Thursday, 22 May 2008

Description

La réforme des retraites s’est imposée depuis plus de dix ans comme un enjeu crucial, à la fois financier, social, générationnel et politique. En 1995, c’était le projet de réforme des retraites conduit par Alain Juppé qui avait provoqué les mouvements de novembre-décembre ; en 2003, François Fillon pouvait s’enorgueillir d’avoir fait voté une loi importante ; et, en 2007, Nicolas Sarkozy a obtenu la suppression des régimes spéciaux.

 

Aujourd’hui, les mouvements sociaux (appel à la grève le jeudi 22 mai) visent notamment le passage à 41 annuités de cotisation, qui doit s’accomplir de façon progressive jusqu’en 2012, et qui avait été prévu par la loi Fillon de 2003.
Les Français, interrogés par Viavoice pour Libération sur cet enjeu de la réforme des retraites, sont partagés entre contestation et scepticisme.
Une opinion française contestataire et sceptique

La réforme des retraites s’est imposée depuis plus de dix ans comme un enjeu crucial, à la fois financier, social, générationnel et politique. En 1995, c’était le projet de réforme des retraites conduit par Alain Juppé qui avait provoqué les mouvements de novembre-décembre ; en 2003, François Fillon pouvait s’enorgueillir d’avoir fait voté une loi importante ; et, en 2007, Nicolas Sarkozy a obtenu la suppression des régimes spéciaux.
Aujourd’hui, les mouvements sociaux (appel à la grève le jeudi 22 mai) visent notamment le passage à 41 annuités de cotisation, qui doit s’accomplir de façon progressive jusqu’en 2012, et qui avait été prévu par la loi Fillon de 2003.
Les Français, interrogés par Viavoice pour Libération sur cet enjeu de la réforme des retraites, sont partagés entre contestation et scepticisme.

Un mouvement social populaire

Le mouvement social du 22 mai est populaire. Avant même qu’il n’ait eu lieu, 60 % des Français déclarent le soutenir, et 36 % ne pas le soutenir. La principale grille d’analyse de ces résultats est politique : les sympathisants de gauche soutiennent massivement le mouvement (82 %), alors que les sympathisants de droite ne le soutiennent pas (66 %). L’ampleur de ce clivage gauche/droite indique que le mouvement social du 22 mai a une signification qui dépasse le seul enjeu des retraites, mais qu’il cristallise aussi l’opposition de la gauche à Nicolas Sarkozy.
Au cœur de la contestation : le refus de l’allongement de la durée de cotisation
Néanmoins le soutien des Français au mouvement de grève se nourrit d’abord, très concrètement, par le refus de l’allongement de la durée de cotisation, en tant que solution au financement des retraites. Interrogés sur ce qu’il faudrait « faire en priorité », pour « préserver notre système de retraite », les Français citent en priorité la prise en compte de la pénibilité du travail (41 %), puis l’incitation du travail des seniors (36 %), puis, et seulement en troisième position l’augmentation du « nombre d’annuités de cotisation » (22 %), à équivalence avec l’augmentation des « cotisations des salariés » (22 %).
A cet égard, il est frappant d’observer que les sympathisants de droite eux-mêmes ne sont pas prioritairement favorables à l’augmentation du « nombre d’annuités de cotisation » : seulement 34 % d’entre privilégient cette solution, score qui place cette mesure, là encore, au troisième rang des priorités retenues.
Ainsi l’exécutif est-il confronté à deux impératifs parfaitement contraires :
-     D’une part le cadre légal (loi de 2003) et les exigences financières qui incitent à l’allongement de la durée de cotisation ;
-     De l’autre une opinion française qui n’adhère pas à cette solution, y compris au sein des rangs des sympathisants de droite.

Le scepticisme concernant le devenir du régime par répartition

Pour l’avenir, les Français apparaissent particulièrement sceptiques concernant la préservation du régime par répartition : 49 % des personnes interrogées estiment que, à l’avenir, « la France va devoir évoluer vers un régime à l’américaine, où chacun paie pour sa propre retraite », et 41 % considèrent que « la France va pouvoir maintenir son régime de retraite, où les salariés d’aujourd’hui paient pour les retraités d’aujourd’hui ».
Ce pronostic en faveur du développement d’un régime par capitalisation est d’autant plus significatif qu’il est très clivé en fonction des générations : 68 % des 18-24 croient que « la France va devoir évoluer vers un régime à l’américaine », contre 31 % des personnes âgées de 65 ans et plus.
En conséquence, pour l’avenir, les Français apparaissent particulièrement circonspects concernant la sensibilité politique la plus à même de « préserver notre système de retraites » : 44 % font davantage confiance « à la gauche, si elle revenait au pouvoir », et 32 % « à Nicolas Sarkozy et à la droite » ; les autres interviewés (24 %) privilégient « d’autres sensibilités politiques », ou ne se prononcent pas.
Ces résultats signifient certes que la gauche bénéficie d’une réelle prééminence par rapport à la droite, mais on ne peut pas dire aujourd’hui que les Français se tournent massivement vers la gauche pour préserver le système actuel.
Ainsi, les solutions les plus prisées demeurent la prise en compte de la pénibilité du travail, et l’incitation du travail des seniors. Ce sont des pistes que promeuvent la gauche ou la droite. Mais en l’état actuel des choses, elles apparaissent à l’opinion comme les derniers remparts d’un régime, à terme, très menacé.

François Miquet-Marty, Directeur, Viavoice