et ceux concernant Marine Le Pen baissent de 6 points (à 13 %). Cela s’explique notamment par une progression de Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants frontistes : en mars 12 % d’entre eux exprimaient un souhait de victoire présidentielle en sa faveur, contre 21 % aujourd’hui.


Nicolas Sarkozy en disgrâce économique et financière : un système de désaveux

En revanche, le président de la République fait l’objet d’une disgrâce majeure en matière économique et financière, dont l’ampleur s’explique par un écheveau de facteurs, lesquels entrent en résonnance les uns avec les autres et forment un système :

- Les Français sont les plus critiques à propos des enjeux économiques qui concernent leur vie quotidienne : 81 % estiment que la politique de Nicolas Sarkozy n’a pas été « efficace » pour le « pouvoir d’achat », 78 % pour l’« emploi » ;

- Les déceptions concernant la situation financière de la France sont fortes : 75 % considèrent que la politique menée par le président de la République n’a pas été « efficace » concernant la « dette et les déficits publics ». Ce mauvais score pour l’Elysée s’explique par la crise de la dette survenue cet été, et plus récemment par les interrogations de l’agence Moody’s sur la pérennité du « triple A » attribué à la France. Sur ce registre, le candidat socialiste est crédité d’une confiance supérieure à celle qui est attribuée à Nicolas Sarkozy : pour « améliorer la situation financière de la France », 48 % des Français feraient confiance à « François Hollande, s’il était élu » en 2012, et  33 % à Nicolas Sarkozy ;

- Les Français sont déçus par la politique concernant le « système financier », que le chef de l’Etat avait annoncée notamment lors de son discours de Toulon à l’automne 2008 : 69 % jugent son action inefficace en la matière ;

- Enfin, sujet brûlant de l’actualité, les Français émettent un jugement critique sur les actions menées pour préserver l’« euro » (58 %) et concernant la « crise grecque »      (57 %). Le sommet européen qui se tiendra mercredi soir (26 octobre), après le Conseil européen puis le sommet de la zone euro (dimanche 23), délivrera-t-il des solutions jugées convaincantes par l’opinion ? Une issue positive est nécessaire pour le réveil de la confiance en Nicolas Sarkozy, mais pas suffisante en regard de l’importance des premiers discrédits.

Lors du sommet européen de mercredi, puis lors du G20 de Cannes début novembre, le président de la République joue donc non seulement l’accomplissement de sa promesse d’une politique « efficace », mais encore la réputation financière de la droite française face à un candidat socialiste qui s’impose, y compris sur ce terrain, comme un recours crédible.


Naissance d’un enfant sans renaissance politique

Enfin concernant son actualité privée, le chef de l’Etat ne capitalise pas, en termes d’opinion, sur la naissance de sa fille mercredi 19 octobre. Les interviews de ce sondage ont été réalisées après la médiatisation de cette naissance, et la cote de popularité du président de la République demeure inchangée, à 33 %.
Par gros temps économique et financier, la naissance d’un enfant présidentiel apparaît dépourvue de traduction politique.


François Miquet-Marty
Directeur associé
Viavoice

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